généralités sur la poésie


Séance 1 : Les pré requis


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La poésie est un genre littéraire très ancien aux formes variées, écrites aussi bien en vers qu’en prose et dans lequel l’importance dominante est accordée à la « forme », c’est-à-dire au signifiant. La poésie est un art du langage qui fait une utilisation maximale des ressources de la langue : le travail sur la forme démultiplie la puissance de la signification.Si la poésie à un genre différent des autres c'est pour la différencier et pour la retenir.

La naissance de la poésie est d'origine mythique . La légende veut que le Dieu de la poésie soit Apollon et que le père soit Orphée


Orphée se marie et perd sa femme le même jours, son désespoir est immense, il pleure si fort , et il le fait d'une façon si digne, si douce et noble que les dieux vont lui donner une deuxième chance : ils vont lui dire d'aller chercher sa femme aux enfers et remonter sans vérifier qu'elle la suive bien. Cependant lorsqu'ils remontent il l'entend trébucher et se retourne , donc elle repart .  . Sa chasteté du coté féminin va finir par lui jouer des tours car il va se faire découper en morceau par les ménades.

La poésie vient de la mise en musique et en parole de son chagrin.Lyrisme, de lyre, musique 

Le mot poésie vient du grec ποιεῖν (poiein) qui signifie « faire, créer » ; le poète est donc un créateur, un inventeur de formes expressives, ce que révèlent aussi les termes du Moyen-Âge, comme trouvère et troubadour.

Dans l’Antiquité grecque toute expression littéraire est qualifiée de poétique, qu’il s’agisse de l’art oratoire, du chant ou du théâtre : tout « fabricant de texte » est un poète comme l’exprime l’étymologie. Les philosophes grecs cherchent à affiner la définition de la poésie et Aristote dans sa Poétique identifie trois genres poétiques : la poésie épique, la poésie comique et la poésie dramatique. Plus tard les théoriciens de l’esthétique retiendront trois genres : l’épopée, la poésie lyrique et la poésie dramatique (incluant la tragédie comme la comédie), et l’utilisation du vers s’imposera comme la première caractéristique de la poésie, la différenciant ainsi de la prose, chargée de l’expression commune que l’on qualifiera de prosaïque.

Le mot poésie évoluera encore vers un sens plus restrictif en s’appliquant aux textes en vers qui font un emploi privilégié des ressources rhétoriques, sans préjuger des contenus : la poésie sera descriptive, narrative et philosophique avant de faire une place grandissante à l’expression des sentiments.

En effet, première expression littéraire de l’humanité, utilisant le rythme comme aide à la mémorisation et à la transmission orale, la poésie apparaît d’abord dans un cadre religieux et social en instituant les mythes fondateurs dans toutes les cultures que ce soit avec l’épopée de Gilgamesh, (IIIe millénaire av. J.-C.) en Mésopotamie, les Vedas, le Ramayana ou le Mahabharata indiens, la Bible des Hébreux ou l'Iliade et l'Odyssée des Grecs.

Parallèlement à cette poésie épique des origines constituée de texte longs et narratifs, existe une poésie liturgique qui renvoie à la célébration divine par le poète inspiré dont les sociétés ritualiseront les textes sous forme de psaumes, d’hymnes, de sourates… . Dans un espace plus sécularisé se développeront aussi, en prenant appui sur le chant, l’élégie et la tragédie qui expriment le cœur et le destin des hommes. S’ajoutera sans doute en même temps le jeu sur le mots avec les comptines, les berceuses et autres créations ludiques qui donneront par exemple le nonsense anglosaxon.

Entre Apollon et Dionysos [modifier]

Apollon, la Poésie et la Musique ; Opéra Garnier

La poésie est marquée par l’oralité et la musicalité de ses origines puisque la recherche de rythmes particuliers, comme l’utilisation des vers, et d’effets sonores, comme les rimes, avait une fonction mnémotechnique pour la transmission orale primitive. Cette facture propre au texte poétique fait que celui-ci est d’abord destiné à être entendu plutôt qu’abordé par la lecture silencieuse.

