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Du roman policier au roman du secret, entretien avec Marie-Hélène Ferrari

Marie-Hélène Ferrari est l'auteur de plus d'une vingtaine de livres. Romans policiers, ou romans intimistes, ces œuvres, suivies par des lecteurs fidèles, connaissent un succès croissant. Les aventures du commissaire Pierucci sont publiées non seulement dans toute la France mais aussi en Italie et au Canada.
Dans cet entretien, l'auteur revient  sur son roman « Le Diable est un ange comme les autres », évoque sa rencontre avec Maud Tabachnik dans le cadre d'Arte Mare et nous présente son livre à venir, « La honte en héritage ».

  « La littérature est le besoin d'exister autrement que ce que nous sommes »

- Dès le titre, Le Diable est un ange comme les autres, vous posez la problématique du roman : montrer comment un être humain peut se transformer en tueur. Vouliez-vous montrer que la frontière entre le bien et le mal est ténue et réversible ?
- On peut dire qu'en chaque être humain se trouve un côté sombre qui peut se révéler selon les aléas de la vie et surtout de l'enfance. D''un point de vue romanesque, il est vrai que cette frontière est ténue. Mais dans la réalité, le franchissement de cette ligne, pour passer au crime rituel, est moins fréquent. Dans mon roman, le personnage de Télémaque, le tueur, traverse cette frontière. C'est un personnage dont j'avais déjà parlé dans un précédent roman et qui demandait à revenir. Au début de mon écriture, je ne savais pas qui allait être le tueur. Son nom s'est imposé petit à petit parce que Télémaque est un jeune garçon en souffrance, qui n'est pas corse et pour qui l'adaptation à cette terre, qui lui apparaît hostile, est difficile.
- Peut-on dire que vous avez une certaine empathie pour le tueur ?  Ou bien est-ce une certaine compréhension ?
- Je ne parlerais pas d'empathie, ni de sympathie, mais j'ai, en effet, un besoin de comprendre. J'écris pour comprendre les mécanismes humains et cela m'éclaire aussi sur la réalité qui m'entoure. Par exemple, pour le personnage du jeune geek, fan de jeu en lignes, je me suis inspirée de faits réels. J'avais vu sur internet un jeune homme qui cassait son ordinateur après avoir appris que tous ces avatars avaient été détruits. Cela m'a interpellée et je m'en suis servie pour écrire une scène du roman.
- Vous êtes, en effet, dans vos descriptions toujours très proche de la réalité. Comment faites-vous ?
- Je tiens à être très proche de la réalité. C'est un des devoirs de l'écrivain. Avant d'écrire mes romans, je procède à un grand travail de recherches qui durent un an environ. Pour le druidisme, j'ai notamment fait des  recherches sur internet. Et je me suis d'ailleurs rendue compte que c'est une religion toujours vivante. En ce qui concerne le monde des geeks, des jeunes gens enfermés dans un monde virtuel, je me suis renseignée auprès de mes élèves et j'ai visité les sites de jeux.
-  Vous semblez vouloir combattre des clichés, en particulier des clichés sur la Corse. Vous montrez, par exemple, une Corse sombre, hostile.
- Il faut bien se rendre compte que ces clichés sont relativement récents et doivent dater des années 70. Si vous prenez la Corse de Maupassant et de manière générale, celle qui apparaît dans les récits du XIX ème siècle, vous trouverez une Corse sombre et peu accueillante. Je pense qu'il doit être difficile de s'y adapter lorsque l'on n'en est pas originaire. C'est ce qu'incarne le personnage du jeune Morales. La Corse souriante n'est pas une réalité.
- L'autre cliché que vous dénoncez est le fait qu'en Corse, on serait à l'abri de certains crimes, comme ceux commis par les serial killer.
- Je veux montrer qu'en Corse, on a les mêmes crimes qu'ailleurs. Il faut sortir du cliché selon lequel dans notre île, on ne touche ni aux enfants, ni aux vieilles dames. Si cela a pu exister, ce n'est plus le cas. Lorsque quelqu'un est tué, on a tendance à chercher le coupable dans le mort. Les morts ne sont pas forcément coupables. La Corse n'est plus une terre de sécurité.
