Axes et enjeux: vengeance d'une femme.

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1. Léo Pieracci 1ère S2 10/10/2008

N°16 Français
1ère S 2


Commentaire composé la vengeance d’une femme


La littérature française du XIXème siècle, s’inscrit dans une période définie par deux dates importantes :
1799, fin de la période révolutionnaire, Bonaparte et son célèbre coup d ‘Etat. Et 1899, où les valeurs de la IIIème république s’imposent. Le siècle connaît de nombreux courants littéraires comme le Romantisme et le Réalisme, le Naturalisme...
Jules Barbey d’Aurevilly (1808-1889) surnommé le « Connétable des lettres », est issue d’une famille anoblie en 1756. Il a baigné donc, dès son plus jeune âge, dans les idées catholiques et monarchistes, et deviendra ensuite un défenseur acharné de l’absolutisme.


Pour première vision à la ligne un, nous relevons déjà le verbe « monter », on ne monte pas chez quelqu’un par hasard ; puis nous avons « sachant où il était, il ne se gêna pas ». A cette époque, l’endroit où il n’y avait pas besoin de faire ressortir une seule expression de courtoisie, ou de politesse, c’était chez les gens considérés comme accessoires, inhumains (comme la prostituée ici)

Nous avons les mots canapé (ligne deux) et fauteuil (ligne trois), le canapé était l’endroit sur lequel la prostituée travaillait et le fauteuil servait à poser les vêtements du client, ce sont les mobiliers indispensables à cette époque.
Il y a quatre occurrences de « Boulevard » dans ce texte
A la ligne cinq, nous avons « Ses impressions du Boulevard », Tressignies n’avait jamais mis les pieds dans un boulevard.
Les mots « ombre du boulevard » nous ont été donnés à la ligne huit, ce boulevard a deux faces, une face où Tressignies vérifie ses impressions, et une autre où « la Judith de Vernet » attend impatiemment son « Holopherne ».
Nous détenons l’expression « demoiselle du boulevard » à la ligne douze, à cette époque, soit on est demoiselle, soit on fait partie du boulevard. L’auteur nous révèle un contraste de situation entre la prostituée et la duchesse qui est la même personne.
Et pour finir, nous avons à la ligne vingt-quatre « Au boulevard », elle promenait ce raccrochant sourire. Cette femme n’est pas une prostituée de date récente, c’était une habitude de « promener son raccrochant sourire »
Enfin, à la ligne dix-sept, nous avons « les Asiatiques, en Turquie » que Tressignies avait vu, c’est une vision des Asiatiques enfermées dans les harems.
Avec tout cela, nous avons fait une première partie qui peut s’intituler le « Lieu de Vie », le boulevard et ses habitudes.

Ensuite, nous allons relever les mots et expressions qui reflètent une autre vision.

Comme précédemment, nous avons à la ligne un, avec « sachant où il était, il ne se gêna pas ».Nul besoin de volupté dans un endroit pareil. L’auteur veut nous faire ressortir l’image de la prostituée, de l’accessoire.
A la ligne deux, nous avons l’expression « Il se mit de sans façon sur le canapé attirant entre ses genoux cette femme... ». Ce qui signifie que l’homme ne perd pas son temps et commence à attaquer sa proie.
A la ligne trois-quatre, l’auteur insiste sur le fait que c’est une prostituée avec la phrase « Il la prit par la taille, comme s’il eût bouclée entre ses deux mains jointes ». Tressegnies est habitué aux « grandes dames » qui portaient un corset à cette époque, or les prostituées n’en portaient pas.
A la ligne quatre, « Tressignies la regarda de bas en haut ».Normalement on regarde quelqu’un de haut en bas, ce qui veut dire qu’il ne tourne pas autour du pot et va droit au but.