Placées sous l’égide d’Orphée et d’Apollon musagète, dieu de la beauté et des arts, et associées à la muse Erato, musique et poésie sont également étroitement liées par la recherche de l’harmonie et de la beauté, par le Charme, au sens fort de chant magique. La création poétique hésitera cependant constamment entre l’ordre et l’apaisement apolliniens qu’explicite Euripide dans Alceste : « Ce qui est sauvage, plein de désordre et de querelle, la lyre d’Apollon l’adoucit et l’apaise » et la « fureur dionysiaque » qui renvoie au dieu des extases, des mystères, des dérèglements et des rythmes des forces naturelles que l’on découvre par exemple dans le Dithyrambe de l’Antiquité grecque.

Fonction poétique [modifier]

Icône de détail Article détaillé : fonction poétique.


En linguistique, la poésie est décrite comme un énoncé centré sur la forme du message donc où la fonction poétique est prédominante. Dans la prose« signifié », elle a un but « extérieur » (la transmission d’informations) et se définit comme une marche en avant que peut symboliser une flèche et que révèle la racine latine du mot qui signifie « avancer ». En revanche, pour la poésie, l’importance est orientée vers la « forme », vers le signifiant, dans une démarche « réflexive », symbolisée par le « vers » qui montre une progression dans la reprise avec le principe du retour en arrière (le vers se « renverse ») que l’on peut représenter par une spirale. l’important est le

La poésie ne se définit donc pas par des thèmes particuliers mais par le soin majeur apporté au signifiant pour qu’il démultiplie le signifié : l’enrichissement du matériau linguistique prend en effet en compte autant le travail sur les aspects formels que le poids des mots, allant bien au delà du sens courant du terme « poésie » qui renvoie simplement à la beauté harmonieuse associée à une certaine sentimentalité. L’expression poétique offre cependant au cours de l’Histoire des orientations variées selon la dominante retenue par le poète.

Le vers [modifier]

La mise en page du texte poétique est traditionnellement fondée sur le principe du retour et de la progression dans la reprise que figure l’utilisation du vers (régulier ou non), même s’il existe des formes métissées comme le poème en prose ou la prose poétique qui reprennent les caractéristiques du texte poétique (d’où leur dénominations) comme l’emploi des images et la recherche de sonorités ou de rythmes particuliers. Ces vers sont souvent regroupés en strophes et parfois organisés dans des poèmes à forme fixe comme le sonnet ou la ballade.

Calligramme ; Apollinaire

La poésie métrée utilise des vers définis par le nombre de leurs syllabes comme l’alexandrin français, alors que la poésie scandée joue sur la longueur des pieds (et sur leur nombre) comme dans l’hexamètre dactylique grec et latin, ou sur la place des accents comme dans le pentamètre iambique anglais. Les poètes modernes se libèrent peu à peu de ces règles : par exemple les poètes français introduisent dans la deuxième moitié du XIXe siècle le vers libre puis le verset, et en remettant aussi en cause les conventions classiques de la rime qui disparaît largement au XXe siècle. Des essais graphiques plus marginaux ont été tentés par exemple par Mallarmé (Un coup de dés jamais n'abolira le hasard), Apollinaire (Calligrammes) ou Pierre Reverdy, en cherchant à parler à l’œil et plus seulement à l’oreille, tirant ainsi le poème du côté du tableau.

La musicalité [modifier]

L’origine orale et chantée de la poésie qu’évoquent la lyre d’Orphée ou la flûte d’Apollon marque l’expression poétique qui se préoccupe des rythmes avec le compte des syllabes (vers pairs / vers impairs, « e muet » …) et le jeu des accents et des pauses (césure, enjambement…). La poésie exploite aussi les sonorités particulièrement avec la rime (retour des mêmes sons à la fin d’au moins deux vers avec pour base la dernière voyelle tonique) et ses combinaisons de genre (rimes masculines ou féminines), de disposition (rimes suivies, croisées …) et de richesse. Elle utilise aussi les reprises de sons dans un ou plusieurs vers (allitérations et assonances), le jeu du refrain (comme dans la ballade ou le Pont Mirabeau d’Apollinaire) ou la correspondance entre le son et le sens avec les harmonies imitatives (exemple fameux : « Pour qui sont ces serpents… » Racine) ou les rimes sémantiques (automne/monotone).



Le fait de traverser une épreuve qui vous effondre, dont on remonte transfiguré ,  s'appelle une catabase. Le chagrin d'Orphée transmuté faisant de lui le prince des poètes est une catabase . Le contraire c'est l'anabase .

