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Bienvenue sur le site Officiel de Marie-Hélène Ferrari

En vous souhaitant bonne promenade, bien à vous....

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à noter outre les échanges, dans les ballades littéraires, vous trouverez des explications de textes, sur certaines oeuvres sur lesquelles j'ai travaillé. Partie du site à vocation d'aide pédagogique ou de découverte. La partie pédagogie pure et le rapport aux classes durant l'année se situant sur

http://mhferrari.eklablog.com/

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L'exacte définition du bonheur

Img 3351L’EXACTE  définition du bonheur…

 

Philosophiquement, l’homme ne peut pas être heureux tant qu’il existe quelque part au monde un foyer de douleur, de souffrance. L’homme comme entité ne peut être heureux.

Philosophiquement c’est en faisant le vide, en perdant tout, en étant plus rien, qu’on atteint le vide bienheureux de la fusion avec le monde, la transparence immanente qui garantit le bonheur, enfin une forme, tout au moins.

Théologiquement, l’homme est coupable, faute primitive entachant toute tentative de bonheur d’une culpabilité paralysante et confondante.

Augustinienement, le pécheur ne peut être heureux, il a un corps à mortifier, une âme à élever, travail harassant, qui conduit à l’extase, pas au bonheur, de toute manière, il est harassé.

On dit que le bonheur se définit par le contraire du malheur…

Enlever des brodequins cloutés serait le bonheur.

Ensuite, il y a les tenants de l’instant présent, la minute toute seule, le « profiter de l’immédiat absolu cessez de penser au passé et refusez d’anticiper l’avenir »

Bof, bof, bof….

Le bonheur est une question de couleur, il est doré, rose, il est aveuglant, mais pas douloureux. Le bonheur est une question d’odeur… Pâtes à l’ail, parfum de peau, senteur de cheveux, poils de chats, de chien, fugace, durable, peu importe…

Le bonheur bouge, comme une vague qui éclabousse ou est immobile comme l’ombre d’un olivier dans un champ brulé de soleil.

Le bonheur c’est celui, celle qu’on aime.

Le bonheur, c’est avoir peur de le-la- perdre. 

Le bonheur, c’est le-la- reconquérir toujours.

Le bonheur c’est se perdre dans le tourbillon de son désir,

ou pas

Le bonheur c’est lui

Le bonheur c’est elle

Le bonheur c’est toi.

 

 

Les auteurs, les apprentis auteurs, les postulants, l’ego et le reste

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Ainsi qu’il est naturel, quand on reçoit des manuscrits en vue de publication, on les lit. Souvent, on constate dès le début que le texte est fautif. Je ne parle pas de fautes d’orthographe, mes premiers livres, publiés sans correcteur en sont la preuve, une histoire peut emporter l’auteur trop vite et ensuite on connaît les phrases par cœur. On corrige mal, si on mène ce travail seul, il reste d’inévitables scories. Non ! Je parle de topi trop criants, d’ego trop démesurés et qui s’exhibent sans pudeur, de sujets sans intérêt de lecture, etc. Car un lecteur de manuscrit ne doit pas se demander s’il aime, mais s’il y aura un lectorat pour le texte, s’il cadre avec son époque, si le style est celui qui est adapté à la réception contemporaine et actuelle et si sa maison d’édition pouvait le vendre.

Aussi les réponses positives sont-elles rares. Les manuscrits qu’on a envie de poursuivre jusqu’au bout, rares aussi. C’est d’ailleurs vrai pour nombre de livres publiés, dont on se demande parfois comment ils sont arrivés jusque-là !

Mais ce qui me surprend toujours, c’est le mépris, la condescendance que s’accordent les auteurs entre eux, en fonction de leur classement des maisons dans lesquelles ils se trouvent, sans la moindre connaissance des chiffres, de la puissance commerciale, et des ventes des gens avec qui ils parlent. Actuellement, une grande maison parisienne (article Télérama et Express) considère qu’un auteur à 800 exemplaires, c’est la norme, en dehors de quelques grosses vedettes. Or de « petites maisons » voient parfois leurs poulains dépasser sans effort cette barre, et s’en rire. Mais ils n’ont pas le code-barres du prestige continental. On lit dans les journaux que certains vantards ont vendu « 18 000 » exemplaires pour ce dernier titre, alors que tout confondu, ils n’ont pas atteint le chiffre de 5 000. Communication, communication, ego… Plus personne ne prend le texte et se dit : c’est un bon livre, je l’ai aimé, j’ai vécu avec, et peu importe d’où il sort, du moment qu’il m’est tombé dans la main !

J’ai sélectionné un manuscrit, plein de faiblesses, de fautes, mais avec « quelque chose » dont je pensais qu’il pourrait plaire, et qui me plaisait. L’auteur qui doit croire que le monde attendait le nouveau Saint Ex, n’a pas encore reçu la réponse de Gallimard, et il donnera sa réponse ensuite… L’histoire du héron de La Fontaine, encore et toujours. Les gens vous haïssent parce que vous n’avez pas publié leur livre, ils ne corrigent pas, ne tentent pas de s’améliorer, ils se précipitent sur le premier compte d’auteur venu, la première édition numérique et hop ! Allez-vous me trouver naïve parce que j’ai pensé autrefois que dans le monde de la littérature, on était plus civilisé, plus éduqué ?

