le Pont Mirabeau, Apollinaire

LE PONT MIRABEAU
 
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
          Et nos amours
   Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine
 
          Vienne la nuit sonne l'heure
          Les jours s'en vont je demeure
 
Les mains dans les mains restons face à face
          Tandis que sous
   Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse
 
          Vienne la nuit sonne l'heure
          Les jours s'en vont je demeure
 
L'amour s'en va comme cette eau courante
          L'amour s'en va
   Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente
 
          Vienne la nuit sonne l'heure
          Les jours s'en vont je demeure
 
Passent les jours et passent les semaines
          Ni temps passé
   Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
 
          Vienne la nuit sonne l'heure
          Les jours s'en vont je demeure


                                        [Alcools]

Séance 5: Support: Le pont Mirabeau
 
 
Paru en 1913, écrit pour raconter sa rupture avec le peintre Marie Laurencin qui fut son amour durant 8 ans. Cette femme marqua son époque par son œuvre picturale. Dans ce poème Apollinaire va opposer la tristesse, les larmes, le fleuve, les femmes qui s'éloigne avec l'immobilité du pont. Références a des notions philosophiques de son époque que nous verrons tout au long du texte. Nous notons qu'il y a un refrain. Le premier quatrain présente le fleuve a la fois comme la vie de l'auteur contemplée par celui ci qui est sur le pont. Le rejet coule la Seine et nos amours et l'absence de ponctuation  montre l'éloignement, un amour qui sombre et dont on sait qu'il disparaît grâce au jeu des temps qui oppose le présent au passé. Ce passé contient le même sens que souvienne qu'il dénonce en effet autre fois la joie. Or le mot postposé dans la phrase est le mot peine se qui indique bien qu'à présent la peine vient après la joie.
Le refrain    explique la métaphore du pont et pose le fleuve comme le temps qui passe. Un des outils du texte est l'allitération. Nous notons que « vienne la nuit sonne l'heure » → vers boiteux.
Il reprend la forme ancienne de la ballade, ou le premier et dernier vers sont similaires, il la modernise en lui appliquant le vers libre, la rime gérée d'une autre manière et l'absence de ponctuation. On a l'exemple d'une ballade revisitée. Le deuxième quatrain reprend comme dans Mareye le thème de la main, nous notons le parallélisme main dans la main face a face qui place les 2 protagonistes comme 2 individus et non pas comme un seul marquant bien la séparation. Ils sont main dans la main, leurs corps et leurs bras forment un pont, un pont métaphorique sous lequel un amour va passer comme la Seine sitée au début. Le message de la rime indique bien la fin d'un amour. Le premier mot du 2eme est « éternel » et le dernier « lasse », nous somme dans l'inversion du topos de l'amour. Le deuxième quatrain est celui de 2 individus qui laissent passer pour la dernière fois un sentiment qui ne reviendra plus.
Le 3eme quatrain précise l'état d'esprit dans lequel se trouve encore le poète, certes il sait que l'histoire est terminée mais en personnifiant l' Espèrence avec un E majuscule a la façon de l'amour courtois il montre a quel point ces sentiments d'amour et de désespoir sont éternels et la encore fait le lien entre la poésie du passé et celle du présent d'où la valeur accentuée du pont. « Eau courante », une eau qui s'en va pour toujours. Le dernier quatrain marque un recul par rapport aux deux premiers, l'eau a couler le temps a passer. On note l'anaphore du mot « passe » déjà trouvée dans le deuxième quatrain. Le privatif « ni » ouvre le 3eme vers du 3eme quatrain démentant toute possibilité de retour en arrière, le 4eme vers du 3eme quatrain étant le 1er vers du 1er quatrain, nous avons ici la ballade dans un rythme circulaire qui renvoie au début de l'histoire. Poème très riche en métaphores qui unie la poésie ancienne a la poésie contemporaine sur un mode lyrique comme au temps antérieur a la Renaissance ou la poésie était obligatoirement chantée, la version la célèbre est celle de Léo Ferret.
 
  

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