l'éthos

Pascal

Le matin, quand j’ai encore la tête dans le brouillard, avant de me mettre à écrire, je lis Montaigne, ou Pascal. Pourquoi eux ? les ayant survolés, lus en diagonale à plusieurs reprises, gênée par la langue archaïque de l’un en mon jeune âge et par le côté décousu de l’autre plus tard, j’ai raté beaucoup de choses. Donc le matin, je lis quelques pages, je prends des notes.

 À mesure qu’on a plus d’esprit, on trouve qu’il a plus d’hommes originaux. Les gens du commun ne trouvent pas de différence entre les hommes

 

Que d’orgueil dans cette phrase. Car ce qu’on peut lire ici, c’est « combien de gens intéressants j’ai rencontrés, car je suis exceptionnel », pauvres gens qui ne sont pas comme moi ! On peut lire aussi que quand on est aussi bien que lui on s’ouvre au monde, etc., etc. parlez-moi de moi, il n’y a que cela qui m’intéresse… en parlant des autres, je parle de moi, mais je suis humble et modeste, etc. etc. Bonne conscience bien pensante du catho bon teint et de l’homme vraiment très intelligent à qui répugne la médiocrité.

L’éthos interne du texte, ce que les lignes ne disent pas, mais que la sensibilité du lecteur doit appréhender en lisant. Je n’aime pas l’éthos de Montaigne ni celui de Pascal qui tranchent une frontière entre eux et le monde, se posant en spectateurs. Pas qu’eux, bien sûr, la réflexion est valable pour nombre de philosophes, « j’étudie le monde sans être le monde ordinaire ». Genre singe et surhumain Nieztchéen … être philosophe est-ce donc cela ? Porter le regard distancé et désabusé du spectateur ?

Faire du monde un système, mettre les mouvements humains en équations, en formules ?

Je vois bien des différences entre les hommes, mais ceux dont on dit qu’ils sont intelligents, qu’on encense, qu’on porte aux nues, sont rarement à la hauteur des espérances qu’ils provoquent, souvent leur altitude les rend orgueilleux, plus souvent encore ridicules, imbus de leurs petites ascensions. J’aime ceux qui pétillent sans bruit, et qui sont là, pour faire bouger les choses et donner au monde d’autres couleurs… sans éclat. Et puis j’aime vous écrire, parce que je veux croire que passer du temps avec vous, mes « hommes différents », aide à me garder modeste.

Ps le tableau avance, mais n'est toujours pas fini

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