ex du Dormeur du val, Rimbaud

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Objectifs: le sonnet, cours, la poésie engagée, Rimbaud, histoire littéraire suite

Support, « Le Dormeur du val », Rimbaud

1/ cours :Le sonnet, origine, histoire

Sonnet :    Originaire d'Italie (XIIIe siècle), où Pétrarque l'illustra (1470), le sonnet gagna au XVIe siècle la France (Mellin de Saint-Gelais, Clément Marot), où la Pléiade le tint très en honneur, puis le Portugal et l'Espagne. Les vers étaient alors répartis en deux quatrains suivis de deux tercets, généralement selon la disposition abba-abba-ccd-ede (sonnet dit régulier) ou abba-abba-ccd-eed (sonnet dit marotique).

En Angleterre, le sonnet, introduit en 1527 par sir Thomas Wyatt, prit des formes différentes. Chez les poètes élisabéthains, il est composé de trois quatrains suivis d'une strophe de deux vers, rimés (abab-bcbc-cdcd-ee), et chez Shakespeare (1592-1595), de deux quatrains et de deux tercets rimés (abab-cdcd-efe-fgg).

Très cultivé au XVIIe siècle classique, où l'on se passionna pour ce genre de poème, le sonnet fut l'objet de plusieurs querelles littéraires : la première (1638-1639) mit aux prises les «jobelins» et les «uranistes» : les premiers, menés par le prince de Conti, admirateurs enthousiastes du sonnet de Job, de Benserade, et les seconds, sous la conduite de la duchesse de Longueville, de celui d'Uranie, de Voiture, donnés chacun comme modèle du genre. Plus célèbre, la Querelle des sonnets(1677), fut consécutive à une cabale dirigée par la duchesse de Bouillon, le duc de Nevers et Mme Deshouillères pour faire réussir la Phèdre et Hippolyte de Pradon aux dépens de la Phèdre de Racine. Les amis de ce dernier, dont Boileau, ripostèrent. Le duc répondit, puis encore les amis de Racine : tous composant leurs sonnets sur les mêmes rimes. Le Grand Condé, en prenant parti pour Racine, mit fin à cette querelle.

B /Texte et contexte

   Le Dormeur du val est un des premiers poèmes de Rimbaud. Il a environ seize ans lorsqu’il fugue pour la deuxième fois du domicile parental de Charleville Il recopie vingt-deux textes dans un cahier qu’il confie à son ami Paul Demeny, poète également. Le Dormeur du val en fait partie, écrit pendant son errance d’octobre 1870, en pleine guerre franco-prussienne

   L’année suivante, il demandera à son ami de le détruire avec les autres quand il refusera tout romantisme, toute subjectivité, tout culte de la forme.

En effet, par bien des aspects, ce poème contient encore pleins de réminiscences scolaires et utilise la forme du sonnet selon la disposition abab-cdcd-eef-ggf, proche des sonnets shakespeariens. Mais par le thème choisi, le ton adopté et quelques audaces de forme, il annonce une vision neuve de la poésie.

Rimbaud sera un des maitres du symbolisme qui fait du poète un voyant, celui qui distingue le monde derrière le monde. Cette oeuvre se range cependant d'avantage dans l'indignation contre la guerre que dans ce courant littéraire

 

 

 

 

 

 

C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent; où le soleil de la montagne fière,
Luit; C'est un petit val qui mousse de rayons.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un soldat jeune bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pale dans son lit vert où la lumière pleut.

 

 

 

 

 

 

 

 

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme:
Nature, berce-le chaudement: il a froid.

 

 

 

 

 

 

 

 

Les parfums ne font plus frissonner sa narine;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au coté droit.

Arthur Rimbaud

Horizon d'attente du titre, on voit la dérivation par la majuscule, attire l'attention sur le mot sans qu'on puisse ici mettre un sens sur l'allégorie. Cela attire la curiosité.