La rime : un son qui se répète en final de phrase

Le rythme : nombre de syllabe qu'il y a entre chaque poses respiratoires

Assonance : répétition d'un son de voyelles

allitération répétition d'un son de consonnes

rimes suivie ( ou plate ): AABB

rimes embrassée : ABBA

rimes croisée : ABAB

Pauvre : 1syllabes

riche : 3 syllabes

suffisante : 2 syllabes


ex : abime- racine = 0

terre – mère = le « e » final ne compte pas donc 1

épouvanté – écaillé = 1

ramasse – pattasse = 1

buche – embuche = 1


Bûche et embuche = une rime équivauquée , elles sont très rares . Seul les poète baroque sont capable de faire sa


Priere à dieu , monte au cieux = synérèse ( Dieu compte pour 1 )ou diérèse ( Dieu compte pour 2 ).

Jusqu'au 14ème siècle le poète était celui a qui on avait confier un texte et qui chantait le désarroi de l'humanité. Le poète n'était pas un actor ( ne participait pas a sa propre poésie ) , il la récitait ( cantor ). A partir de François Villon on est rentré dans l'ère de la poésie personnelle . Dans le monde médiéval c'était l'homocentrisme. Villon connait une jeunesse dissipé dut a sa passion pour les cartes , il va intégrer une bande de brigand ( des chauffeurs = qui aillaient dans les fermes , qui mettaient les pieds des paysans dans le feu pour avoir leur or ) . Faisant parti d'une bande de brigands il se rend coupable de meurtre et se fait condamner a mort . Il pense qu'il va être tué donc il se met à écrire des poésie sur sa vie . C'est un homme de grande qualité qui a sut mettre en mot son destin . D'où l'importance de Villon dans la littérature : on est à l'aube de la poésie personnelle .


Commentaires (2)

1. ferrari commentaire de charles cross 30/03/2010

SERIES GENERALES / SUJET 2



Charles Cros

Le Coffret de santal

(1873)



Plainte



Vrai sauvage égaré dans la ville de pierre,

À la clarté du gaz*, je végète et je meurs.

Mais vous vous y plaisez, et vos regards charmeurs

M'attirent à la mort, parisienne fière.



Je rêve de passer ma vie en quelque coin

Sous les bois verts ou sur les monts aromatiques,

En Orient, ou bien près du pôle, très loin,

Loin des journaux, de la cohue et des boutiques.



Mais vous aimez la foule et les éclats de voix,

Le bal de l'Opéra, le gaz et la réclame.

Moi, j’oublie, à vous voir, les rochers et les bois,

Je me tue à vouloir me civiliser l’âme.



Je vous ennuie à vous le dire si souvent :

Je mourrai, papillon brûlé, si cela dure...

Vous feriez bien pourtant, vos cheveux noirs au vent,

En clair peignoir ruché*, sur un fond de verdure!



____________

Gaz: l'éclairage au gaz était alors une nouveauté, symbole de la modernité urbaine.
Ruché: orné d'une bande de dentelle plissée ou froncée.




Questions (4 points)

1. Par quelles images le poète se représente-t-il? (1 point)

2. Étudiez la répartition de la 1re et de la 2e personne dans le poème. (2 points)

3. Commentez l'emploi des modes et des temps dans la dernière strophe. (1 point)



Faites un commentaire composé. (16 points)









CORRIGE



corrigé emprunté aux annales du bac Nathan 2000



COUP DE POUCE



Analyse du texte


L'auteur et l'oeuvre: Poète et inventeur, Charles Cros (1842‑1888) mena de front des recherches scientifiques et une oeuvre littéraire. Aujourd'hui encore, l'Académie Charles Cros célèbre son souvenir en récompen­sant chaque année les meilleurs disques. Durant sa brève existence, Charles Cros se lia successivement aux parnassiens, puis à Verlaine et à Rimbaud, mais il rompit avec les uns et les autres pour animer, par la suite, le groupe fraternel et débraillé des « zutistes » (néologisme pro­vocant dérivé de « zut »). Le Coffret de santal est le seul recueil publié de son vivant par ce précurseur du symbolisme, chez qui le mélange d'une inquiétude profonde et de l'humour est souvent pathétique.

Le genre: la poésie lyrique, puisque le poète exprime des sentiments personnels.

Le type: un sonnet.

Le thème: l'échec d'un couple.

La tonalité: la tonalité dominante est élégiaque, mais une pointe d'hu­mour se mêle à la mélancolie.