Il y a quelques années j’avais refusé un manuscrit d’une jeune femme qui trépignait, tapait du pied, et dont la grand-mère, à ses côtés, accompagnée de sa tante, de sa mère, se montraient consolante en lui assurant qu’un jour le monde découvrirait son génie. Le livre n’était pas mauvais, il était daté, Lautner, genre les « tontons flingueurs », avec un vieux fond de San Antonio dans la langue. Ce manuscrit a fini par être publié ailleurs, sans grand succès, depuis, elle n’est pas auteure, elle est vengeresse… Elle encense tous ceux qui peuvent lui servir et descend tous ceux avec qui elle se croit en conflit. Eduqués les auteurs ?

Céline insultait Gaston Gallimard, pour avoir trois sous ; Sartre, refusé, a été publié sur la recommandation d’un ami, presque tombé dans l’oubli, et a fait lui-même publier de Beauvoir, refusée, elle aussi, et qui ne veut plus rien dire, déjà, pour les générations qui s’avancent. Pourquoi cette rage de publication, cette guerre, cette absence de civilisation dans les rapports de gens, qui tout de même n’ont pas l’excuse de la méconnaissance des mots ?

Dans les rencontres littéraires, de plus en plus, je vais vers ceux qu’on entend peu, qu’on voit peu, qu’on ne recherche pas pour l’aide qu’ils peuvent apporter, pour le marchepied qu’on voit en eux. Et nous parlons d’écriture.

 

une saine lecture : https://papieresthetique.wordpress.com

de Jérôme Orsoni

Caricatures impudiques.

L’impudeur comme norme sociale, comme norme de l’échange, est une sorte d’enflure, de communication à l’excroissance viciée. S’approprier des modèles qui nous sont étrangers (« le nouveau x »), feindre que des phénomènes savamment organisés sont le produit du hasard (« best-seller surprise »), fabriquer l’authenticité comme si c’était quelque chose qui se pouvait acheter, inciter les masses à adopter des comportements irrationnels (scènes d’émeute pour acheter des vêtements dans des grandes enseignes), fabrication de soi-même comme une image de marque, à l’image d’une marque ; je pourrais multiplier les exemples d’un univers produit par cette caricature de sentiments, caricature de croyances, caricature de créations, caricature d’idées, etc., comme si tout ce qui est disponible, tout ce qui est rendu disponible pouvait être réduit à une formule publicitaire suffisamment simple pour qu’elle imprègne la masse sans esprits des consommateurs le temps que le produit est en vente. Je ne saurai dire si cette caricature de la vie est successivement, simultanément, alternativement consciente d’elle-même ou bête. S’il y a, d’une part, celui qui invente la formule « le nouveau x » en sachant pertinemment qu’il n’y a aucune commune mesure entre « le nouveau x » et le x dont il est supposé être l’incarnation moderne, simplement une vague ressemblance qui, loin de rester au stade de la coïncidence amusante, est enflée jusqu’à devenir une marque distinctive et, d’autre part, celui qui reprend la formule en ignorant tout de la possible opération qui la sous-tend. Ou bien s’il n’y a qu’un chaos sans raison qui fait que certains événements parfois ont lieu tandis que d’autres fois, non. Il est possible que les deux mouvements soient liés. Il est même hautement probable que l’activité consciente d’elle-même soit alimentée par la bêtise qui, semblable à un grand désert, ne cesse de croître. Il est ainsi hautement probable que la construction de caricatures impudiques ne soient pas le produit d’une volonté consciente de fabriquer des illusions pour les masses, mais simplement le produit d’imaginations débiles, malades d’elles-mêmes, trop fatiguées pour dépasser l’air du temps dans lequel elles baignent et qui se satisfont de reproduire des manières de faire qu’il faudrait être en bonne santé pour analyser, pour comprendre, pour surmonter. Les esprits malades survivent dans une sorte d’existence paradoxale. Tout pourrait sembler si réel (d’ailleurs, on ne parle que de ça, le réel), et pourtant tout semble si lointain, si vague, si feint. Air du temps vicié — haleine de corps malades.

Ecriture, animaux, FB,

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La facilité avec laquelle certains publient des livres bâclés ne doit pas nous conduire à oublier d’aimer notre art. De la même façon que l’ébéniste ne va pas se sentir amoindri par le désir industriel d’un fabricant de meubles suédois. Être fiers de notre art est une manière de le défendre quand nous sommes confrontés à des personnes qui ont perdu le sens de ce qui est important et avec qui nous travaillons parfois. Être fiers de notre art permet de tenir bon quand on se trouve face à nos deux ennemis : ceux qui n’ont que des chiffres en tête et ceux qui trouvent dans la littérature un moyen d’exercer une police du goût. Cette fierté n’est pas une pose, elle va de pair avec une pratique intensive et une absence d’arrogance. Lisons des livres sur la création, écrivons sur le sujet, analysons, remettons en cause nos préjugés et les hiérarchies. Parlons de narration, de dramaturgie, d’imagination, de construction, de nos outils et de nos techniques. Manuel d’écriture et de survie, Page

Je n’écoutais pas Lou Douillon, parce qu’elle était « fille de », et que les films qui la déshabillaient systématiquement ne prêchaient pas pour ses talents, mais j’avais tort. Son dernier album Lay Low a une véritable ambiance et elle a une belle voix. Nostalgique et fatiguée, un peu décalée, il ne faut jamais s’attacher aux topi, on le sait depuis Flaubert. Pour les fils de, il y a des sucreries dont on ne se lasse pas : « BOURREAU Toujours de père en fils. « (dictionnaire des idées reçues, Flaubert).

