Littérature régionale, ou pas

 

capture-d-ecran-2011-11-29-a-21-25-01.pngLittérature, Corse, littérature Corse...

 

J'ai souvent pensé qu'à se perdre sur le net où d'aucuns font buzz, on perd le temps précieux qu'on ne passe pas à écrire. On parle avec tout le monde, ne parlant à personne, on s'exhibe, on se donne... L'écrivain cherche, recherche, écrit... Le web est un marais où souvent on s'enlise...

Il n'y a selon moi pas de littérature corse. Il y seulement littérature, ou pas. Une oeuvre parle à l'universel ou se montre muette éternellement. Quelle que soit la langue dans laquelle elle s'exprime. Peu m'importe qui tient la plume, au fond, du moment qu'il me touche l'âme...

Commentaires (6)

1. f.renucci@free.fr 15/12/2011

Bonjour, je voudrais réagir à ce billet, puisque ce blog est aussi un espace de discussion.
Je suis d'accord avec l'idée qu'Internet favorise la dispersion et peut faire perdre du temps. Je crois aussi que c'est un lieu idéal pour imaginer d'autres façons d'aborder la littérature et surtout un lieu important, parmi d'autres, pour en discuter. La littérature s'est toujours nourrie d'oeuvres et de lectures de ces oeuvres, lectures croisées, parfois contradictoires.
Quant à la question des "étiquettes" sur une littérature (régionale, corse, française, méditerranéenne, universelle), je trous qu'elles ne sont utiles que si elles permettent d'enrichir notre compréhension d'une oeuvre, sans l'enfermer aucunement dans une catégorie. A ce titre, je crois qu'on peut parler d'une littérature corse, si cela permet d'accroître et de diversifier les approches des livres écrits et publiés dans l'île ou à propos de l'île. De mon point de vue, il ne s'agit aucunement d'enfermer qui que ce soit, mais au contraire de multiplier les façons de lire.
Cordialement.

FX Renucci

2. MHFerrari 16/12/2011

Merci Monsieur Renucci de me faire la grâce d'une visite.
Les deux points que j'avais soulevés dans ce court billet me tiennent à cœur, car leur thème revient comme un serpent de mer dans nombre de discussions, de rencontres, de colloques.
Vous avez comme moi une vie professionnelle prenante, et vous conviendrez que le temps dont on dispose en rentrant est bref. J'ai réalisé que les visites sur sites, blogs et autres que j'effectuais, aussi intéressantes qu'elles pussent être, se défalquaient obligatoirement sur le temps que je consacre à l'écriture. Sans compter parfois les désagréments encourus à la lecture de certains articles, qui, pour de bon, me coupent l'inspiration. En conséquence de quoi, ai-je changé de support d'écriture pour ne pas être "tentée" car il s'agit bien de tentation. Il y a dans la dispersion une perte d'énergie que je ressens réellement.
Pour ce qui est de la littérature locale, régionale, corse, ou qu'elle que soit le nom qu'elle prenne, je pense qu'un auteur trouve sa force, sa naissance, son souffle dans un microcosme, quel qu'il soit. L'exil même peut être une terre d'écrivain. Mais je pense aussi qu'il est bon que nos livres appellent à une forme d'universalité humaine, et parlent leur propre voix. J'ai entendu et lu la position de Jérôme Ferrari à ce sujet, et suis d'accord avec lui sur ce point. Il n'existe pas de littérature régionale, mais juste de bons ou mauvais livres, c'est tout. Un exemple : juste après avoir acheté un livre publié dans une grande maison, et racontant les tribulations d'un bourreau, roman historique farci de notes de bas de pages pour une fausse caution savante, et au final assez vide et assez vain, j'avais lu un Archange Morelli qui présentait sur le thème des points de ressemblance. Et bien je pense que le second est meilleur que le premier, et même si publié chez Albiana et parlant de la Corse au Moyen Âge, ce n'est pas un roman " régional" . Un roman, point.
Voyez vous, nous recevons beaucoup de manuscrits chez Clémentine, où l'aspect patrimonial revendiqué et annoncé en préambule de lecture, s'arbore comme demande à être lu " autrement" . Comme s'il y avait nécessité à ces histoires du passé, qui doivent absolument "être sauvées" de l'oubli, vraies, bien sûr, essentielles pour leur auteur, justifiant des actes d'écritures indigents. Il ne faut pas mélanger archéologie et littérature. Et pour ceux qui ont "secoué la littérature corse, en récusant cet aspect patrimonial, je ne considère pas qu'ils soient auteurs régionaux, auteurs, simplement, oui !
Je persiste: d'une certaine façon le " journal d'une femme de chambre" ou " Eugénie Grandet" sont-ils des livres régionaux! ? Non, juste de belles œuvres. C'est à quoi nous aspirons tous, il me semble.
Enfin, vos propos pertinents sur la façon de lire un livre, ses approches, me rappellent les discussions universitaires sur les tenants de Faguet, les structuralistes... en fin de compte, quelle importance, quand on ne veut que lire, et qu'on ne demande qu'à aimer ?
J'aime rentrer dans une œuvre, l'aimer ou pas, sans rien savoir d'autre que ce que le texte me dit. Voyez vous, j'aime et je déteste trop vite. J'ai déplaisir à lire les œuvres des hommes que je n'apprècie pas! C'est très bête cette "affectivation"mais c'est comme cela. Donc je préfère ne rien savoir. Et considérer que le texte est le seul support que j'aie à connaître.
Enfin, pour mes propres textes, ma seule exigence sera juste et seulement, celle du style, du souffle, et du projet d'écriture!!!
Il n'en demeure pas moins que je vous suis très reconnaissante d'être la vigie en haut de la tour qui donne souffle à cette vie littéraire qui vous tient tant à cœur . Et vous remercie de votre attention et de votre question