 

 

 

La modification emphatique du mécanisme d'extraction met en valeur l'anaphore du val, une partie du thème, et un rhème qui est un ajout de précision sur le lieu. Nous sommes dans le cadre d'un récit (pronoms ils ) et d'une pause descriptive. Nous reconnaissons un sonnet (4/4/3/3)

Le mètre est l'alexandrin. Le registre est lyrique, bucolique .Isotopie des prés (herbe) de la beauté, de la couleur, (bcp de renvois à la lumière:argent, soleil, lui, rayons) .Le mot « val » anaphorise le thème est ses reprises, synthétise la première strophe, une vallée lumineuse;

Les anaphores de petit (trou, petit) rendent ce paysage inoffensif. L'auteur insiste tout particulièrement sur la lumière et l'enjambement « luit »(retour au début de vers d'un mot appartenant à l'unité sémantique précédente,)va mettre en relief dans le quatrain ce verbe. La nature est douce et amicale.L'agitation et le mouvement de la nature sont indiqués par la structure même du poême, rimes croisées, rejet et enjambement. Normalement dans un sonnet, la rime embrassée est de rigueur.

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Par une focalisation de type cinématographique, on s'approche, et on devient le témoin du sommeil. Le mécanisme d'extraction est traditionnel:un inconnu (un), présenté dans une posture enfantine, bouche ouverte, rendu à sa condition civile par la perte de son calot, en incise, se servant de l'herbe comme d'un oreiller, -le verbe ici est au participe présent, temps duratif , action qui fait décor,

l'isotope des couleurs reste omni présent, mais on note qu'on passe nettement dans les couleurs froides, vert et bleu, anaphorisé par un quasi homophone: pleut. Le troisième vers présente une symétrie avec l'enjambement du quatrain précédent: dort. Le mot se distingue, il anaphorise et explique le titre. Cependant l'ambiance change subtilement. La paraphrase: il est étendu « sous », et non plus « sur »le place en sujet subissant. La nue, indique un ciel qui s'assombrit ( de nuage, nuée) et sans présager de la fin, couvre le corps d'un voile. La pâleur fait glisser l'immobilité vers l'isotope de la souffrance ou plus, le temps est nettement à la pluie qui est anté position et nous notons la quasi homophonie de « pleut » et de « pleure »

la nature est personnifiée et semble être un témoin du « sommeil », comme si elle pleurait sur le soldat.L'auteur ne dit pas mais il suggère en jouant sur l'homophonie et la personnification

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le tercet se tend. Le lecteur se déstabilise. Il y a qq chose d'incongru dans la position, par ailleurs là encore l'horizon d'attente suggère un « les pieds devant ».Le terme « malade » fait glisser le soleil a quelque chose de plus grave. Le registre est pathétique, comme dans le premier quatrain, le champ lexical de l'enfance amplifie le pathos.La nature personnifiée prend le rôle de la mère (berce le) l'oxymore « chaud/froid) et l'antéposition de ce dernier mot font glisser le texte dans un gravité supplémentaire. La tension dramatique s'amplifie. Le texte est scandé par les anaphores de Il... et soudain « il dort » nous apparait comme une figure d'atténuation, une litote.

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Le dernier tercet achève cette progression vers le tragique, la tournure négative et le privatif, indique une vie retirée, un subissement. La position est celle des gisants, mains rassemblées sur la poitrine. La rejet attire l'attention sur la litote. La chute du sonnet intervient dans le dernier vers, c'est l'explication.Le mot mort n'est jamais prononcé, la scène n'en est que plus affreuse.

On peut aussi voir ici, « au côté droit » une parallère avec une blessure mythique (celle de Jesus) qui rapporté à la jeunesse et l'isotope de l'innocence rend le sacrifice encore plus obscène.

Je n'ai pas repris en détail les explications sur la musicalité, hiatus, assonances et autres allitérations qui sont longuement détaillées dans l'explic ci dessous

Classons maintenant les relevés de façons à faire émerger le mieux possible les techniques narratives au service du sens

    1/Contrairement aux axes données par les nombreux commentaires disponibles sur le net, j'ai choisi une autre approche, plus technique

  • Nous verrons ainsi dans une première partie: comment l'auteur crée une description lyrique et pathétique

  • d'une nature

  • d'un jeune homme couché

  • d'un soldat mort

Nous nous attacherons dans ce premier axe à mette en valeur la joliesse, la lumière et l'aspect inoffensif de la scène, nous ne parlerons pas de la valeur connative de la scène

2/Nous nous attacherons dans une deuxième partie à démontrer en quoi ce poème est un apologue qui doit persuader le lecteur de s'indigner contre les souffrances infligées par la guerre

  • l'innocuité du paysage, son caractère idyllique

  • le calme du personnage et sa jeunesse

  • le choc généré par les litotes et la cruauté du dernier vers

Mon plan prend le parti d'une certaine technicité, mais il a pour but d'éviter la glose qu'une lecture progressant par « axes/thèmes » pourrait engendrer. De plus ce texte est un exemple parfait de texte engagé, qui peut vous servir d'exemple dans une dissertation. La maitrise de son public de destination et de ses moyens argumenta tifs me semble importante. La forme de sonnet avec les rejets et la progression vers la « chute » participe activement à ce procédé argumentatif.