Le temps frissonne, et les oiseaux dessinent sur les fils électriques, les mots du départ, dans des bruissements acidulés au-dessus desquels le milan guette. Il y a toujours un oiseau de proie au-dessus des foules rassemblées.

Ai fait visionner « La Vague » à mes élèves, et me suis rendue compte que tous les éléments étaient rassemblés pour une nouvelle autocratie à la mode de papa. Réalisé aussi que l’élitisme, et la volonté d’appartenir à un groupe à une entité référentielle restaient des désirs puissants chez les adolescents.

Face book : il n’y a pas que les photos qu’on passe au cascher du Photoshop, tout y est une mise en scène : de ses performances, goûts et dégoûts une survalorisation de ses idées (ou plutôt du « partage » des idées des autres) et les animaux. Les animaux comme bonne conscience et indice du fait que « je suis une bonne personne et heureusement qu’il y a les animaux dans ce gros vilain monde. » Une article général, puis dix chats, deux oiseaux, cinq singes, ouf. Fesse de bouc, pour plagier je ne sais plus qui.

Parler des livres des autres, pour s’acquérir leur bienveillance, surtout quand ils appartiennent à une maison d’édition dont on vise la porte. Chère Madame Truc ou Monsieur Machin, que vous êtes joli que vous me semblez beau ! Tant pis pour les vrais écrivains dans des maisons qui ne font envie à personne. D’aucuns vont dire que… Et que tu es gentille et que tu es trop magnifique (s’interroger sur cet adverbe « trop » qui a remplacé le classique « très »… et si dans la foulée, tu pouvais parler de moi… Parler de soi…

 

Le découragement est une étape du travail. Ce n’est pas un accident, ni une anomalie, mais une nécessité. Écrire un roman est un art difficile tout autant qu’une source d’excitation. Et ce n’est que le début de l’aventure. Être publié n’est pas évident, être remarqué est une chose rare, vivre de son art est l’exception. Ces difficultés sont des dragons à affronter, alors affûte tes armes.

Manuel d’écriture et de survie, Page

La chaine dorée du perroquet de toutes les couleurs

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L’ego, l’écrivain, le monde...

 

Des mois de silence, avec un stylo et des poissons rouges frissonnant dans les bassins, des nénuphars gonflés d’une mauvaise vie, et la plainte du gravier quand il est écrasé. Et puis le retour à l’extérieur, les autres, le mouvement, Face Book...

Des amis ont vieilli, certains ont grandi, ils sont devenus ce qu’ils devaient être, et peut-être, enfin apaisés, peuvent-ils enfin parler des autres, s’intéresser aux autres, aller à la rencontre d’une autre pensée, d’un autre univers. D’autres au contraire, comme ces perroquets attachés à la chaîne qui les retient sur leur perchoir dérisoire, hurlent à pleine voix qu’ils existent, que leur parole est fantastique, qu’ils se déplacent, tapent dans le dos d’amis d’un jour qui ne servent qu’à fabriquer des photos dont on déduira qu’ils sont des écrivains, des écrivants, des gens qui comptent puisqu’ils fréquentent d’autres gens qui comptent, ils se caricaturent à l’infini comme une lessive qui cherche son logo. Et ils inondent. Entre deux gamines qui tirent leur philosophie de bons mots de stars à gros fessiers, on voit la valse rapide des gens ego. Machin parle ici aux côtés de trucs, Machin signe à Trifouillis les patates (excellent pour les nuls en géographie, la lecture de leurs pages fait découvrir un nombre infini de petits bleds charmants qui inspirent le week-end gastronomique et crapuleux) Machin n’en finit plus de disserter sur son double fictionnel, son chef d’œuvre, phrases qui s’ajoutent aux phrases jusqu’à la nausée, jusqu’à l’envie de silence, et « si t’es une meuf, t’as du shampoing » se superpose, coupe la logorrhée, parce que quelque part dans la masse des amis qu’on ne connaît pas traîne une petite cagole qui vous souhaite votre anniversaire en le pensant sincèrement. Et finalement ce n’est ni moins vrai, ni plus stupide, c’est juste moins bien dit. 

Et puis, et puis quand même, il y a les autres, si d’aventure, on n’a pas envie de fermer pour la troisième fois cette caverne venteuse où on s’invente une vie en guettant les « j’aime » comme on le faisait des notes convenables dans le bulletin trimestriel (éternelle soumission volontaire au jugement et à l’autre, car se montrer, n’était-ce pas se soumettre ?), on croise de véritables informations, des jeunes gens qui timidement et doucement, proposent leurs poèmes, leurs dessins, en s’excusant presque, on croise ceux qui gardent leur sensibilité pour leurs livres et qui ne proposent que ce qu’ils ont envie de partager, la fulgurance étincelante d’une beauté ou d’un bonheur qui existe, puisqu’il est là, ils ont besoin de se convaincre, et c’est touchant. On croise des gens qu’on a croisés, mais pas assez, on croise des gens qui vivent loin de vous et qu’on n’ose interpeller, mais qu’on aime à voir vivre, quelque part, et vieillir, et embellir. Ces gens heureux ne sont pas bavards, ils ne sont pas attachés à leur perchoir, ils volent...

Il y a deux catégories de personnes, il y a ceux qui vous donnent ou qui vous rendent les mots, qui vous font vibrer, rire, pleurer, exister et dont les livres ne se referment jamais, dont la petite musique tremble toujours au fond de votre cœur, parce qu’ils vivent sur la faille tellurique et comme les diapasons, il suffit d’un souffle pour de nouveau les entendre. Et ceux qui vous empêchent de penser, hurlant au porte-voix combien ils sont grands et magnifiques, admirables. Dérisoires perroquets si jolis dans leurs plumages chamarrés, mais dont la voix acre psittacise à l’infini un mot unique : » je ».