Questions d'observation


Question 1. Pour trouver les images, on cherchera dans toutes les phrases à la première personne des épithètes ou des appositions à l'aide desquelles le poète se peint.

Question 2. On observera la répartition de la première et de la deuxième personne en soulignant les pronoms personnels et les adjectifs possessifs

Question 3. Si l'on souligne les verbes conjugués de la dernière strophe, on trouve deux indicatifs présents, un indicatif futur et un conditionnel présent.



Recherche d'un plan


Le plan est facile à trouver, car le poème est fondé sur une double opposition : des personnes: le poète et la femme aimée; des tonalités: une tonalité dominante, l'élégie, et une tonalité mineure. l'humour.

Ces deux axes de lecture formeront le canevas du commentaire composé.



Plan


I . Deux personnalités opposées

1. Le poète

2. La femme aimée

II . Deux tonalités distinctes

1. L'élégie

2. L'humour







CORRIGE DES QUESTIONS D'OBSERVATION



Question 1. Le poème contient deux métaphores, mises en apposition au sujet « je ». La première est « vrai sauvage » au vers 1, la deuxième « papillon brûlé » au vers 14. Le sauvage s'oppose à la civilisation représentée dans le même vers par la ville. Le « papillon brûlé » condense sous une forme ramassée l'image banale du papillon qui se brûle les ailes en s'approchant trop près d'une lampe.



Question 2. Dans la première strophe, « je » et « vous » sont à égalité, avec deux vers pour chacun. La deuxième strophe est exclusivement consacrée à « je ». Dans la troisième, le « vous » occupe les deux premiers vers, tandis que dans les deux derniers la première personne l'emporte de loin avec ses cinq occurrences (« moi », « j'»,« je », « me » et « me ») sur l'unique « vous ». Enfin, dans la dernière strophe, la deuxième personne (trois « vous » et un « vos ») l'emporte sur la première (deux « je »), mais il faut noter que « je » est toujours sujet, alors que « vous » n'est sujet qu'une fois et objet les deux autres.

La répartition des pronoms révèle donc que le poète parle plus de lui-même que de la femme aimée.



Question 3. La dernière strophe se caractérise par le passage de l'indicatif, mode du réel, au conditionnel, mode de l'irréel. Le premier indicatif présent énonce un constat amer : «je vous ennuie»; le deuxième (« si cela dure ») exprime une hypothèse dans une subordonnée de condition et est relié à un indicatif futur dans la proposition principale. Ce futur exprime une certitude: «je mourrai ».

« Vous feriez bien » est un conditionnel qui exprime un irréel du présent. Ce mode marque un recul: le poète n'envisage plus l'avenir, mais se réfugie dans l'imaginaire.





COMMENTAIRE COMPOSÉ



Introduction



La courte vie de Charles Cros a été marquée par de nombreuses déceptions et désillusions, dont celles causées par sa maîtresse Nina de Villard. C'est peut‑être cette femme qui lui a inspiré une élégie intitulée « Plainte », placée dans le seul recueil qu'il ait publié de son vivant, Le Coffret de santal. Le poète y dessine les personnalités opposées d'un homme et d'une femme que l'amour n'arrive pas à réunir, et cache son rêve d'amour brisé derrière l'humour.



[1. Deux personnalités opposées]



[1. Le poète]



Dans ce poème adressé à la femme aimée, c'est le poète qui tient la vedette: il ne consacre que cinq vers à la destinataire, contre onze à lui-même. Il trace ainsi son portrait à travers J'évocation de ses goûts et de ses rêves.



Pour se faire entendre, et surtout pour exprimer des doléances, il est nécessaire de révéler son identité et d'éclairer sa personnalité, À cet effet le poète a forgé deux métaphores, l'une au premier vers:



« Vrai sauvage égaré dans la ville de pierre »; l'autre au vers 14: « papillon brûlé ». La première est fondée sur une forte opposition entre l'homme de la nature et la civilisation, représentée par la ville. Indifférent au rôle culturel et social de le ville, le poète n'en retient que le matériau de construction, la « pierre », avec ses connotations négatives de froideur, d'inertie et de déshumanisation. Le mot « sauvage » a des connotations diamétralement opposées: la liberté, la nature, l'ignorance ou le refus de la civilisation. Incapable de vivre dans la ville où la pierre a étouffé la végétation, le poète s'y sent égaré.