 

vocabulaire
Vallon : petite vallée, dépression allongée façonnée par un cours d'eau ou un glacier.
Haillons : (origine chiffon) vêtements en loques, guenille.
Un somme : une sieste
Parataxe : juxtaposition de phrase sans mot de liaison exprimant le rapport qui les unit (Il fait beau, je vais me promener)
Métonymie : procédé par lequel un concept un concept est désigné par un terme désignant un autre concept (une fine lame pour un bon escrimeur, il s'est fait refroidir pour il est mort)

 

vous trouverez-ci joint deux autres explic données sur le net pour ce poême.


Une nature féerique
Le premier quatrain dresse un cadre enchanteur dans une féerie de couleurs et d'illuminations. Le vallon parcouru par un cours d'eau est ici présenté par une périphrase « un
"trou de verdure" endroit généralement propice aux idylles, aux rêves. Le mot "trou" du premier vers prépare déjà le dernier pour lui faire écho. La rivière, discrètement personnifiée comme la montagne, chante comme en signe de joie, d'allégresse. La joie de vivre de la rivière se manifeste en accrochant des objets aux herbes comme des guirlandes. L'audacieux rejet, "D'argent" met l'accent sur la richesse des jeux d'eau et de lumière. L'apparition du soleil, symbole avec l'eau de la vie pour la nature métamorphose les lignes et les volumes : la montagne est "fière" d'observer à ses pieds ses bienfaits comme ceux d'une mère nourricière. Le second rejet "luit" donne une sorte de gros plan, de synesthésie, de vertige des mouvements que la nature personnifiée fait éclater, l'eau mousse sous les rayons de soleil. Les rimes croisées, et non pas embrassées, les nombreux enjambements ou rejets, l'assonance en "ou" participent à ce bouillonnement visuel et sonore.
La position inattendue du soldat
Ce qui surprend dans la position du personnage c'est d'être allongé dans l'herbe avec la
tête à fleur d'eau. L'évocation du soldat nous désigne un être jeune, la "bouche ouverte" et la"tête nue" qui lui prête un aspect peu réglementaire, un être libre, insouciant, quelque peu naïf. La posture suggère plus l'oisiveté que le devoir militaire. Mais en y regardant de plus près, il nous est décrit comme un être malade "pale" dans un "lit". Il "dort" mais son sommeil est frappé d'ambiguïté car la bouche ouverte pourrait être autant celle d'un mort que celle d'un agonisant, et cette "nuque baignant" qui marque d'inertie, celle d'un corps abandonné plus qu'un corps qui s'abandonne. Il y a la même ambiguïté tragique dans la position d'un dormeur ou d'un gisant, dans cette étrange pâleur qu'accentuent la verdure et la lumière. La "nue" ajoute à l'indétermination car il peut s'agir d'un ciel de lit ou d'un drap mortuaire. Le "trou" ajoute encore à la confusion en rappelant le tombeau. La multiplication des couleurs froides (bleu, vert, pale, les rimes plus étouffées, moins vibrantes que dans le premier quatrain atténuent l'élan joyeux des premiers vers.