Les autres trop souvent ne sont que nos marches — pieds, on choisit l’escalier suivant, pour se hisser grâce à la main tendue, puis un autre et un autre encore. Et à chaque marche on se photographie, « C’est moi ça ? Je suis trop émue, roo, mais que je suis donc trop beau ! » Ou alors, on rencontre, et on aime, et on vibre, et on rit et on pleure, et peut être avance-t-on, ou alors pas, Julien Gracq qui est resté toute sa vie fidèle aux éditions Corti, qui n’a jamais présenté un prix, et qui vivait retiré du monde était géographe. Il avait pris de ce fait la mesure du monde et de sa propre taille. Et il se taisait, prenait peu de photo, recevait peu. Il est resté l’un des plus grands écrivains du XX. D’autres, comme Sartre, de Beauvoir qui n’ont cessé de s’agiter et de travailler sans repos à leur propre gloire, ont surtout fait les affaires d’un célèbre cafetier. 

On a quand on est jeune, quand on débute en écriture, une sensibilité à fleur de peau, l’envie de ne couper aucun mot, une copia frémissante, qu’on s’interdit ensuite, où on se mécanise de plus en plus. Laissons vibrer les plumes dans des livres qu’on a le droit d’ouvrir, ou pas, et ne nous vendons pas comme des lessives en photographiant sans cesse les chaussettes humaines qu’on a essorées en passant. Laissons les gens qui en font le métier, à la radio, à la télé, dans leurs blogs et dans leurs lignes, raconter nos livres, et dire s’il le faut, qu’ils n’aiment pas. Merci à tous ceux qui prennent le temps d’entrer dans ma maison, et à tous ceux qui m’inspirent, à tous ceux qui portent un univers en eux, qui ne se mettent pas en scène, qui ne se battent pas pour des causes qui n’ont d’autre but que de voir citer leur nom, qui ne se nomment pas que pour s'émerveiller d'eux-mêmes, qui ne se donnent pas eux-même le titre d’auteur, de peur qu’on ne le leur donne. 

 

« Et j’aimais ce moment-là partir sur les routes, et laisser mon cerveau se remplir d’images, de couleurs et de sons, j’aimais sentir l’air me fouetter le visage, j’amais remplir mon vide par des sensations... »

V.Troussier « Envole-toi octobre »

Rencontres les Automn'hall à Sete

C'est durant l'attente à l'aéroport que j'écris ces quelques mots. Je reviens de Sète où j'ai été invitée à participer à une jolie rencontre littéraire, les Automn'hall. C'est la deuxième fois donc l'accueil adorable et l'énergie infatigable des organisateurs ne sont pas une surprise. Mais il y avait cette année une sensible différence. Un soupçon de légèreté, un souffle de douceur qui ne tenait pas qu'aux conditions climatiques exceptionnelles. Des lecteurs attentifs et qui parlaient avec enthousiasme, les retrouvailles d'amis qui font un bonheur supplémentaire, auquel se rajoute les rencontres. 

J'ai souvent déploré que durant les journées littéraires maints auteurs ne se déplacent que pour se rencontrer eux-mêmes. Truffant leurs pages Perso-publiques de leurs portraits démultipliés et comme éclatés dans le miroir des yeux d'une mouche,  aux côté d'auteurs qui ne leur servent que de decor, toiles de fond dont on ne cite même pas les noms, ils ne se déplacent que pour infliger au monde leur développement latéral- et écrasant-. En conséquence de quoi suis je heureuse d'avoir rencontré Marc Porcu et son fils Dimitri, poètes et musiciens, en symbiose pour nous enchanter. Je ne présente pas Chloé Radiguet qui vient d'achever un livre objet sur Cocteau et Radiguet... Et qui est une des figures marquantes de Sete. Mais la rencontre de ces quelques jours, c'est Virginie Troussier, très jolie jeune femme sensible et au style subtile et sensible. Évidemment, mon ami René Fregni, là aussi, et qui sort chez Gallimard une nouveauté pour Noël, a fait partie des petits-grands bonheurs.

je serais injuste si je ne citais pas le restaurant "chez François" , "l'Oranger" qui nous a régalés de saveurs sétoise que je regrette déjà.

Un excellent WE donc, qui donne envie de lire et d'écrire et d'ouvrir les yeux sur le monde. Merci donc à Tino, Marie Ange et toute l'équipe qui œuvre pour cette belle manifestation.

un peu de nostalgie... 

Les rencontres font mal, ensuite, à la mesure de ce qu'elles ont donné de joie sur l'instant. Le désir-absence d'une étoile- ne fonctionne qu'en dyptique avec la cruauté du manque.

"Envole toi Octobre" Virginie Troussier

Philosophie d'une carpe empaillée et le reste,

Merci aux éditions Clémentine...

Mensonges, Philosophie amoureuse d'une carpe empaillée

SORTI depuis le mois de mai, les Mensonges,  nouvelle série, et à présent, "Philosophie amoureuse d'une carpe empaillée" en national, grâce à ma maison d'édition, Clémentine.

