La machine à explorer le temps Wells

 

 

 

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«La machine à explorer le temps», de HGWells a donné lieu à tant d’adaptations et de séries B quitchs, qu’on a oublié de lire le livre. Or la relecture de cet ouvrage est réjouissante et instructive à bien des titres. La théorie de la quatrième dimension, telle qu’elle est formulée tient toujours le coup, malgré les progrès de la technologie, car la façon dont elle est avancée est d’une logique d’autant plus admirable qu’elle commence à dater. Mais si j’ai eu envie de parler de ce livre aujourd’hui, c’est pour une autre raison. Selon Wells, à Londres il existe deux catégories de population : celle des riches, cantonnée dans de jolies enclaves à la surface de la terre, confinée dans une oisiveté faite de subtile nourriture et de jolies étoffes. Pour faire vivre ceux-là et leur fournir ce qui leur est nécessaire, les masses de travailleur s’agitent en sous-sol, graisse les machines qui meuvent la cité. Voilà la vision du XIX e. Le héros, projeté dans l’avenir atterrit dans un premier temps dans ce qu’il prend pour une utopie. Des êtres infantiles et chétifs vêtus d’étoffes chamarrées , les Eloïs se nourrissent de fruits parvenus au sommet de la perfection. L’industrie, l’agriculture qui n’a cessé de s’améliorer a exterminé les ronces, et tout ce que la nature a pu produire de malfaisant. Ces douces créatures évoluent au milieu des ruines des pièces précédents, elles sont totalement sans défense et inaptes à tous sentiments ou intelligence. Mais l’utopie devient inquiétante la nuit, quand l’obscurité tombe, car la peur alors monte, des rampants albinos, nyctalopes sortent des entrailles de la terre. Les Warlocks. Les Eloïs sont les derniers des descendants de ces nantis bons à rien, les Warlocks, les derniers des descendants de la race des travailleurs. Ils produisent les tissus et la nourriture des premiers vivant sous terre, au milieu des machines qu’ils dominent à la perfection. Savoureux passage :

 

Les habitants du monde supérieur pouvaient bien avoir été autrefois une aristocratie privilégiée, et les Morlocks leurs serviteurs mécaniques, mais tout cela avait depuis longtemps disparu. Lesdeux espèces qui étaient résultées de l’évolution humaine déclinaient ou étaient déjà parvenues à des relations entièrement nouvelles. Les Éloïs, comme les rois carolingiens, en étaient venus à n’être que des futilités simplement jolies : ils possédaient encore la terre par tolérance et parce que les Morlocks, subterranéens depuis d’innombrables générations, étaient arrivés à trouver intolérable la surface de la terre éclairée par le soleil. Les Morlocks leur faisaient leurs habits, concluais-je, et subvenaient à leurs besoins habituels, peut-être à cause de la survivance d’une vieille habitude de domestication. Ils le faisaient comme un cheval cabré agite ses jambes de devant ou comme un homme aime à tuer des animaux par sport : parce que des nécessités anciennes et disparues en avaient donné l’empreinte à l’organisme. Mais manifestement, l’ordre ancien était déjà en partie inversé. La Némésis des délicats Éloïs s’avançait pas à pas. Pendant des âges, pendant des milliers de générations, l’homme avait chassé son frère de sa part de bien-être et de soleil. Et maintenant ce frère réapparaissait transformé. Déjà les Éloïs

avaient commencé à rapprendre une vieille leçon. Ils refaisaient connaissance avec la crainte. Et soudain me revint à l’esprit le souvenir du repas que j’avais vu préparé dans le monde subterranéen. 

Car dans cette fin du monde, les Warlocks élèvent les Elois comme un gentil gibier, inoffensif et mignon comme les moutons de Marie-Antoinette, et ils les mangent...

 

Parabole, bien sûr, qui montre s’il n’était nécessaire qu’une fois de plus la Science Fiction pose des problèmes quasi philosophiques, et y répond à sa façon. Nous avons la chance de pouvoir relire ces œuvres merveilleuses en e books gratuits, puisque ces ouvrages sont tombés dans le domaine public, il faut y penser, et en jouir.

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