retour dans la vie active

Retour au lycée

 

 

 

 

On lit partout que certains professeurs préfèrent s’annoncer comme vendeurs de chaussures italiennes, artisans patissiers, ou intermittents du spectacle plutôt que de reconnaître en public qu’ils sont professeurs. J’avoue que la complexité des rapports que nous entretenons avec le programme à enseigner, l’espace accordé au dit programme dans la semaine, et l’intérêt suscité par le susnommé dans la tête du public qui nous est assigné, en soi, c’est déjà un rubicscube de niveau 50. Rajoutons à la sauce des parents débordés, qui par l’homosexualité de leur fils, ou ses occupations extrascolaires qui le mènent avec régularité dans les locaux de la police, voir encore son alcoolisme endémique, sa violence, sa sexualité précoce, ses besoins galopants d’argent, son incapacité à se concentrer plus de quarante secondes, entre deux joints, deux clopes ou deux coups de fil donc, lequel parent persiste cependant à démontrer qu’il est bon parent, et se targue de dresser en conséquence le prof-seul respondable-, à défaut de sa propre progéniture. J’oublie quelques épiphénomènes administratifs, du genre d’un proviseur qui, largué dans une région où tout lui semble hostile, se terre dans son bureau, armé de son stylo comme d’une mitraillette, laissant dépasser un nez peureux du meuble de bois, en attendant la relève, comme Drogo du haut du fort de Bastiani, et on comprendra, effectivement, qu’il y a de l’avenir dans la chaussure italienne. Pourtant, j’y suis retournée dans les locaux sacrés de l’enseignement public. Parce que vous n’allez pas le croire, mais au détour d’une muraille de livres j’ai rencontré ce truc inédit et incroyable : des élèves qui ont envie de réussir et d’apprendre. Si ! cela existe. Et rien qu’à cause de cela, je vais y retourner… Mais il est fort probable, que quand on me demandera quel métier j’exerce, je dirai : vendeur de chaussures italiennes.

 

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