Été et addictions, pas qu'au rosé

Propos divers

Voilà, désolant, je vous laisse sans nouvelle des mois durant et j'éprouve soudain le besoin de m'épancher tous les jours... En fait ce billet fait suite à mes lectures de l'autre jour. Depuis j'ai lu et admiré en dépit des  quelques vieilleries une vieille amie que j'adore, Simone de Beauvoir qui m'accompagne depuis longtemps. Le problème est qu'à l'époque de la découverte du "deuxième sexe" j'étais une béotienne et à présent je le suis toujours, mais le jargon philosophico précieux m'est plus familier. Et je prends conscience de la douleur d'une femme qui parle des femmes pour parler d'elle. Bon. En fait je ne vous parlais pas d'elle aujourd'hui mais de Minette Walters. Vous allez dire: elle pousse là, détourner le regard de La Beauvoir pour parler d'une star provisoire du roman policier. En fait non, mon propos tient à l'addiction. Pourquoi dévore-t-on tout d'un auteur qu'on aime sur un premier livre même si chacun des opus n'ont aucun rapport avec l'autre ( même pas l'excuse d'être tombé sous le charme d'un personnage!) 
Je vous restitue les affres: ma "lecture liste" qui frôle la folie, déjà lus, je ne sais pas, six sept, dix livres de la Minette, donc logiquement, passer à la suite... j'en trouve un autre ( les démons de Barton House) je me dis c'est bon, il te reste Heidegger, Finkelkraut, mais rien à faire... et je craque à deux heures du matin, une fois la dernière assiette rangée. Lecture coupable car inutile, juste pour le plaisir, finie aux petites lueurs vertes du matin. Contentement. Vite ! En trouver un autre.
Pourquoi?
L'humanité des personnages, le sentiment que dans le noir il y a du blanc, que l'écriture apporte quelque chose quand elle est bien menée. Qu'un ethos d'auteur se dégage derrière l'histoire proprement dite. Que contrairement aux lettres que je reçois de mes lecteurs, non, elle ne connaît pas tout de moi, mais qu'elle m'offre un autre regard sur d'autres mondes. Voila c'est dit. Je suis une toxico. Je n'aime dans les textes que la personne derrière et je m'en gave. Tristes auteurs selon moi, ceux qui ne se nourrissent que d'eux mêmes, mais ce n'est que ma triste et modeste opinion. Ce que j'aime dans les livres de. Minette, c'est son optimisme pour l'humanité qui dans le plus bas, est capable du meilleur. 
J'ai mangé ainsi Nesbo, Connely, Vargas, Lemaitre, Djian, je les cite car je leur dois du bonheur, Mankel, Camillieri, Topin ( ah Topin!) et Quadrupani . Et j'ai de la chance, j'ai rencontré certains d'entre eux . Je vous vois envieux! oui ! oui! Vous pouvez. Parce que finalement ma modeste contribution au noircissage de pages m'a permis de rencontrer.... Ma drogue.
Sinon et dans un autre registre... Regardez " et au milieu coule la rivière." Et suivez un certain Francis Le Thellier. Franchement en politique je suis nulle, mais en être humain ... C'est un grand monsieur, il sévit sur la chaîne publique, il est grand. Vraiment.
Et puis, écoutez le chant des cigales. Ne vous êtes vous pas aperçus qu'elles sont de plus en plus silencieuses. Ce qui était normal, est devenu un cadeau. Qu'est un été sans cigales? 
Voila... C'est l'heure de la sieste, le rosé tape à la tête, je vous souhaite des cigales et un souffle de vent amical. Pardonnez mes égarements, je pensais à vous, simplement

Lara

Atelier repineEn vous faisant partager l’histoire de Lara, c’est plus qu’une simple histoire d’amour que je vous livre, c’est une part de ma mythologie personnelle. Nous nous constituons tous à partir de modèles, de référents de toutes sortes, qui nous permettent de nous projeter dans l’avenir. Il arrive que nous voulions être autres, et certaines personnes sont destinées à attirer la lumière ; Lara était de celles-là.

Je me souviens de la toute première fois où je l’ai vue. Nous étions dans la classe de dessin et le modèle nu était assis sur l’estrade entourée de tables, sur lesquelles nous nous concentrions. Le cours de dessin concluait la journée et, en hivers surtout, il y régnait une sorte d’intimité paisible que j’aimais particulièrement. Les pauses étaient relativement courtes, il fallait de la concentration ou de la technique pour parvenir à résultat qui ne soit pas trop honteux. Ce soir-là, j’aimais tout particulièrement ma vie.  L’odeur des papiers, des peintures, l’intimité tranquille et passionnée de la salle… J’étais entourée de Louis à ma gauche et de Sonia, dont personne n’aurait pu deviner la grossesse, sous la table haute, et les jupons de couleur. Louis, c’était le dieu de l’année, celui dont tous les étudiants de cette promotion subissaient l’influence. Il était grand, blond, ses cheveux longs flottaient librement sur ses épaules sans que sa virilité n’en soit affectée. Il n’était pas seulement beau, il était différent. Son père diplomate l’avait traîné avec lui à travers l’Italie, il avait vu et touché du doigt quelques-uns des chefs-d’œuvre du monde et un peu de la lueur des étoiles était restée collé dans ses yeux. Il était un des rares parmi nous à avoir vraiment un style. Il ne se contentait pas de copier ce qu’il avait sous les yeux, il le réinventait, il se l’appropriait. Personne, quand nous accrochions nos œuvres au mur n’aurait hésité à le désigner comme auteur, sans qu’il lui soit nécessaire de signer. Cela agaçait les profs, plus de classicisme, plus de rigueur, moins d’orgueil clamaient-ils en barrant de grossiers traits rouges ses dessins. Pourtant, personne n’était moins orgueilleux que lui. Il possédait en lui une force tranquille qui le laissait imperturbable, même devant les reproches les plus déplaisants. 