Une berceuse hésitante
Le premier tercet use de répétitions attentives, pleines de sollicitude, "il dort", "il fait un sonne","il a froid". La comparaison du
sourire avec celle d'un enfant malade étonne, voire alerte le lecteur. L'adjectif "malade" détaché par un quasi-rejet à la césure conduit à un surprenant diagnostic "il a froid", La construction parataxique "il dort", "il fait un somme", "il a froid" apparaît pour ce qu'il est ou risque d'être : une litote ou un euphémisme masquant une réalité horrible, se refusant à nommer "l'innommable", c'est à dite La mort. Le mal mystérieux, le froid inexplicable au creux du vallon baigné de soleil, ne relèvent pas en fin de compte d'une inertie passagère mais apparaît être celle d'un être inerte, sans vie. Le premier vers du second tercet qui frissonne de ses allitérations en "r" et en "f" peut redonner un espoir. La position de la main sur la poitrine qui peut être celle du sommeil ou de l'immobilité cadavérique ne peut pas confirmer le diagnostic funeste et lever le doute. Il faut attendre l'ultime vers pour enfin obtenir la révélation. Le mot fatidique n'est pas prononcé, mais l'image s'impose, avec la présence concrète, d'un corps ensanglanté.
Une mort omniprésente
Par un procédé habile, Rimbaud essaie de nous mettre sur une
fausse piste, mais il nous laisse une foule d'indices qui recouvre le thème de la mort. Le "trou" nous l'avons dit peut être assimilé à une tombe creusée, les "glaïeuls" qui ne sont pas des fleurs aquatiques mais celles que l'on dépose dans les cimetières, puis les "haillons" qui sont des vêtements hors d'usage, qui ont fini leur vie, et enfin la nuque qui baigne généralement dans le sang contribuent à nous mettre sur la voie, celle d'un soldat mort.
Conclusion
On relève de nombreuses réminiscences littéraires dans ce poème de Rimbaud. L'essentiel est dans un art consommé du tragique, tout entier agencé en une ascension tragique vers une cassure, une "chute" dramatique. Rimbaud multiplie les effets rythmiques
brisés, les rejets pour mieux rendre compte d'une vie interrompue tragiquement. Le pathétique est aussi plus lourd, plus efficace et plus expressif dans une colère assourdie qui hurle.., en se taisant. L'ironie est rendue plus tragique encore avec le dévoilement progressif des périphrases, des litotes, des euphémismes, que rythment les rejets successifs. Le lecteur, admirateur des futurs chefs-d'œuvre, reconnaîtra sans peine dans les audaces de cette versification les prémices d'une langue poétique unissant révolte existentielle et révolte esthétique.

Arthur Rimbaud, Le dormeur du val. Octobre 1870.

En effet, par bien des aspects, ce poème contient encore pleins de réminiscences scolaires et utilise la forme du sonnet selon la disposition abab-cdcd-eef-ggf, proche des sonnets shakespeariens. Mais par le thème choisi, le ton adopté et quelques audaces de forme, il annonce une vision neuve de la poésie.

 

   Cela commence par un tableau idyllique et vivant. La lumière baigne littéralement la scène car la végétation tamise les rayons du soleil, eux-mêmes reflétés par les algues qui affleurent en « haillons d’argent », pour repartir vers la montagne. Le verbe mousser résume bien cette fusion de l’eau et du soleil. Les deux rejets « D’argent » et « Luit », accentuent cette qualité particulière de la lumière

Les consonnes liquides du premier vers (r,v), les assonances nasales du second (accrochant, follement, haillons, d’argent) donnent de la fluidité à la description et atténuent le bruit de la rivière.

Le regard embrasse la scène dans sa totalité en un mouvement descendant puis ascendant. Le premier et le dernier vers du premier quatrain se répondent ainsi dans une description qui n’est pas statique.

Les éléments naturels sont personnifiés : la rivière « chante », accroche « follement » et la montagne est « fière » de dominer le paysage. Tout respire une certaine joie de vivre que l’on peut même juger d’une mièvrerie peut-être volontaire.

   Le second quatrain tempère cette impression en développant le champ lexical des couleurs froides (bleu, pâle, vert, l’herbe). Le personnage –un jeune soldat que Rimbaud aurait pu rencontré durant sa fugue-, semble en accord avec l’environnement.

La posture, précisée dans le premier tercet, n’est pourtant pas naturelle lorsque l’on sait que le cresson et les glaïeuls sont ici des plantes aquatiques. Il faudrait qu’il fasse bien chaud en ce mois d’octobre des Ardennes pour faire la sieste dans une rivière… Le champ lexical de la maladie, « pâle », « lit », puis « malade » et enfin l’adjectif « froid » souligne ce malaise.

La répétition du verbe dormir à trois reprises, dont une fois dans un rejet et de l’expression « fait un somme » attire l’attention du lecteur. Son sourire, comparé à celui d’un enfant malade avec l’insistance due au contre-rejet ne rassure pas non plus. Le trou de verdure devient les bras d’une mère (encore une personnification destinée à unir la nature et l’homme) Le verbe bercer renvoie à un plus jeune âge encore.

