empathie, pitié et autres

J’essaye de comprendre. Montaigne il y a quelques jours m’interpelle. Il me rappelle que les stoïques haïssent la pitié et l’empathie. Sentiment vile et dévalorisant pour l'émetteur comme pour le destinataire. Si je perçois parfaitement son raisonnement philosophique, je n’adhère pas en tant qu’être humain à la chose, et sur le moment j’en suis convaincue. Fermer son coeur à l’empathie, c’est être froid et égoïste. Voilà l’état des lieux la semaine passée. Parallèlement, et sur le fondement de cette belle empathie que j’accueille, j’écoute depuis des années un verbeux solitaire géocentriste, qui ne conçoit l’autre que comme un décor de fond de son théâtre personnel. Mon motif? premièrement il parle, et j’ai été immobile et cloîtrée si souvent que c’est agréable, enfin je le pensais. Deuxièmement, il est malheureux. Il est toujours malheureux. Eternel sysyphe enroché au foie dévoré, hurlant contre la montagne sa douleur cruelle. Donc empathie etc. Ainsi, alors que j’ai passé l’année dernière des mois allongés à attendre une amélioration, alors que ce schéma se reproduit cette année, j’en ai rajouté des tonnes sur ma pêche, ma joie de vivre contagieuse, mon moral en béton, et j’ai tenté de lui communiquer cela, évitant de parler de mes soucis, de mes angoisses; gaie, positive, remue toi mon frère... Le bilan? à mourir de rire. Il me dépeint comme une personne qui reste en surface des choses, pressée d’arriver (euh, où? au mur de ma chambre?), presque vulgaire dans ses propos. 

Il a oublié un détail, que ces propos lui étaient adressés à lui. Ils ont été mixés à son intention personnelle. Mais la leçon est bonne. Les gens se soucient peu de ce que vous êtes, ils ne vous voient que comme des éléments de leur propre décor, plus ou moins valorisants, les efforts que vous faites les intéressent peu, car ils signifient une démarche volontaire. L’adaptation du discours à la cible n’a pas d’importance pour la cible. Sentiment de «déjà vu» . Quand en classe je cède à l’empathie, l’élève se sert de moi le temps nécessaire, et puis il jette et catégorise. Bien fait pour moi, s’il ne retient que l’image de ma médiocrité.

Il faut toujours se méfier des gens qui adoptent la posture du chien soumis. Ils ne vous pardonnent jamais d’en avoir été le spectateur. L’humilité rhétorique ne doit en aucun cas être prise pour une vérité.

Ainsi j’en arrive à Marc Aurèle, à Montaigne, qui avaient raison, «je» n’est pas l’autre, ne lui voulons pas de mal, ne lui voulons pas de bien, respectons nous premièrement, nous le respecterons secondement forcément.

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