retour


La parenthèse hospitalière se clôturant par un non lieu, je suis rentrée chez moi. La porte vitrée s'est ouverte et je savais que cette fois, je ne reviendrai pas, comme durant la promenade dans le petit jardin aux bancs blancs. Je laissais derrière moi les visages de tous ceux qui avaient partagé les rires et les crispations du mois dernier, je me dépêchais, de peur, peut-être de me retourner, foncer dans la vie la tête en avant...
Nous avons marché à Marseille longuement... et c'est là qu'on réalise que, pour qui ne peut s'asseoir, le monde est compliqué... ensuite...aéroport, voyage... (debout) et enfin ma maison, mes animaux, mes enfants. La joie de retrouver les odeurs, les visages, les saveurs, les sourires, la première nuit...
Je comprends cependant ceux qui, hospitalisés longtemps, ont du mal à reconsidérer leur maison et leur cadre comme un havre. La journée, quand tous travaillent, une maison c'est solitude,  tâches à accomplir quelquefois surprenantes de complication, pour peu qu'il faille atteindre des hauts, des bas qu'on n'avait jamais remarqués. Solitude des pièces vides, des portes fermées. Pas de compagnon de misère dans la chambre d'à côté, pas de dames qui font les lits, on est livrés à soi-même et à ses limites. Puis la famille rentre, elle est fatiguée, affamée, et elle a le droit légitime de l'être puisqu'elle est fait partie des verticaux actifs et mobiles qui ont travaillé et rempli leur part de contrat. Décalage, "toi tu as de la chance" " j'aimerais bien être comme toi" j'en passe... Non, justement pas. Etre à la maison un jour de congé quand on peut sortir, c'est une chose. Etre à la maison quand on peut s'asseoir, se lever, faire ce qu'on veut, est une chose. Faire ce qu'on peut, faire de son mieux, et souvent le mieux c'est de trouver un système pour respecter un corps rétif, en est un autre. Savoir que les arbres qui se dressent devant la fenêtre sont autant de barreaux, savoir que la précipitation d'aujourd'hui c'est le retour à la case départ de demain, savoir qu'on ne fait pas plus partie de la vraie vie ici que là bas, alors non, ce n'est pas si bien.
Que les choses soient clairement dites, je n'exprime pas ici un mal de vivre et une plainte personnelle de mauvais goût. J'ai pris conscience qu'il existe deux mondes qui se cotoient mais ne se connaissent pas, deux mondes qui sont deux enfermements, deux lorgnettes braquées sur deux horizons et que j'aimerais que ceux qui sont les verticaux mobiles prennent conscience des autres. Il ne s'agit pas de pitié, il s'agit de changer son regard, celui de la cohabitation avec soi même. Nos petits bobos sont souvent misérables, mais on en fait des tonnes, les frustrations de la vie quotidienne parfois lamentable, mais on s'y arrête. Les voisins antipathiques, les collègues mesquins, les restaurants chers, les bus lents ... Mais le soleil brille, 

 

et il y a surement quelque chose de plus passionnant à ruminer que les nuisibles. Non? ne serait-ce que par politesse pour ceux qui ont de vrais soucis.

Une autre chose, vivre et laisser vivre, tolérer l'autre, respecter le liberté. 

Non?

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