Retenons la musique particulière du vers huit qui résume bien la scène.

« Pâle dans son lit vertla lumre pleut. »

Les labiales du début et de la fin encadrent ce tableau où « vert » placé à l’hémistiche et « lumière » se répondent par assonance ouverte, où les liquides soulignent encore la qualité particulière de l’éclairage.

   Le dernier tercet continue la description qui n’est d’ailleurs jamais globale. Le poète évoque le jeune soldat par métonymies successives en utilisant des parties de son corps, la bouche, la tête, la nuque, le sourire des lèvres, les pieds, la narine, la poitrine, le côté droit. Nous avons en fait une succession de gros plans qui retardent intelligemment la découverte finale.

Chaque terme positif (le sourire, la chaleur, la lumière) est compensé par un terme négatif (malade, froid, chaudement).

Mais le vers douze inquiète bien plus. Avec son rythme régulier à quatre temps, renforcé par les sifflantes et les nasales imitant la respiration, il place toutefois le négatif « pas » à l’hémistiche.

« Les parfums ne font pas frissonner sa narine. »

La licence poétique –sa narine au singulier- permet de rapprocher deux parties du corps (la poitrine) à la rime tout en évitant un pluriel qui allongerait le vers d’une syllabe.

Le dernier vers qui constitue une sorte de chute, n’utilise pas le terme de « mort », mais encore la métonymie, ici la conséquence pour la cause.

Les assonances en « ou » forment un hiatus encore plus brutal que dans « bouche ouverte », brutalité renforcée par l’alternance des dentales et des gutturales.

« Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit »

L’adjectif, rejeté en début de vers, laisse planer une menace avec le prolongement de sa voyelle finale.

La douceur du paysage contraste ainsi violemment avec la mort du jeune soldat. Un mort d’autant plus intolérable qu’elle prend place dans un environnement agréable et qu’elle concerne un jeune homme presque encore enfant.

   Le Dormeur du val, dans un ton d’amertume ironique analogue à celui du Mal (page 51 de ce recueil) est à la recherche d’un rythme neuf qui démembre l’alexandrin à force de rejets, contre-rejets et de ponctuations fortes (points, points virgules, deux points au milieu du vers).

Comme d’autres poèmes de cette époque, il utilise le rendu d’impressions lumineuses et de couleurs symboliques.

Rimbaud ne mettra que peu de temps à se libérer des contraintes du mètre et des thèmes habituels de la poésie. Il exploitera dés l’année suivante le poème en prose et les visions oniriques ou symboliques.

Allitérations : répétition volontaire de sons consonantiques. On distingue les dentales (d, t), les gutturales (g ,c ,q , k), les labiales (b, p) , les nasales (m, n), les liquides (l, r, v, w, j), les sifflantes (s, f, ss, c ,ç, ph, z)

Assonances : répétition volontaire de sons vocaliques. On distingue les claires (eur, a ouvert, o ouvert, air, è, ê, ais, ait…), les aigues (i, u …), les fermées ‘é, ez, et, est, ai…), les nasales (on, om, un, in ein, um…) Comme pour les allitérations, c’est le son qui compte, pas l’orthographe.

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Rejets : dans un poème, un mot peut être rejeté au début du vers suivant pour le mettre en valeur.Retour

Contre-rejets : là, c’est un mot qui reste isolé à la fin d’un vers, le reste de la proposition est rejeté dans le vers suivant.retour

Sonnet :    Originaire d'Italie (XIIIe siècle), où Pétrarque l'illustra (1470), le sonnet gagna au XVIe siècle la France (Mellin de Saint-Gelais, Clément Marot), où la Pléiade le tint très en honneur, puis le Portugal et l'Espagne. Les vers étaient alors répartis en deux quatrains suivis de deux tercets, généralement selon la disposition abba-abba-ccd-ede (sonnet dit régulier) ou abba-abba-ccd-eed (sonnet dit marotique).

En Angleterre, le sonnet, introduit en 1527 par sir Thomas Wyatt, prit des formes différentes. Chez les poètes élisabéthains, il est composé de trois quatrains suivis d'une strophe de deux vers, rimés (abab-bcbc-cdcd-ee), et chez Shakespeare (1592-1595), de deux quatrains et de deux tercets rimés (abab-cdcd-efe-fgg).