Je n’avais pas ses qualités, j’apprenais par passion, mais je devais malheureusement reconnaître que mes moyens n’étaient pas à la hauteur de mes idées. Je me sentais souvent gauche, maladroite. Hélas, à ses côtés, c’était encore pire, j’avais tout simplement l’impression de n’avoir que des mains gauches sans pouce opposable. Je lui avais déjà renversé mes godets sur le bras, en allant rincer les pinceaux, marché sur les pieds, j’avais fait tomber mon chevalet, abîmant irrémédiablement mon travail et le sien par la même occasion, mais il avait toutes les patiences. Il avait même pris l’habitude d’anticiper certains de mes gestes pour prévenir les catastrophes. Il m’avait appris des bases qui me manquaient et me rassurait. Je crois qu’il avait ce don d’embellir les autres, il me rendait supportable à moi-même.

Sonia était mon amie. Menue, fragile, mais à qui rien ne faisait peur, elle était partie à Madrid faire les musées, et avait travaillé dur pour se payer le voyage ; j’ignore ce qu’elle a pu voir des grands maîtres, mais quand elle rentra, elle était enceinte. Elle prit la nouvelle avec philosophie, vivant sans l’aide de ses parents depuis quelques années déjà, elle subvenait à ses besoins en copiant des œuvres connues pour une galerie qui était spécialisée dans le créneau. Les « tournesols » de Van Gogh, les Tahitiennes, et autres iris n’avaient plus de secrets pour elle. Cela lui permettait de se payer un petit studio sous les toits qu’elle avait décoré avec imagination et dans lequel j’aimais me retrouver quand je le pouvais. Je vivais encore chez mes parents. Ils avaient tous deux une vie affective compliquée, chacun de leur côté, et n’attendaient de moi qu’une seule chose ? que je ne leur pose aucun problème.

C’était donc au cours de l’un de ces soirs d’hiver, où l’obscurité de l’extérieur renforce le sentiment de confort que l’on ressent quand on est à l’abri, alors que nous étions tous penchés sur une étude couchée, que Lara fit son apparition. Je me rappelle que le premier mot qui me vint à l’esprit fut « classe ». Cette fille avait une classe folle. Grande, mince, les cheveux en queue de cheval, noués lâchement, elle portait un twin-set et une jupe crayon qui juraient avec nos extravagances vestimentaires de rigueur et qui aurait pu paraitre ringarde sur n’importe qui d’autre. L’enseignant devait être au courant de ses particularités, car il ne signala pas l’incongruité de son retard, elle s’installa sans bruit, sortit son matériel avec efficacité et discrétion, s’enquit du temps de pause et nota l’heure, puis attendit le changement de mouvement en nous détaillant.

Elle ne nous regardait pas comme on cherche dans une foule un visage familier, ou comme un groupe d’êtres humains, mais pour le tableau que nous formions, comme si nous n’étions que des meubles décorant l’espace nu et un peu sombre de l’atelier sous les toits. Elle prit quelques croquis, jusqu’au moment où le modèle changea de position. Je n’aimais pas particulièrement l’atelier de nu. J’étais gênée par ces femmes et ces hommes qui se déshabillaient derrière le paravent, s’installant dans les positions les plus curieuses au gré des demandes des professeurs et dont l’immobilité me semblait agitée d’une foule de sentiments hostiles envers les nantis que nous étions, mais qui n’étaient que l’expression de mon mal-être devant la nudité d’autrui. Curieusement, et alors que le groupe que nous constituions s’étonnait difficilement, l’ arrivée  de Lara suspendit tous les gestes des personnes présentes. Louis avait levé la tête, et ce que je crus lire dans son regard me glaça le cœur. J’avais eu le temps de réaliser que les sentiments qu’il me portait relevaient davantage de la gentille responsabilité fraternelle que de quoi que ce soit de plus brûlant, mais comme il semblait en aller de même pour toutes les filles qu’il croisait, je m’y étais habitué. Il eut cependant pour la nouvelle arrivante, une étincelle si vivante, si animée, si curieuse, que j’eus l’impression que mon âme se brisait. Je n’avais pas vraiment l’esprit à ce que je faisais durant l’heure suivante. Le modèle me sembla osseux, la salle froide, le prof rigide, et Sonia très envahissante. Louis n’avait en rien modifié son attitude et il continuait à tracer sur ses feuilles des lignes parfaites, mais une tension dans son cou me prouvait qu’il luttait contre le désir de regarder ce qu’Elle faisait. 

Comme toutes les fins de séquence, Mercury fit ce que nous appelions : « la tournée assassine », barbouillant de rouge les membres avortés, les corps torturés dans des positions grotesques, montrant le laid, exhibant le ridicule au grand dam de son auteur, pour agrafer quelques réussites du jour sur le panneau qui était notre Graal personnel. Je n’avais jamais réussi à être affiché une seule fois, par contre, j’étais souvent celle dont on riait. Ce jour-là n’y fit pas défaut. 