3. f.renucci@free.fr 17/12/2011

Merci de poursuivre ainsi le dialogue, Madame Ferrari.
D'accord avec vous sur le fait qu'écrire volontairement avec une visée patrimoniale (qu'elle soit régionale ou nationale d'ailleurs) aboutit souvent à de la mauvaise littérature. Lire avec la même visée risque aussi d'appauvrir les textes qui cherchent d'abord à être de bons livres ou de la bonne littérature.
Quand j'utilise le terme "littérature corse", ce n'est pas pour la régionaliser, je suis d'accord là aussi avec le point de vue de Jérôme Ferrari.
Mais il y a bien des façons de faire de mauvais livres, et la recherche d'universalité ne prémunit pas contre l'indigence. Par ailleurs, certains ouvrages qui n'ont jamais visé à être lu par le monde entier sont extrêmement beaux, tout simplement parce que "rien de ce qui est humain ne nous est étranger".
Je conçois très bien que vous ayez votre façon personnelle de lire, d'être accrochée par les oeuvres, tout comme chacun d'entre nous. C'est exactement ce qui m'intéresse : la diversité des lectures et non imposer un modèle unique. Et parmi cette diversité, je trouve que les façons universitaires ont toute leur place et leur importance ; je pense aux analyses de Pascale Casanova sur les oeuvres de Beckett et Kafka qui enrichissent, par l'étude du contexte d'écriture, la lecture des textes eux-mêmes.
Cordialement.