La deuxième métaphore évoque au contraire la grâce, la légèreté, les couleurs chatoyantes d'un insecte qui butine les fleurs. Charles Cros renouvelle en la condensant l'image banale du papillon qui se brûle les ailes en s'approchant trop près d'une lumière, et ce raccourci d'expression lui confère un sens pathétique. Il se souvient peut-être du portrait qu'un autre poète, La Fontaine, avait tracé de lui‑même:



« Papillon du Parnasse et semblable aux abeilles,

Je suis chose légère et vole à tout sujet,

Je vais de fleur en fleur et d'objet en objet ».



La personnalité du poète transparaît également dans ses rêves, auxquels il consacre toute la deuxième strophe. Ce « sauvage » qui souhaite vivre loin des villes, car il n'aime ni la presse ni la foule ni le commerce, exprime son aversion pour la civilisation par des termes dépréciatifs, « cohue » et « boutiques », évoquant respectivement l'agitation bruyante de la foule et le commerce.



Mais si le poète apprend à la femme aimée qu'il rêve de vivre dans un cadre exotique, il en laisse les contours passablement flous puisque « l'Orient » et « le pôle » lui conviendraient aussi bien l'un que l'autre.



Charles Cros se situe ainsi à la fois dans la mouvance des écrivains romantiques et réalistes qui, de Chateaubriand à Eugène Fromentin, ont voulu donner forme à leur rêve oriental en visitant la Palestine, l'Égypte, l'Algérie, et dans celle des parnassiens qui explorent parfois dans leurs poèmes les paysages polaires, tel Leconte de Lisle par exemple. Mais ce qui lui importe le plus c'est de fuir la ville: le mot clé de cette strophe est l'adverbe « loin », qu'il répète à la fin du vers 7, employé au superlatif pour mieux marquer les distances, et au début du vers 8. L'endroit où il aimerait vivre se situe aux antipodes de celui où il vit. Dégoûté de la civilisation, il veut se réfugier sous des horizons lointains et exotiques.



[2. La femme aimée]



La femme aimée ne partage en rien ces goûts. Ce n'est pas seulement une citadine, mais une Parisienne, attachée à la capitale au point d'en être « fière ». Cette épithète sur laquelle se termine la première strophe exprime l'adéquation parfaite entre la femme et Paris. L'abîme se creuse ainsi entre la Parisienne, éprise d'une ville qui passe pour le haut lieu de la civilisation, et le « sauvage », égaré dans une ville où il dépérit!



En outre, la Parisienne aime tout ce qui fait la spécificité d'une ville, la présence de la foule, les divertissements mondains de grande classe comme le bal de l'Opéra, mis en relief par sa place entre deux groupes binaires, alors que le poète préfère la solitude et le silence de la nature. Le rythme alerte des vers 9 et 10, dans une phrase scandée par deux « et » et deux virgules, évoque ce tourbillon mondain qui plaît tant à la Parisienne. Elle apprécie également les progrès techniques comme le gaz, qui contribuent à augmenter le confort, elle aime même la réclame, forme ancienne de la publicité. Le dernier vers qui présente la jeune femme en déshabillé, le « clair peignoir ruché », laisse entendre qu'elle est sans doute particulièrement attentive à la réclame pour la mode, telles les héroïnes du Bonheur des dames, ce roman de Zola contemporain du Coffret de santal.



Malgré l'opposition de leurs personnalités, de leurs goûts et de leurs rêves, le poète est très amoureux de sa Parisienne, il avoue qu'il se laisse envoûter par son charme:



« ... vos regards charmeurs

M'attirent à la mort ».



L'enjambement du vers 3 au vers 4 met en valeur l'épithète « charmeurs », placé à la fin du vers et auquel il faut donner son sens classique d'« ensorceleurs », « qui exercent un pouvoir magique ». Cette femme lui fait perdre la tête. Non seulement, par amour pour elle, il fait violence à ses goûts pour se « civiliser l'âme », mais il oublie de réaliser ses propres rêves:



« Moi, j'oublie, à vous voir, les rochers et les bois ».