— Ah ! Mademoiselle Fortin n’a pas suivi la même séance que nous aujourd’hui, elle a pris le parti de dessiner des pensionnaires de zoo. Voici le singe, avec ses bras démesurés, ses petites jambes arquées… Mademoiselle Fortin, le jour où un homme vous prendra contre lui, espérons qu’il aura les bras qui ne feront pas trois fois le tour de cotre taille, vous risqueriez d’avoir des problèmes pour vous démêler…

Il y eut quelques rires serviles, j’y étais habituée, mais la présence de la nouvelle me mortifiait. Louis comme d’habitude ne reçut aucun commentaire, Sonia vit un des ses nus couchés accrochés, et puis enfin, après quelques autres commentaires acerbes, il vint voir ce que Lara avait fait. Nous reçûmes tous le choc de sa surprise qu’il n’eut pas le temps de cacher. Ce n’était pas un être méchant, mais il était très imbu de sa personne, aussi louer l’autre lui était-il souvent difficile. Nous vîmes l’incrédulité dans ses yeux, la curiosité aussi. Il n’y avait que deux feuilles. Il s’en saisit et alla les punaiser toutes deux.

— Je ne ferais aucun commentaire, je vous laisse juge… Dit-il, et sur ces paroles, il s’écarta pour que nous puissions voir.

La plupart d’entre nous travaillions au fusain, ou du moins à la mine grasse et nous servions beaucoup de l’estompe, ce qui dans un laps de temps aussi court nous semblait une technique plus facile. Elle, travaillait à la pointe sèche et au pinceau à l’encre. Le trait était un ballet dans l’espace, et parfois, quand la lumière frappait la peau à certains endroits, elle laissait un blanc qui ne nous empêchait cependant pas de voir la ligne. L’évidence de la maîtrise était aveuglante, mais il n’y avait pas que cela. Elle n’avait en si peu de temps, pas croqué que le modèle, nous étions tous présents. Quelques lignes, quelques points, et tout y était. Le caractère besogneux de Martin, qui tenait son ébauche comme un prisonnier son écuelle, l’air absent de Joëlle, qui semblait venir d’une autre planète, Sonia, concentrée, moi, insignifiante, et dominant la scène, l’éclatante beauté de Louis.

Ce n’était pas la première fois que nous nous sentions minables, ramenés à notre réalité d’arpète besogneux, mais jamais encore nous n’avions été écrasés de cette façon. Le second dessin, plus rapide, était plus affolant encore parce qu’en disant moins, il montrait la sureté des lignes absolue de la construction, et l’œil parfait de l’auteur. Personne ne fit aucun commentaire. Nous sommes allés nous laver les mains dans les lavabos tachés de couleur, avons remisé ce qui restait sur place dans les casiers, et rangées nos affaires. Elle portait un carton en dessin en cuir. Nous n’en avions jamais vu, et ses crayons étaient enroulés, dans un porte-pinceau comme ceux qu’on voit dans les films sur la vie de peintres florentins. Louis s’approcha, je ne sais pas ce qu’il lui dit, mais au sourire qu’elle lui rendit, je sus qu’il était déjà trop tard.

Je n’ai jamais été très douée pour choisir mes vêtements, achetant des pièces que j’avais trouvées jolies sur d’autres personnes, sans me demander si ma morphologie s’y prêtait, maladroite souvent, tentant par des excès d’originalité de masquer mes déficiences. Le fait est que je manquais de confiance en moi. Sonia m’aidait, mais Sonia se faisait des robes dans ses rideaux, ce n’était pas forcément une référence. Bref, fagotée comme à l’habitude, je me rendais chez elle pour tuer le temps, comme souvent.

Elle avait décidé ce samedi-là qu’une promenade au bord de l’eau lui ferait du bien, elle en profiterait pour faire ses exercices de respiration, je m’étais dit de mon côté qu’il y aurait bien une tête un peu spéciale à croquer, nous étions parties ensemble et marchions depuis une petite heure quand nous fûmes attirées dans un chemin, par une musique inhabituelle. La promenade longeait le bord de l’eau très joliment paysagé, à la fois bucolique et moderne. Le morceau était baroque, joué avec enthousiasme, il y avait des applaudissements, la curiosité nous gagna et nous nous dirigeâmes vers l’endroit d’où provenait le bruit.

Ils étaient quatre, deux filles, deux garçons, qui composaient un quatuor à cordes. Ils étaient merveilleux, vêtus de blanc sur le décor vert du parc, jeunes, beaux, plein de vie. Ils enchaînaient un morceau sur l’autre, se regardant, ne voyant qu’eux, s’amusant, et tous ceux qui s’étaient avancés, subjugués, ne sachant s’ils devaient jeter une pièce ou si on leur offrait là une sorte de communion, ne pouvaient aller plus loin, les regardant avec la conviction qu’ils touchaient un instant de bonheur.

Je ne connaissais pas le grand brun ni sa compagne, mais je connaissais par contre parfaitement les autres, les deux violons : Lara et Louis. Sonia elle-même en resta bouche bée.

— Il joue du violon, Louis ? dit-elle. Je n’en savais rien.

— On savait quoi au juste sur lui ! Répondis-je avec amertume.

Ils étaient merveilleux. Aussi beaux et charismatiques l’un que l’autre, envoutés et envoutant, je voyais que je n’étais pas la seule à qui ils produisaient cet effet. Nous restâmes là, comme deux bûches, statufiées, ils ne nous virent même pas. J’entendis une dame dire qu’ils ne faisaient pas la manche, ils répétaient un spectacle pour le théâtre de verdure, une autre murmura qu’elle aimerait avoir des enfants comme ça. Est-ce que je rêvais, mais j’eus l’impression que les coups d’œil lancés à mes pataugas et mon pantalon bariolé étaient un peu méprisants. Le groupe s’était arrêté, incliné en riant et était reparti vers la sortie du parc, une discussion les animait, ils étaient légers comme des bulles irisées.  Lara seule avait remis son violon au menton et se lançait dans une aria étourdissante, comme pour prouver quelque chose, les autres applaudirent, et ils finirent par se perdre entre les arbres. Au moment où je vous parle, cette image de Lara, le violon à l’épaule, en robe blanche, ses longs cheveux à la Botticelli déployés sur les épaules, environnée d’admiration et de musique, me hante encore les prunelles. Jamais de ma vie, je n’ai à ce point envié quelqu’un d’autre comme ce jour-là.

