La mort du pauvre, Baudelaire

CXXII. — La Mort des pauvres


C’est la Mort qui console, hélas ! et qui fait vivre ;
C’est le but de la vie, et c’est le seul espoir

Qui, comme un élixir, nous monte et nous enivre,
Et nous donne le cœur de marcher jusqu’au soir ;

À travers la tempête, et la neige, et le givre,

C’est la clarté vibrante à notre horizon noir ;

C’est l’auberge fameuse inscrite sur le livre,

Où l’on pourra manger, et dormir, et s’asseoir ;



C’est un Ange qui tient dans ses doigts magnétiques
Le sommeil et le don des rêves extatiques,

Et qui refait le lit des gens pauvres et nus ;


C’est la gloire des Dieux, c’est le grenier mystique,

C’est la bourse du pauvre et sa patrie antique,

C’est le portique ouvert sur les Cieux inconnus !

Vous devez être connecté pour poster un commentaire