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Sénèque, Montaigne, la Boétie étaient Stoïques. Afin de lutter contre l'invasion des sentiments négatifs, qu'il s'agisse de jalousie, de désillusion, de souffrance liée à la perte, la solution la plus simple était de ne ressentir rien au départ, de ne s'attacher à rien, du coup, nulle perte ne pouvait générer de blessure irrémédiable. A la lecture de Montaigne, on a un peu le sentiment qu'il est spectateur des convulsions du monde, et qu'il prend des notes pendant que les autres se roulent sur le sol; dans la série j'ai testé pour vous, j'ai essayé l'indifférence ethnologique avec prise de notes.

Ce matin donc, j'ai croisé une dame vénale et qui ne sait pas dire bonjour, qui sale les additions en vous annonçant qu'elle vous fait un prix, et qui porte des cuissardes avec un short à ras le palais des gourmandises (mais dont les pâtisseries sont très avancées). Comme Montaigne aurait pu le faire, j'ai écrit: "Ce que tu ne vois pas ne te contrarie pas!" et je n’ai rien vu. Mon mari par contre a tout vu.(Je parle des pâtisseries) mais comme je n’ai pas vu qu’il a vu je ne suis pas contrariée du tout. Pas du tout.

J'ai été chez le Kiné, dans une piscine délicieuse, avec beaucoup de bulles délicieuses, et d'une température délicieuse. Il a fallu sortir au bout d’une demi-heure délicieuse, mais comme je n’ai rien apprécié du tout, je n’ai pas du tout été contrariée, mais alors pas du tout, d’autant que je n’imaginais pas du tout que la séance durerait une heure… pas du tout. Non, non, pas du tout.

Montaigne dit qu’il faut se refuser tout plaisir pour n’avoir pas à les regretter ensuite… je n’ai pris aucun plaisir, juré. Donc je n’ai pas rêvé de piscine chaude durant l’heure qui a suivi.

A midi, il y avait de délicieux choux farcis, et un bon vin. Mais c’est pareil, puisque je ne suis plus gourmande, et que j’ai mangé pour vivre (et non pas le contraire, comme dirait Harpagon), cela ne m’a pas posé de problème de n’en avoir pas fait assez. Aucun regret, aucun, juré.

Ma fille a emporté mon gilet préféré, mais je n’ai plus de gilet préféré, le facteur n’a pas livré le colis de stylos que j’attendais, mais je ne l’attends plus, et le fixatif a décapé les blancs de mon tableau qui sont à vomir, mais c’est sans importance, car je n’espère plus que mon tableau soit fini un jour.

Bref, je n’ai ressenti au-cu-ne émotion négative, au--cu--ne !, pas la plus légère contrariété, pas le plus petit sentiment de frustration.

Vrai

Juré

Ouf

Et finalement

Qu’est-ce que je me suis emmerd……..

 

 

 

 

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