Très cultivé au XVIIe siècle classique, où l'on se passionna pour ce genre de poème, le sonnet fut l'objet de plusieurs querelles littéraires : la première (1638-1639) mit aux prises les «jobelins» et les «uranistes» : les premiers, menés par le prince de Conti, admirateurs enthousiastes du sonnet de Job, de Benserade, et les seconds, sous la conduite de la duchesse de Longueville, de celui d'Uranie, de Voiture, donnés chacun comme modèle du genre. Plus célèbre, la Querelle des sonnets(1677), fut consécutive à une cabale dirigée par la duchesse de Bouillon, le duc de Nevers et Mme Deshouillères pour faire réussir la Phèdre et Hippolyte de Pradon aux dépens de la Phèdre de Racine. Les amis de ce dernier, dont Boileau, ripostèrent. Le duc répondit, puis encore les amis de Racine : tous composant leurs sonnets sur les mêmes rimes. Le Grand Condé, en prenant parti pour Racine, mit fin à cette querelle.

   Après une éclipse au XVIIIe siècle, où ce genre fut dédaigné, le sonnet fut remis en honneur au XIXe siècle (Musset, Nerval, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Mallarmé...). Le sonnet est encore représenté dans la poésie du XXe siècle (Rilke, P. Valéry).

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 1999retour

Hémistiche : dans un alexandrin, la coupe classique se fait au milieu, après la sixième syllabe

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Rimes : elles sont pauvres, suffisantes, riches ou léonines selon le nombre de phonèmes qu ‘elles ont en commun.

E muet : le e final ne se prononce que s’il est suivi d’une consonne ou en fin de vers.

Métonymies : deux éléments qui entretiennent un rapport de proximité (pas de comparaison).

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Métaphores : deux éléments qui entretiennent un rapport de comparaison sans outil de comparaison. retour

Anaphores : répétition du même mot en début de vers.

Champ lexicaux : ensemble de mots ou d’expressions renvoyant au même thème. retour

Alexandrins : vers de douze syllabes.

Hiatus : choc de deux sons identiques à la suite.

Plans : du plan d’ensemble au très gros plan, imaginons être derrière le zoom d’un appareil photo. retour

Année

Œuvre

 

1870

Les Étrennes des orphelins

Publié dans la Revue pour tous

1870

Sensation

Poème envoyé à Théodore de Banville

1870

Ophélie

Poème envoyé à Théodore de Banville

1870

Credo in unam

Poème envoyé à Théodore de Banville

1870

Soleil et chair

Parmi les 22 poèmes du " Recueil Demeny "

1870

Les Effarés

Parmi les 22 poèmes du " Recueil Demeny "

1870

Sensation

Parmi les 22 poèmes du " Recueil Demeny "

1870

Au Cabaret Vert

Parmi les 22 poèmes du " Recueil Demeny "

1870

La Maline

Parmi les 22 poèmes du " Recueil Demeny "

1870

Ma Bohème

Parmi les 22 poèmes du " Recueil Demeny "

1870

Le Dormeur du val

Parmi les 22 poèmes du " Recueil Demeny "

1870

Le Forgeron

Parmi les 22 poèmes du " Recueil Demeny "

1870

Trois Baisers

Publié dans La Charge

1871

Lettres du voyant

Au nombre de deux

1871

Les Poètes de sept ans

Dans une lettre à  Paul Demeny

1871

Les Pauvres à l'église

Dans une lettre à  Paul Demeny

1871

Le Cœur du pitre

Dans une lettre à  Paul Demeny

1871

Le Bateau ivre

Dans une lettre à  Paul Demeny

1871

 

Collaboration à l'Album zutique

1871

Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs

Envoyé à Théodore de Banville

1872

Larme

 

1872

La Rivière de cassis

 

1872

Comédie de la soif

 

1872

Bonne Pensée du matin

 

1872

Bannières de mai

 

1872

Chanson de la plus haute tour

 

1872

L'Éternité

 

1872

Âge d'or

Publié dans la Revue littéraire et artistique

1872

Jeune Ménage

Publié dans la Revue littéraire et artistique

1872

Plates-Bandes d'amarantes

Publié dans la Revue littéraire et artistique

1872

Est-elle aimée ?

