Poème à Lou, commentaire de Mlle Bollecker

Commentaire composé

Guillaume Apollinaire, poème a Lou

 

 

Né le 26 août 1880 à Rome, Guillaume Apollinaire est un poète et écrivain français, il est un des poètes français les plus importants du XXème siècle et un des précurseurs du surréalisme. C’est le fils d’un officier italien et d’une française, en 1916 il se fait naturalisé. En 1914 il s’engage volontairement dans les troupes françaises. Il fait la rencontre de Lou avec qui il passera une semaine à Nîmes et avec qui il entretient une relation épistolaire alors qu’il est fiancé à Madeleine Pagès. En 1915 Apollinaire est envoyé au front où il se fait blessé à la tempe, cette blessure est causée par un éclat d’obus qui lui trépane le crâne. Il meurt le 9 novembre 1918 de la grippe espagnole alors qu’il venait de se marier quelques mois auparavant avec Jacqueline Kolb. Poèmes à Lou est un recueil de poèmes que Guillaume Apollinaire dédie à Louise de Coligny-Châtillon, ce recueil est publié à titre posthume en 1956. Tendres yeux éclatés est un poème qui mêle l’amour et la guerre qui sont deux thèmes essentiels à la vie du poète. Nous allons nous interroger sur la manière dont Apollinaire dénonce dans un même texte la difficulté des rapports amoureux et de la guerre. Nous répondrons à cette problématique sous la forme de trois axes, le premier sur la déclaration d’amour insolite, le second sur la dénonciation d’un identique chaos entre amour et guerre et enfin le troisième sur le précurseur du surréalisme.

 

 

Dans cette première partie nous verrons que Guillaume Apollinaire fait dans son poème une déclaration d’amour qui est insolite. Son poème prend alors la forme d’un discours et d’une lettre.

D’abord, le poète fait l’éloge de la beauté. Pour cela on note la présence d’un dialogue, Apollinaire s’adresse à un interlocuteur que l’on peut voir avec le tutoiement et l’utilisation de pronoms personnels et possessifs tels que « tu » (vers 3), « tes » (vers 4 et vers 7), ou encore « ton » (vers 10). Son interlocuteur n’est autre que Louise de Coligny-Châtillon que le poète apostrophe par « tendres yeux éclatés » dans le vers 1 qui renvoie à « obus » (vers 4). Cela rappelle les atrocités du front pendant la guerre et la blessure de Guillaume Apollinaire. Dans ce poème, on peut voir une touche de sensualité de la part du poète, notamment avec l’allitération en « l » (vers 5), elle permet de produire un effet harmonique où Apollinaire souligne le nom du cheval. L’adjectif « tendres » (vers 1) est mélioratif et désigne Lou. Il y a dans ce poème la présence d’une personne car le poète utilise le champ lexical corporel avec les expressions telles que « yeux » (vers 1 et 4), cheveux (vers 7), « cul » (vers 7) et doigt (vers 10), Lou est perçue par l’auteur comme un cheval, tous les traits du cheval sont similaires à Lou comme son nom, et son physique.

Enfin, après l’éloge à la beauté, Apollinaire fait dans son poème une demande en mariage allusive. Il passe par les sentiments en tutoyant Lou avec le pronom personnel « tu » (vers 3), elle lui appartient ce que l’on voit avec le pronom possessif « mon » (vers). Il désigne Lou par l’adjectif « amante » (vers 1), celle-ci est également représentée comme un monture car au vers 3 et 6 on a la répétition de « cheval de selle » et « tout sellé » en fin de vers qui montre que cette monture est soumise à son cavalier donc Lou doit être prête à abandonner la bataille et à se laisser maîtrisée par l’homme. L’enjambement au vers 9 et 10  « mesure/ exacte » permet la mise en valeur du « doigt » (vers 10) qui est suivit par une explication simple, Apollinaire souhaite façonner une bague pour la femme qu’il désire épouser, cette femme n’est autre que Louise. On peut voir à travers le poème que le poète est possessif envers sa femme, cette possessivité est traduite par le pronom « mon », le cheval qui est simplement Lou appartient à Apollinaire et à personne d’autre. L’image de la « bague » et du « métal » renvoie directement à la première guerre mondiale où les soldats fabriquaient avec les métaux issus d’obus des bijoux pour les femmes. Après avoir fait une déclaration d’amour qui est insolite pour l’époque avec des comparaisons implicites et osées, Guillaume Apollinaire dénonce dans son poème un caractère de chaos identique entre l’amour et la guerre.

 

Dans cette deuxième partie nous verrons que le poète, à travers l’amour et la guerre, dénonce un identique chaos dans une poésie argumentative.