Nous avons entre les lignes quatre et cinq, « un buveur qui lève au jour, avant de le boire, le verre de vin qu’il va sabler ». L’auteur nous montre que cet homme ne fait pas les applications habituelles avec une prostituée, il nous dit qu’il va « sabler » son verre. Ici il veut dire que Tressignies ne fera qu’une bouchée de la prostituée, tel un chien qui avale d’un coup le repas dans sa gamelle.
L’auteur nous fait une description de l’homme à travers la volupté un peu surprenante à la ligne six.
Comme pour « un dégustateur de femmes », l’homme savoure ce qu’il a acheté. « Pour un homme blasé, mais puissant », l’auteur montre que Tressignies est lassé des femmes mais même avec cette lassitude il veut toujours mettre les choses à leurs places, montrer qui est l’homme, le client et qui est la femme, l’accessoire.
A la ligne sept, le narrateur nous décrit la femme comme « splendide ». L’auteur met l’accent sur le fait que c’est une prostituée. Une femme du monde ne peut être splendide. Les seules choses qui sont splendides sont les chevaux, les Montures.
A la ligne dix et onze, on a « le Diable, ce père joyeux... ». Ca nous renvoi au dieu grec Dionysos et les orgies pendant les « Bacchanales ».Cela rend le texte païen.
Nous avons l’expression « Quand elle eut la tête nue » (ligne douze). A l’époque, une prostituée n’avait pas le droit de porter quelque chose sur la tête, pour se faire reconnaître des clients sur les boulevards.

C’est une figure de style : une Prolepse de la prostituée où l’auteur nous annonce haut et fort que la duchesse est une prostituée

La phrase « Ses larges épaules dont les hanches dépassaient encore la largeur » (ligne treize) nous renvoie à « la Judith de Vernet » (ligne treize), la femme séduisante qui a assassiné son mari Holopherne, ce que ne va pas tarder à faire la duchesse.

De plus, nous avons de la ligne douze à seize : « la tête nue, avec ses cheveux noirs, sa robe jaune, ses larges épaules dont ses hanches dépassaient encore la largeur, elle rappelait la Judith de Vernet, mais par le corps plus fait pour l’amour et par le visage plus féroce encore. Cette férocité sombre venait peut-être d’un pli qui se creusait entre ses deux beaux sourcils, qui se prolongeaient jusque dans les tempes, comme Tressignies ». Ce passage est L’Ekphrasis de l’histoire, elle donne l’horizon d’attente de la criminalité, d’où le titre « la vengeance d’une femme »

A la ligne quatorze, « le corps plus fait pour l’amour » montre que l’auteur insiste sur la beauté de la prostituée, camouflant ses véritables attentions, comme Judith avec Holopherne.
L’auteur nous montre toute la sensualité du personnage avec l’expression dans la phrase « Ce corps de courtisane, qui disait si éloquemment : Prends ! »
Le « désir » est mentionné a la ligne vingt et un, qui accentue le fait que cette femme est désirable en tout point, d’où la raison pour laquelle Tressegnies va voir cette prostituée et pas une autre.
« La volupté la plus brûlante » (ligne vingt et un) veut dire que la duchesse agit avec grâce et sensualité.
« Le sourire volontairement assoupli de la courtisane, et dont elle savait profaner la courbure idéalement dédaigneuse de ses lèvres » (ligne vingt-deux et vingt-trois) signifie qu’elle s’arrange pour ne pas passer inaperçue auprès des clients, elle s’impose comme une personne de catégorie supérieure, comme une duchesse. De plus, elle profane volontairement ses courbures comme celles de ses lèvres car c’est pour salir le nom de son mari qu’elle fait tout cela.
Nous avons une autre figure de style qui est la polysémie de Courtisane : sous le règne de Louis XIV, une courtisane était une femme qui passait sa vie à la cour. Le sens s’est dérivé a prostituée a partir du moment où il n’y avait plus de Roi. L’auteur nous fait remarquer le lien entre la prostituée et la Duchesse.