Les cours reprirent, ils étaient l’un à côté de l’autre en permanence, se stimulant l’un l’autre d’une façon telle que nous avions tous l’impression que le monde s’était séparé en deux parties. Le paradis où ils vivaient, et notre purgatoire. Sonia arriva au terme de sa grossesse. Curieusement le Madrilène inconnu qui était responsable de sa grossesse fit son apparition, avec son accent délicieux. Il avait cherché à la retrouver, ne savait rien de la situation, en était enchanté et avait décidé de la ramener elle et le bébé, chez lui. Il était de bonne foi, sincère, elle respirait le bonheur. Ils disparurent de ma vie sans que je réalise vraiment ce qui s’était passé, découvrant brutalement à quel point j’étais seule. Inconsciemment quand je traînais dans les magasins, j’étais attirée par les twin-sets de couleurs vives, avant de réaliser que ce que je cherchais était une autre image que la mienne. En quittant la France, Sonia m’avait cédé son job à l’atelier de copie. J’y passais de longues heures tranquilles et studieuses où j’avais tout le temps de réfléchir et de rêver. Nous écoutions de la musique sur une vieille chaîne qui crachotait parfois, j’avais découvert l’univers de la musique baroque, je rêvais de vacances où je déambulerais avec aisance le long de plages de sable blanc, rejoignant un homme élégant qui m’attendrait quelque part, et qui adorerait les tableaux géniaux que je peignais avec la facilité de Michel-Ange.

Parfois, le soir, nous allions tous prendre un verre, dans un piano-bar non loin des Beaux-Arts, les hirondelles striaient le ciel qui s’assombrissait, les boissons étaient fraîches… Je n’avais plus jamais entendu Louis ou Lara jouer de musique et je n’osais leur en parler, comme si j’avais surpris un secret interdit. Mais un soir, Martin lança :

— Je sais Louis, que vous avez vos instruments dans la voiture, je les ai vus, quand je me suis garé à côté de ta Peugeot ; jouez-nous quelque chose. Tout le monde est au courant…

Une ombre passa sur le visage de Louis, comme quand on rencontre un indésirable à l’étranger, au cours d’un voyage agréable, quand on a tout oublié de chez soi. Il regarda Martin et fit celui qui n’avait rien entendu. Mais Martin insista, alors Lara prit la parole. Lara ne parlait jamais fort, elle avait une voix bien timbrée, mais elle ne haussait jamais le ton, cela n’était pas nécessaire. Il y avait une sphère ouatée qui se créait d’elle-même, on l’écoutait.

— On fera ça plus tard… Nous allons casser l’ambiance, qui de nos jours a envie d’écouter du violon à l’heure de l’apéritif… Elle rit, son rire disait « non », et ce « non », tout le monde l’accepterait, c’était toujours comme cela.

Je ne sais pas si quand on ressent désire et passion pour quelqu’un qui ne vous regarde pas, qui ne sait même pas que vous existez, vous pouvez appeler cela amour… Non ! je ne le sais pas, mais il n’en demeure pas moins que je rêvais de Louis la nuit, je ne pensais qu’à le rencontrer le jour, et je n’étais même pas jalouse de Lara parce qu’elle était la personne parfaite et que nulle autre ne pouvait mieux lui convenir qu’elle.

Notre groupe se trouva dissout par le temps, la vie et la force des choses. Certains arrêtaient leurs études, d’autres trouvaient du travail et ne venaient plus que de loin en loin, d’autres choisissaient d’autres écoles. Ils avaient décidé de présenter l’école des Chartes et bien sûr, malgré le surcroît de travail lié au cursus d’histoire, et le reste, ils firent reçus. Je les perdis un peu de vue, jusqu’à la foire-exposition. 

J’avais trouvé un travail temporaire comme vendeuse de blouses ukrainiennes brodées à un stand artisanal, portant la marchandise pour la mettre en valeur, coiffée de macarons que nous avait recommandés notre employeur. Pour être honnête, je me sentais un peu ridicule avec mes manches ballons, mes fleurs de couleur et ma jupe noire. Je les reconnus avant même de les voir. Cette démarche, cette assurance que l’autre est là, cette aura qui les entourait comme une lumière… Ils allaient nonchalamment de stand en stand et j’espérais que les blouses paysannes brodées ne les attireraient pas. Hélas, ils vinrent dans ma direction. Elle portait un pantalon clair, un pull à col roulé et un trench burbery, il était en jean et veston, ils étaient merveilleux. Ils furent chaleureux, affectueux, me demandèrent de mes nouvelles avec attention, et gentillesse. Lara portait une bague couverte de diamants qui tournait à son doigt, car elle était trop large. On ne pouvait pas la manquer. Suivant mon regard, Louis me dit tout joyeux :

— Nous allons nous marier.

C’était un tout, ce calme, cette perfection, cette bague… Je ne les ai jamais revus, mais ils me hantent encore…

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salon du livre porte de Versailles à Paris, conférence

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Voici, comme promis, la conférence que j'ai donnée le 21 mars 2014 au salon du livre porte de Ve'rsailles à Paris

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