[II. Deux tonalités distinctes]



[1. L'élégie]



Mais le poète note avec tristesse l'influence dangereuse de cette séductrice, puisque ses regards l'« attirent à la mort ». L’entrelacement des thèmes de l'amour et de la mort, d'Éros et de Thanatos, dévoile ainsi la vraie personnalité de la Parisienne : c'est une femme fatale. Le choix de la préposition « à » révèle d'ailleurs une attirance plus forte que ne le ferait « vers », qui indique simplement la direction, alors que « à » précise l'objectif



Deux autres preuves de cette attirance maléfique sont données plus loin, au vers 12 (« Je me tue à ») et au vers 14: « papillon brûlé ». Les efforts du poète sont vains. D'une part il constate avec amertume que loin de séduire celle qu'il aime, il risque de l'éloigner de lui parce qu'à force de lui répéter les mêmes paroles désenchantées il commet la pire des fautes, ennuyer la femme aimée, de l'autre il sait qu'il y perdra la vie. Dans les deux cas les vers sont à l'indicatif, temps du réel et de la certitude. Par l'emploi du futur « je mourrai », à la suite de trois quatrains dont le seul temps était le présent, il cherche à imposer à la femme aimée sa propre conviction: s'il reste dans la ville, il mourra. Cette certitude intime, ce pressentiment de son destin, le poète l'exprime aussi par les sonorités: par la combinaison des nasales (« ennuie », « souvent ») et d'une voyelle sombre ou (dans « vous », «VOUS», « Souvent ») avec une voyelle aiguë (« ennuie », « dire », « si ») pour suggérer la distillation insidieuse de l'ennui au vers 13 ; par les consonances lugubres, presque funèbres des r (dans « mourrai », « brûlé », « dure ») au vers 14. Limage du « papillon brûlé » renouvelle l'image banale du papillon qui se brûle les ailes à la lumière d'une lampe; beaucoup plus expressive, elle évoque la fragilité d'un être gracieux qui se heurte à l'incompréhension et à l'égoïsme. C'est ainsi que la hantise de la mort resurgit avec cette dernière occurrence d'un mot appartenant au champ lexical de la mort, après « je meurs » « la mort » et « je me tue ». Toutes ces plaintes justifient le titre du poème.



[2. L'humour]



Cependant, le poète ne va pas jusqu'à sacrifier sa vie à celle qu'il aime. Il préfère rejeter son rêve dans l'irréel. Sachant pertinemment que la femme aimée ne veut partager ni sa solitude ni son exil sous des cieux lointains, il se réfugie dans le pays des chimères. Le verbe de la dernière phrase, « vous feriez bien », est un irréel du présent, qui lui permet de métamorphoser par l'imagination la fière Parisienne en une fille de la nature. Il ne cherche plus à convaincre la femme aimée des avantages de la vie au sein de la nature, il préfère la placer au centre d'un tableau aux couleurs contrastées: des cheveux noirs, un peignoir clair, un fond de verdure. Le rêve d'amour s'achève sur une image conventionnelle qui vient se substituer à lui, avec tout ce qu'elle implique de figé. Le poème se termine donc sur une pirouette et une note d'humour.



Cet humour a été amorcé par l'expression familière « vous feriez bien », qui signifie « vous auriez une apparence très convenable », voire « distinguée. » Il est accentué par la couleur romantique du tableau: le cliché « vos cheveux noirs au vent » rappelle que jusque dans les portraits, le vent symbolisait pour les romantiques les tourments de la passion, comme le montre le célèbre portrait de Chateaubriand par Girodet. Mais l'humour apparaissait déjà plus haut, dans la familiarité de « je me tue à vouloir... » et même dans la substitution de « cohue » à « foule » au vers 7. La Parisienne aime la foule, et le poète emploie ce mot pour évoquer ses goûts au vers 8. Mais auparavant il lui avait substitué le mot péjoratif de « cohue » pour dire combien lui‑même déteste l'agitation, le bruit et la bousculade. Quand on préfère, comme ici, l'ombre de l'amour à l'amour véritable et une belle image à la réalité, l'amour est mort ou désincarné.



[Conclusion]



Ce poème élégiaque est d'abord la plainte d'un mal-aimé. Un homme amoureux d'une mondaine dit sa douleur de ne pouvoir se faire aimer de la femme qui l'attire. C'était déjà le drame de l'incompatibilité des humeurs mis en scène par Molière dans Le Misanthrope. Alceste, lui aussi, ne rêvait que de « désert » et de solitude alors que Célimène ne pouvait se passer de la société brillante et frivole dont elle était la reine. Mais cette chanson du mal-aimé n'est pas aussi triste que le suggère le titre, car la sensibilité inquiète du poète se cache derrière l'humour.