D’abord, il y a la présence dans ce poème de tourments amoureux. Ces tourments sont justifiés par l’utilisation d’une part de la jalousie avec notamment l’adjectif « infidèle » postposé du mot amante, l’expression « amante infidèle » est simplement un oxymore. Apollinaire place l’amante comme une femme bien-aimée mais celle-ci n’a pas la nécessité d’aimer en retour le poète, c’est pour cela qu’elle est qualifiée d’infidèle aux yeux du poète. La tournure impersonnelle «  Il faut que » (vers) souligne une certaine obligation du poète de connaître la mesure du doigt de Lou, il essaye d’éviter une réclamation qui serait trop directe pour lui. La jalousie passe aussi par l’utilisation du pronom possessif « mon », Lou lui appartient. Les tourments sont justifiés avec le secret, qui est traduit dans le poème par l’adjectif « mystérieux » postposé à « obus » (vers 2). Dans ce poème Apollinaire exprime une certaine confusion d’une part avec l’adjectif « mystérieux » qui est prononcé de façon à faire une diérèse pour que le second vers puisse être un hexasyllabe, mais cela engendre une incertitude sur les sentiments de Lou envers le poète, d’autre part la confusion passe par la conjonction « si » (vers 3).

Enfin, le thème de la guerre se trouve dans ce poème. Ce thème est prouvé par la présence du chaos, qui est traduit par le passage du déterminé à l’indéterminé avec les expressions « mon cheval » (vers 5) et « un alezan brûlé » (vers 6). Cela accentue une certaine hésitation de la part du poète. On y trouve le champ lexical de la guerre avec les expressions telles que « obus » (vers), « métal d’effroi » (vers) et enfin la représentation du « cheval » (vers) qui lors de la première guerre mondiale avait une place très importante dans les combats. À l’époque de l’écriture de ce poème Apollinaire se trouvait dans les troupes françaises parties combattre, ceci est donc un rappelle les conditions chaotiques de ce que le poète a vécu et le cheval était le seul avec qui Apollinaire entretenait une certaine complicité. Il y dépeint également un monde indiscret car le cheval aurait l’apparence de Lou ce qui est justifié avec l’expression « semble » (vers). Les expressions « infidèle » et « effroi » s’opposent directement au premier mot du poème « tendres ». Dans ce poème l’engagement est un mot polysémique car il traduit nettement l’engagement amoureux du poète avec Lou et également l’engagement d’Apollinaire dans les troupes françaises lors de la première guerre mondiale. Le poète innove son poème.

 

Dans cette troisième partie nous verrons que Guillaume Apollinaire est le précurseur du surréalisme.

D’abord, grâce aux innovations de formes, le poème n’a aucune ponctuation car il y a eu un problème d’imprimerie, au lieu de réimprimer les exemplaires du recueil de poèmes Apollinaire à préférer les garder et en a fait sa signature. Ce manque de ponctuation permet notamment à rapprocher même à mêler l’amour et la guerre afin de montrer que ces deux thèmes sont aussi dangereux l’un que l’autre. L’alternance d’alexandrins et d’hexasyllabes engendre un chaos chez le lecteur. L’autre innovation est l’enjambement que l’on peut voir aux vers 9 et 10 « mesure/ exacte », ce procédé permet de mettre en évidence le mot « mesure ».

Enfin, il y a les innovations de fonds qui concernent le rapprochement d’images contraires telles que « obus mystérieux » (vers 2) ou encore « pure » (vers 11) avec « effroi » (vers 12) Le poète parle également dans son texte d’un amour fou qu’il entretient avec Lou, que l’on peut voir avec « mon Lou », ou « je veux » (vers 11). Le poète souhaite être avec Lou, il va jusqu’à vouloir fabriquer une bague pour Lou, c’est donc une preuve d’un amour incroyable sachant qu’il est au front lorsqu’il écrit ce poème.

 

 

 

À travers cette analyse nous avons vu qu’Apollinaire sait faire une déclaration d’amour insolite en passant par l’éloge de la beauté puis par une demande en mariage allusive car on peut constater que dans ce poème Apollinaire est hésitant dans sa démarche. Mais il mêle dans son poème amour et guerre qui selon lui sont tous les deux des combats. L’amour signifie pour lui jalousie, secret et confusion tandis que la guerre engendre un chaos chez l’être humain. Il innove en plus de cela les formes et les fonds de ses poèmes. Dans ce poème Apollinaire souhaite dénoncer les horreurs vécues par les soldats envoyés à la guerre, comme les éclats d’obus qui mutilent les hommes dont Apollinaire qui a été blessé à la tempe. Le poète français n’écrit pas seulement ce poème alors qu’il est au front mais nombreux sont ses poèmes qui mêlent amour et guerre qui sont les deux thèmes les plus importants dans sa vie. C’est pour ces raisons qu’Apollinaire est un des poètes les plus importants du XXème siècle, il écrira notamment des poèmes engagés.

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