littérature

Les auteurs, les apprentis auteurs, les postulants, l’ego et le reste

         Ego2 drhannan

 

 

Ainsi qu’il est naturel, quand on reçoit des manuscrits en vue de publication, on les lit. Souvent, on constate dès le début que le texte est fautif. Je ne parle pas de fautes d’orthographe, mes premiers livres, publiés sans correcteur en sont la preuve, une histoire peut emporter l’auteur trop vite et ensuite on connaît les phrases par cœur. On corrige mal, si on mène ce travail seul, il reste d’inévitables scories. Non ! Je parle de topi trop criants, d’ego trop démesurés et qui s’exhibent sans pudeur, de sujets sans intérêt de lecture, etc. Car un lecteur de manuscrit ne doit pas se demander s’il aime, mais s’il y aura un lectorat pour le texte, s’il cadre avec son époque, si le style est celui qui est adapté à la réception contemporaine et actuelle et si sa maison d’édition pouvait le vendre.

Aussi les réponses positives sont-elles rares. Les manuscrits qu’on a envie de poursuivre jusqu’au bout, rares aussi. C’est d’ailleurs vrai pour nombre de livres publiés, dont on se demande parfois comment ils sont arrivés jusque-là !

Mais ce qui me surprend toujours, c’est le mépris, la condescendance que s’accordent les auteurs entre eux, en fonction de leur classement des maisons dans lesquelles ils se trouvent, sans la moindre connaissance des chiffres, de la puissance commerciale, et des ventes des gens avec qui ils parlent. Actuellement, une grande maison parisienne (article Télérama et Express) considère qu’un auteur à 800 exemplaires, c’est la norme, en dehors de quelques grosses vedettes. Or de « petites maisons » voient parfois leurs poulains dépasser sans effort cette barre, et s’en rire. Mais ils n’ont pas le code-barres du prestige continental. On lit dans les journaux que certains vantards ont vendu « 18 000 » exemplaires pour ce dernier titre, alors que tout confondu, ils n’ont pas atteint le chiffre de 5 000. Communication, communication, ego… Plus personne ne prend le texte et se dit : c’est un bon livre, je l’ai aimé, j’ai vécu avec, et peu importe d’où il sort, du moment qu’il m’est tombé dans la main !

J’ai sélectionné un manuscrit, plein de faiblesses, de fautes, mais avec « quelque chose » dont je pensais qu’il pourrait plaire, et qui me plaisait. L’auteur qui doit croire que le monde attendait le nouveau Saint Ex, n’a pas encore reçu la réponse de Gallimard, et il donnera sa réponse ensuite… L’histoire du héron de La Fontaine, encore et toujours. Les gens vous haïssent parce que vous n’avez pas publié leur livre, ils ne corrigent pas, ne tentent pas de s’améliorer, ils se précipitent sur le premier compte d’auteur venu, la première édition numérique et hop ! Allez-vous me trouver naïve parce que j’ai pensé autrefois que dans le monde de la littérature, on était plus civilisé, plus éduqué ?

Il y a quelques années j’avais refusé un manuscrit d’une jeune femme qui trépignait, tapait du pied, et dont la grand-mère, à ses côtés, accompagnée de sa tante, de sa mère, se montraient consolante en lui assurant qu’un jour le monde découvrirait son génie. Le livre n’était pas mauvais, il était daté, Lautner, genre les « tontons flingueurs », avec un vieux fond de San Antonio dans la langue. Ce manuscrit a fini par être publié ailleurs, sans grand succès, depuis, elle n’est pas auteure, elle est vengeresse… Elle encense tous ceux qui peuvent lui servir et descend tous ceux avec qui elle se croit en conflit. Eduqués les auteurs ?

Céline insultait Gaston Gallimard, pour avoir trois sous ; Sartre, refusé, a été publié sur la recommandation d’un ami, presque tombé dans l’oubli, et a fait lui-même publier de Beauvoir, refusée, elle aussi, et qui ne veut plus rien dire, déjà, pour les générations qui s’avancent. Pourquoi cette rage de publication, cette guerre, cette absence de civilisation dans les rapports de gens, qui tout de même n’ont pas l’excuse de la méconnaissance des mots ?

Dans les rencontres littéraires, de plus en plus, je vais vers ceux qu’on entend peu, qu’on voit peu, qu’on ne recherche pas pour l’aide qu’ils peuvent apporter, pour le marchepied qu’on voit en eux. Et nous parlons d’écriture.

 

une saine lecture : https://papieresthetique.wordpress.com

de Jérôme Orsoni

Caricatures impudiques.