2. Marie-Hélène 28/05/2009

La mesure

Vers et prose ?

"Le vers est un fragment d'énoncé formant une unité rythmique définie par des règles concernant la quantité, l'accentuation ou le nombre de syllabes." (Robert).

Pour calculer ce nombre, il faut prendre en compte toutes les syllabes

sauf

* celles qui peuvent s'élider (e muet devant voyelle ou h non aspirée)
* la syllabe muette finale.

(chan-te-rai-ent compte dont quatre syllabes à l'intérieur d'un vers mais trois en finale.)

Lorsqu'il compte douze syllabes, le vers s'appelle alexandrin , dans les autres cas on dit : vers de trois syllabes, huit syllabes (ou octosyllabes), etc.

Des vers de mesures différentes peuvent coexister dans un même poème, dans une même strophe. Si la structure se répète ils sont appelés réguliers.
Parfois ils ne suivent aucune règle d'alternance, on les appelle vers libres.

Note : en français on ne doit pas parler du nombre de pieds mais des syllabes d'un vers.

Certains procédés largement exploités, par les chanteurs surtout, permettent d'assouplir la règle. Ces procédés qui altèrent le mot par adjonction, suppression ou inversion de sons ou de lettres sont appelés des métaplasmes.

suppression de l'initiale d'un mot :

aphérèse

suppression d'une partie intérieure du mot :

syncope

suppression du e muet final d'un mot :

élision

suppression de la partie finale d'un mot :

apocope

dissociation des éléments d'une diphtongue :

diérèse

déplacement de lettres ou de sons :

métathèse

prononciation groupant en une seule syllabe deux voyelles contiguës d'un même mot :(en grammaire grecque, on dit crase)

synérèse
Le rythme

Essentiel, le rythme du vers résulte du "retour à intervalles sensiblement égaux des temps marqués ou accents rythmiques." (H. Grammont). Ces accents tombent sur les finales (non muettes) de groupes de syllabes.

Entre ces groupes, se trouvent des coupes, les césures. Elles sont toujours placées après la fin d'un mot important imposant un arrêt du sens et de la voix. Il y a donc césure à la rime.

Dans l'alexandrin la césure 6/6 divise le vers en deux hémistiches;

C'est en vain qu'au Parnasse // un téméraire auteur
Pense de l'art des vers // atteindre la hauteur...

d'autres coupures donnent d'heureux résultats :

Il vit un oeil // tout grand ouvert // dans les ténèbres... (4/4/4)

Horloge, // dieu sinistre, // effrayant, // impassible... (3/3/3/3)

L'hiatus est la rencontre de la voyelle finale d'un mot et de la voyelle initiale du mot suivant; c'est l'oreille qui juge s'il est acceptable.

On parle d'enjambement lorsque le sens d'un vers déborde partiellement sur le suivant, voire sur la strophe suivante, sans le remplir; il se justifie dans le cas d'effets spéciaux (suspense, réticence, malaise...)

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme [...] (A. Rimbaud)

La strophe est un sous-ensemble le plus souvent cohérent, l'équivalent d'un paragraphe, groupant plusieurs vers. Habituellement elle est précédée et suivie d'un interligne plus large. La disposition des rimes et la mesure des vers assurent sa cohésion.

On distingue les couplets (variables) et le refrain (répété).

La strophe est appelée isométrique lorsqu'elle comporte des vers de même mesure, hétérométrique dans les autres cas.

On la nomme distique (2 vers), tercet (3 vers), quatrain , quintil , sizain, septain, huitain, neuvain, dizain, onzain, douzain.
La rime

Les rimes sont qualifiées par leur qualité, leur genre et leur disposition.
Qualité:

On appelle assonance ou rime pauvre la répétition du dernier élément vocalique accentué. maman / espérance.

( Sont aussi considérées comme rimes pauvres les finales de mots tirés de la même racine (espoir - désespoir) et les terminaisons verbales de la même personne aimeront - chanteront).

Et rime la similitude de l'ensemble voyelle et consonnes(*). compagnie / tromperie

(*) Il faut tenir compte de la longueur des phonèmes, ainsi patte et pâte ne riment pas.

La rime est dite suffisante, lorsque deux éléments phonétiques seulement sont identiques. dehors / efforts

La rime est riche lorsque la similitude repose sur trois phonèmes consécutifs échine / machine.