Publié dans la Revue littéraire et artistique

1872

Fêtes de la faim

Publié dans la Revue littéraire et artistique

1872

Les Corbeaux

Publié dans la Revue littéraire et artistique

1873

Une saison en enfer

Recueil de neuf poèmes en prose

1886

Les Illuminations

Publié dans La Vogue

1891

Le Reliquaire

Publication posthume

1895

Poésies

Avec une Préface de Paul Verlaine

Introduction

     L'horreur de la guerre a inspiré de nombreux textes, l'un des plus célèbres par la sobriété de sa dénonciation est peut-être le sonnet Le Dormeur du Val d'Arthur Rimbaud.



      Après avoir montré comment le poète nous dépeint la nature puis l'homme, nous verrons l'interaction réunissant les aspects contradictoires du poème.

Etude

I - La Nature

    La nature est omniprésente dans le poème, elle occupe intégralement le premier quatrain, et nous la retrouvons jusque dans le dernier tercet. Elle se caractérise par une impression de vie et de bonheur qui sollicite tous les sens. "Verdure" vers 1 est repris au vers 7 par "l'herbe" et au vers 8 par "vert".
    Impression de luminosité avec "les haillons d'argent" vers 2 ; renforcée au vers 3 et vers 13 par le soleil et dont la luminosité est reprise au vers 4 "masse de rayons" et vers 8 " lumière qui pleut" : métaphore qui donne une matérialité à la lumière.
    Nature très colorée : vers 9 "les glaïeuls", couleurs assez intenses. Personnification de la rivière qui "chante" vers 1, animation.
    Sur le plan olfactif, "parfums" vers 12, impression de bien-être et bonheur ; sur le plan tactile, impression de fraîcheur, liquidité, vers 6 "et la nuque baignant dans le frais cresson bleu".
    Le mot "val" du titre est repris au vers 4, rivière dynamique ; impression d'exubérance, par les deux enjambements des vers 1,2,3. De plus cette nature est présentée comme douée de sentiments, au vers 11 elle est personnifiée et présentée comme très maternelle "berce" : Alma Mater.

II - L'homme

    On remarque que le jeune homme est "dans" la nature. Nous le voyons aux vers 6,8,9,13, avec le mot "dans", il est imbriqué dans cette nature. Nous savons à qui nous avons à faire, sociologiquement c'est un soldat. Le jeune homme est jeune comme la nature. Il est présenté dans un état d'abandon total : "bouche ouverte" vers 5, " sa nuque baignant" vers 6, " dort" vers 7, inactivité encore répétée au vers 9 et 13 : insistance avec le titre du sonnet. Au vers 7, il est "étendu", intensifie l'impression de confort ; vers 8 " un lit vert", la nature lui a construit un lit.
    Si on regarde d'un peu plus près, nous voyons qu'il paraît mort : vers 14 "deux trous rouges sur le côté droit", + allitérations en "r".
    À partir de ce moment nous basculons dans l'horreur, dénouement très brutal.

III - Aspects contradictoires

    La mort est en fait omniprésente : vers 1 le mot "trou" fait écho avec le vers 14. L'adverbe "follement" vers 2 signifie l'agitation de la rivière. Nous avons un côté glorieux avec l'argent, mais en réalité les "haillons" vers 3, reflètent quelque chose de détruit. La "bouche ouverte" est une caractérisation de la mort du soldat ; sa tête est nue car son casque a roulé par terre ; "la nuque baignant" vers 6 signifie qu'elle baignait dans le sang, c'est à dire le sang sur l'herbe : rouge du sang + vert de l'herbe = cresson bleu.
    "Etendu" signifie un corps sans vie et le "lit" du vers 8 devient un lit de mort. Les glaïeuls évoquent les fleurs que l'on posent sur une tombe => il a les pieds dans les glaïeuls. Plus rien ne bouge, "la narine" et "la poitrine "ne réagissent plus. Il ne respire plus, il est donc mort. Violence des allitérations dentales pour trancher cette jeune vie. Nous comprenons à ce moment que le sommeil du dormeur était une image de mort.


Conclusion

    Ce poème illustre des thèmes très chers à A. Rimbaud, à savoir le sens du tragique, de l'existence et la mort. Son art s'illustre particulièrement avec les effets rythmiques brisés, symboliques d'une vie brisée. Habileté par laquelle il nous met sur une fausse piste, tout en nous laissant des indices, à la réelle interprétation du poème.


Le Dormeur du val

 

 

Le Dormeur du val est un sonnet en alexandrins d'Arthur Rimbaud

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