- Le personnage de Télémaque, le tueur, se réfugie dans le druidisme. Pourquoi avoir choisi cette religion ? Est-ce là encore pour donner une image inattendue de la Corse, une Corse païenne ?
- Cela avait un double but. J'aime associer la Corse à un élément qui lui est inhabituel. Cela permet à mes lecteurs de se documenter, d'apprendre. Je les emmène ainsi dans un lieu étrange et inconnu. En fait, le choix du lieu a précédé le choix du thème. Je suis tombée par hasard, au site de Palaghju,  sur une cérémonie druidique. C'est ainsi que m'est venue l'idée de cette religion. De plus, je trouvais que ce thème s'alliait très bien avec le thème du monde virtuel créé par les jeux en ligne.
- Avec le druidisme et le mythe de l'Odyssée, présent aussi dans le roman, vous revenez aux origines de l'humanité. Pourquoi ce retour à l'Antiquité ?
- Avec le retour au mythe, je voulais montrer la pérennité des souffrances humaines. Cela me permettait aussi de brouiller les frontières entre passé et présent. Il y a ainsi dans le roman, deux niveaux de lecture. Sous l'histoire policière, l'enquête, apparaît en filigrane le texte classique.
- Vous réussissez, dans ce roman, à créer une atmosphère pesante. Comment pensez-vous réussir à créer du suspense dans vos livres ?
- A vrai dire, je ne pourrais pas répondre à cette question. Je ne sais pas si cela tient aux lieux ou bien encore au personnage du tueur. Il est vrai, toutefois, que Le Diable est un ange comme les autres me semble un roman plus noir, plus sombre que les autres. Peut-être cela tient-il au personnage d'Angelo, encore aux prises avec la mort ? Le personnage de Pierucci est aussi plus sombre, il me semble pris dans une spirale.
- Vous parlez des personnages comme s'ils ne vous appartenaient pas ?
- Oui, mes personnages font partie de mon univers et évoluent un peu contre moi.
- Vous avez rencontré Maud Tabachnik dans le cadre d'Arte Mare. Comment s'est passée cette rencontre ?
- Je dois dire que j'ai eu un vrai coup de foudre pour Maud Tabachnik. C'est une femme directe, avec une style d'écriture « coups de poings », brutal. Elle a beaucoup d'énergie et beaucoup d'aplomb. Cette rencontre a été très conviviale. Il y avait beaucoup de monde et malgré tout une grande qualité d'échange.
- Maud Tabachnik situe ses romans aux Etats-Unis. Avez-vous déjà pensé à situer les aventures du commissaire Pierucci en dehors de la Corse ?
- J'ai déjà écrit un roman, Snipper's blues, sous le pseudonyme de Tennessee Chance qui se passait aux Etats-Unis dans une ancienne mine d'argent. Si je situe le commissaire Pierucci en Corse, c'est aussi pour porter une réflexion sur une région. Je ne parlerais tout de même pas de littérature régionale, ce mot ne me semble pas approprié. De nombreux auteurs situent leurs actions dans la même région. L'enjeu est de porter une réflexion, de s'interroger sur ce qui nous entoure.
- Maud Tabachnik et vous êtes tombées d'accord sur le fait qu'en tant qu'auteurs de romans policiers, vous aviez une fascination pour la mort. Pourriez-vous nous expliquer cela ?
- Je dois dire qu'on ne vient pas au polar par choix. Les auteurs de polars sont des gens pour qui la mort est un possible ou a été un vécu. Ce sont des gens qui ont essayé une vie normale mais pour qui la mort est sans cesse présente. S'il y a bien fascination pour la mort, il n'y pas de fascination pour le tueur.
- Pourriez-vous nous parler de votre prochain roman qui sortira dans quelques jours ?
-Mon nouveau roman, La honte en héritage, n'est pas un récit policier. Il prend racine dans la seconde guerre mondiale. J'y développe un thème qui m'est cher, celui du secret, du drame étouffé par la famille. J'ai voulu écrire sur le non-dit qui ronge et qui se manifeste, inévitablement, par des symptômes moraux ou physiques.  Il s'agit de savoir si l'on peut lutter contre le poids du secret et de la famille.
                                                                    Propos recueillis par Lucie CANCELLIERI

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