Des vers holorimes se prononcent de la même façon tout en offrant des sens différents
Gal, amant de la reine, alla, tour magnanime,
Galamment de l'arène à la Tour Magne à Nîmes.

M. Monnier (1829-1885) ce distique est souvent attribué à V. Hugo.

Deux sites pour en savoir davantage sur les holorimes :ac. poitiers

Genre:

La rime féminine présente un e muet après l'élément vocalique (navire, j'invite), la rime masculine n'en comporte pas (nous invitons, amitié).

La règle d'alternance rimes masculines et rimes féminines a longtemps prévalu.
Disposition:

On trouve plusieurs façons de disposer les rimes :

rimes
continues

AAAA
Roland frappe sur une pierre bise
Il en abat plus que je ne sais vous dire
L'épée grince, elle n'éclate ni ne brise
Vers le ciel en haut, elle rebondit. (Chanson de Roland)
rimes plates

AABB
Faire un travail exquis, plein de crainte et de charme,
Faire une perle d’une larme:
Du poète ici-bas voilà la passion,
Voilà son bien, sa vie et son ambition. (A.de Musset)
rimes croisées

ABAB
C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons. (A. Rimbaud)
rimes embrassées

ABBA
Je suis venu calme orphelin,
Riche de mes seuls yeux tranquilles,
Vers les hommes des grandes villes:
Ils ne m’ont pas trouvé malin. (P. Verlaine)
rimes redoublées

AAABBB
Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n'y a pas d'amour heureux (L.Aragon)
rimes mêlées

ordre indéterminé


Un rat des plus petits voyait un éléphant
Des plus gros, et raillait le marcher un peu lent
De la bête de haut parage
Qui marchait à grand équipage.
Sur l'animal à triple étage,
Une sultane de renom,
Son chien son chat et sa guenon,
Son perroquet, sa vieille et toute sa maison
S'en allait en pélerinage. (J. de La Fontaine)
rimes enchaînées

la rime est répétée au début du vers suivant
Je suis le roi des fourmis
Misanthrope et petit
Tyrannique et gentil
Pas d'impôts sur la vie
Vision d'un paradis
Dix mille sont mes petits (M. Polnareff)
rime batelée
ou serpentine

la rime revient à l'hémistiche du vers suivant


Le songe se dévide avec une paresse
Angélique. Et sans cesse aux doux fuseau crédule
La chevelure ondule au gré de la caresse. (P. Valéry, La Fileuse)
Quelques formes fixes traditionnelles

Ballade : Elle présente deux variantes :

* soit 3 dizains rimés pareillement et un Envoi de 5 vers (décasyllabes) ABABB CCDCD;
* soit 3 huitains rimés pareillement et un Envoi de 4 vers (octosyllabes) ABAB BCBC.

L' Envoi (dernière strophe) doit commencer par un vocatif et ses rimes sont semblables à celles de la seconde moitié des strophes précédentes.

Lai : poème composé sur deux rimes; deux vers de cinq syllabes sont suivis d'un vers de deux syllabes (AAB AAB ...)

Rondeau : pièce de treize vers de huit ou dix syllabes AABBA AAB AABBA. Les premiers mots du rondeau sont repris aux vers 8 et 13 .

Rondel : Deux quatrains et un quintil sont construits sur deux rimes. Les vers 1 et 2 sont un refrain qu'on retrouve en 7 et 8; le vers 1 est repris au dernier vers.

Sonnet : Deux quatrains suivis de deux tercets (ABBA ABBA CCD EDE). Dans sa forme classique, il se compose d'alexandrins à rimes riches et ne tolère aucune répétition de mots (sauf les mots-outils). Le sens doit être complet ou du moins suspendu à la fin de chaque strophe. Le dernier vers ( chute ), bien préparé, doit apparaître comme le sommet du poème.

Un exemple ?

De l'aide pour composer un sonnet ?



On trouve de nombreuses autres formes comme, par exemple : le triolet, la villanelle, le pantoum, le haï-kaï, la fable, la satire, les odes, le madrigal, les stances.

L'acrostiche est une pièce dont chaque vers commence par une des lettres du mot qui en fait le sujet. Ce mot peut donc être lu verticalement.


Bon à savoir :

Si rigoureuses que soient les lois de la versification française, les poètes authentiques se sont depuis toujours autorisés à les transgresser en vertu de ce qu'on a joliment appelé licence poétique.

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