L’impudeur comme norme sociale, comme norme de l’échange, est une sorte d’enflure, de communication à l’excroissance viciée. S’approprier des modèles qui nous sont étrangers (« le nouveau x »), feindre que des phénomènes savamment organisés sont le produit du hasard (« best-seller surprise »), fabriquer l’authenticité comme si c’était quelque chose qui se pouvait acheter, inciter les masses à adopter des comportements irrationnels (scènes d’émeute pour acheter des vêtements dans des grandes enseignes), fabrication de soi-même comme une image de marque, à l’image d’une marque ; je pourrais multiplier les exemples d’un univers produit par cette caricature de sentiments, caricature de croyances, caricature de créations, caricature d’idées, etc., comme si tout ce qui est disponible, tout ce qui est rendu disponible pouvait être réduit à une formule publicitaire suffisamment simple pour qu’elle imprègne la masse sans esprits des consommateurs le temps que le produit est en vente. Je ne saurai dire si cette caricature de la vie est successivement, simultanément, alternativement consciente d’elle-même ou bête. S’il y a, d’une part, celui qui invente la formule « le nouveau x » en sachant pertinemment qu’il n’y a aucune commune mesure entre « le nouveau x » et le x dont il est supposé être l’incarnation moderne, simplement une vague ressemblance qui, loin de rester au stade de la coïncidence amusante, est enflée jusqu’à devenir une marque distinctive et, d’autre part, celui qui reprend la formule en ignorant tout de la possible opération qui la sous-tend. Ou bien s’il n’y a qu’un chaos sans raison qui fait que certains événements parfois ont lieu tandis que d’autres fois, non. Il est possible que les deux mouvements soient liés. Il est même hautement probable que l’activité consciente d’elle-même soit alimentée par la bêtise qui, semblable à un grand désert, ne cesse de croître. Il est ainsi hautement probable que la construction de caricatures impudiques ne soient pas le produit d’une volonté consciente de fabriquer des illusions pour les masses, mais simplement le produit d’imaginations débiles, malades d’elles-mêmes, trop fatiguées pour dépasser l’air du temps dans lequel elles baignent et qui se satisfont de reproduire des manières de faire qu’il faudrait être en bonne santé pour analyser, pour comprendre, pour surmonter. Les esprits malades survivent dans une sorte d’existence paradoxale. Tout pourrait sembler si réel (d’ailleurs, on ne parle que de ça, le réel), et pourtant tout semble si lointain, si vague, si feint. Air du temps vicié — haleine de corps malades.

Rencontres les Automn'hall à Sete

C'est durant l'attente à l'aéroport que j'écris ces quelques mots. Je reviens de Sète où j'ai été invitée à participer à une jolie rencontre littéraire, les Automn'hall. C'est la deuxième fois donc l'accueil adorable et l'énergie infatigable des organisateurs ne sont pas une surprise. Mais il y avait cette année une sensible différence. Un soupçon de légèreté, un souffle de douceur qui ne tenait pas qu'aux conditions climatiques exceptionnelles. Des lecteurs attentifs et qui parlaient avec enthousiasme, les retrouvailles d'amis qui font un bonheur supplémentaire, auquel se rajoute les rencontres. 

J'ai souvent déploré que durant les journées littéraires maints auteurs ne se déplacent que pour se rencontrer eux-mêmes. Truffant leurs pages Perso-publiques de leurs portraits démultipliés et comme éclatés dans le miroir des yeux d'une mouche,  aux côté d'auteurs qui ne leur servent que de decor, toiles de fond dont on ne cite même pas les noms, ils ne se déplacent que pour infliger au monde leur développement latéral- et écrasant-. En conséquence de quoi suis je heureuse d'avoir rencontré Marc Porcu et son fils Dimitri, poètes et musiciens, en symbiose pour nous enchanter. Je ne présente pas Chloé Radiguet qui vient d'achever un livre objet sur Cocteau et Radiguet... Et qui est une des figures marquantes de Sete. Mais la rencontre de ces quelques jours, c'est Virginie Troussier, très jolie jeune femme sensible et au style subtile et sensible. Évidemment, mon ami René Fregni, là aussi, et qui sort chez Gallimard une nouveauté pour Noël, a fait partie des petits-grands bonheurs.

je serais injuste si je ne citais pas le restaurant "chez François" , "l'Oranger" qui nous a régalés de saveurs sétoise que je regrette déjà.

Un excellent WE donc, qui donne envie de lire et d'écrire et d'ouvrir les yeux sur le monde. Merci donc à Tino, Marie Ange et toute l'équipe qui œuvre pour cette belle manifestation.

un peu de nostalgie... 

Les rencontres font mal, ensuite, à la mesure de ce qu'elles ont donné de joie sur l'instant. Le désir-absence d'une étoile- ne fonctionne qu'en dyptique avec la cruauté du manque.

"Envole toi Octobre" Virginie Troussier

salon du livre porte de Versailles à Paris, conférence

Img 8737

Voici, comme promis, la conférence que j'ai donnée le 21 mars 2014 au salon du livre porte de Ve'rsailles à Paris

Conf rence 21 marsconf.rence.21.mars.pdf (70.13 Ko)

Img 8739