4. ferrarilycee (site web) 18/12/2011

Très juste. Et j'aime beaucoup votre phrase, "il y a bien des façons de faire de la mauvaise littérature. "C'est étrange, mais avant de m'interroger sur la réception de mon travail, avant de recevoir les courriers de lecteur, j'avais le sentiment de savoir à peu près ce qu'était un "bon" livre. Ou plutôt de déterminer ce qu'était un mauvais. " : un ouvrage qui n'apporte rien. Or de plus en plus je suis surprise de ce que je touche chez les lecteurs quand j'écris. Bien souvent on met en valeur des sentiments ou des phrases qui sont pour moi totalement anodines, voir inexistantes, alors que ce que je jugeais important est invisible . J'ai pensais, "c'est que je ne sais pas m'exprimer. "Décourageant. Mais en réalité c'est plus subtile que cela. Nous nous cherchons dans les livres que nous lisons, sans cesse nous cherchons la part de nous même qui peut s'intégrer et se reconnaître dans les phrases écrites par d'autres. L'acte de lecture est un acte égoïste. C'est pourquoi j'aime les critiques littéraires, quand elles sont appuyées, sincères et éloignées de coteries ou de mercantiles visant avant tout à "buzzer" . Pardonnez ce rapprochement, mais j'ai acheté le dernier disque de Julien Clerc. Je ne me souviens plus du titre, mais il y a "folie " dedans. À l'écoute j'ai pensé que justement, il en manquait furieusement, et qu'un nom ne suffit pas. Je me suis dit : " mais personne ne lui a dit que cela ne valait rien? " parce que le critiques lues de droite et de gauche en fin de compte avaient eu le même sentiment que moi. Et cela m'a fait peur. Il faut des fous du roi au roi, pour lui garder les pieds sur terre, et il faut des critiques sincères pour faire évoluer un scribouilleur. Quand l'écriture est la vie de quelqu'un, quand il est un handicapé sans ce moteur, cette envie, quand il ne peut pas écrire, il devient sourd et aveugle. Il faut alors qu'on lui dise, avant la parution: bof, bof. Mais il est tellement difficile d'accepter le jugement de l'autre dans quelque chose où on s'investit tant? Bien à vous. Mh

5. f.renucci@free.fr 19/12/2011

Oui, je comprends ces étonnements devant les manières inattendues qu'ont les lecteurs de "comprendre" le livre que l'on publie. Il me semble donc que l'ouvrage écrit, créé n'est pas totalement "programmé consciemment" par l'artiste : ce livre contient une part de hasard, d'air du temps, de travail collectif inconscient, d'inconscient personnel. Impossible de "prévoir" et de "figer" sa réception, ou sa "bonne" réception. Après, il est toujours possible de clarifier les intentions, ou même la réalité du texte si certaines lectures sont vraiment trop tendancieuses ou délirantes. C'est le livre qui y gagne. Il fait son office : animer nos imaginaires, proposer des images, des figures, des horizons inédits.
Je trouve qu'un "jugement" sur le livre (de la part d'un critique professionnel ou d'un simple lecteur) ne devrait pas tant toucher l'auteur, puisque c'est de l'ouvrage dont il est question et non de sa personne. Après ce sont des choses humaines, il est normal de réagir avec sensibilité à une critique négative (il est même conseillé de ne pas en faire grand cas et de poursuivre sa création : il y a tellement de générations qui pourront lire différemment ce que l'on a écrit).

6. ferrarilycee (site web) 20/12/2011

Qu'est-ce qu'un livre? Un projet dans un premier temps, une idée qui tiraille et qu'on canalise. Qu'on assimile, comme une digestion. Puis, parfois, pour certains des recherches, des démarches, des marches aussi, sur les lieux, des repérages. Ensuite les personnages se mettent à vivre en nous, et ils absorbent nos émotions, notre vie. Qui disait: vivre avec un écrivain c'est vivre avec un vampire ? L'écriture, une immersion, une plongée, un monde que l'on retrouve, qui est comme l'air que nous respirons.
On fait des enfants par nécessité biologique, sociale, parce que le compagnon en veut, parce que c'est la vie. L'écriture à un peu de cela, à cette différence près que l'on écrit comme on vit, mais que rien d'exogène ne nous y pousse. Tout cela pour dire qu'un auteur qui se respecte s'intègre dans son livre, il est normal en ce cas que la critique soit si douloureuse. Car c'est le mot . Et en même temps elle est légitime, puisque celui qui publie ne reste pas caché dans l'anonymat des foules.
Mais il est rare que la critique ne s'attache qu'au texte, convenez en ! Souvent on amalgame son auteur, le texte, ses prestations publiques ...
Bah, c'est difficile.
J'ai vu que vous souteniez avec Jean les cabanes à livres. Sympathique aventure. Votre site" pour une littérature corse" est une mine de renseignements. Et la Corse fertile en initiatives. Merci de le souligner.

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