« Au boulevard, elle promenait ce raccrochant sourire, étalé impudiquement sur ses lèvres rouges » (ligne vingt-quatre et vingt-cinq). L’auteur fait une figure d’insistance sur son métier, une mise en abîme quand il parle de « étalé impudiquement » comme lorsque elle s’étale sur le canapé au moment de l’activité de sa profession.
Nous avons aussi le cas des lèvres rouges, car à l’époque on ne se maquillait pas, de plus le rouge est la couleur des teintures de prostituée à Venise, l’auteur insiste sur le fait de nous montrer que c’est une véritable prostituée et qu’elle fait tout pour salir le nom de son mari.


Et pour finir sur cet Axe un, nous allons faire la dernière partie qui se rapproche à la vision de la prostituée : tout ce qui parle du « Corps ».

La description physique n’est pas très riche en différents aspects.
Nous avons principalement le champ lexical du Corps avec « la tête nue (ligne douze)...cheveux noirs (ligne douze)...ses larges épaules (ligne treize)...ses hanches (ligne treize)...visage (ligne quatorze)...sourcils (ligne seize)...tempes (ligne seize)...taille (ligne dix-huit)...figure (ligne dix-neuf)...flancs arrondis (ligne vingt)...la main et les lèvres (ligne vingt)...sourire (ligne vingt-deux)... »
Ce champ lexical est introduit par l’auteur principalement pour montrer que le corps de cette courtisane est plaisant et non ordinaire.

Ensuite nous avons quelques expressions comme à la ligne un avec « la fille », on ne nomme pas une femme du monde « fille » et encore moins « la fille », c’est encore du au fait que l’auteur insiste sur son statut social.
En ligne deux, nous avons « cette femme », ce qui la réfère a un objet, un accessoire.
L’auteur utilise beaucoup de pronoms démonstratifs comme « cette », il en utilise dix en tout.

Cependant, ce texte génère une ambigüité
Nous allons voir dans l’axe deux que la courtisane est une dame du monde, la duchesse de Sierra-Leone.

Nous commençons à la ligne un avec « il ne vit que la fille ». L’auteur nous fait allusion a la duchesse qui, étant une dame importante, ne cache pas sa supériorité.
Elle jette le chapeau et le châle de Tressignies(ligne trois) sur le fauteuil, un homme de la cour se doit d’abaisser son chapeau pour rendre hommage a une grande dame, elle nous fait remarquer ce petit côté « respect, soumission » que la duchesse aime.
L’homme la prit a la taille, comme s’il eut bouclée entre ses « deux mains jointes » (ligne quatre).A l’époque, on était très croyant, les deux mains jointes font allusion a une prière, un supplice.
A la ligne huit, nous avons un mystérieux contraste avec « ombre du boulevard » et en « pleine lumière fixe ». L’auteur fait référence à la face cachée de la courtisane impropre, c’est la toute puissance de la duchesse qui ne va pas tarder à se manifester plus tard dans l’extrait. L’auteur nous fait une sorte de prolepse sur l’imposition de la duchesse.
Nous avons, si je puis dire une « charnière » du texte à la ligne huit et neuf, avec « Seulement » et « pas » qui s’opposent l’un à l’autre, tel les deux faces du personnage avec ombre et lumière. L’auteur veut nous faire comprendre que ces antithèses ne sont pas là par hasard, la Vérité est dans le Mensonge, dans son contraire...
Les expressions « celle à qui elle le faisait penser » et « aux traits si semblables qu’ils en paraissaient identiques » (ligne neuf) sont là pour faire ressurgir la petite parcelle de « Seigneurie » que possède la courtisane, et qu’elle n’arrive pas à cacher. Son esprit est tellement aveuglé par la vengeance qu’elle fait ressurgir ses sentiments sur son visage.
Nous lisons à la ligne dix, « cette expression de fierté résolue », le côté de la puissance, de l’honneur, ressurgit ici.
Entre la ligne onze et douze, nous avons encore une antiphrase qui accentue les deux côtés de l’héroïne avec « une duchesse » et une « demoiselle du boulevard ».
Nous détenons à la ligne quinze « Cette férocité sombre venait peut-être d’un pli qui se creusait entre ses deux beaux sourcils ».L’auteur nous fait encore abstraction entre la prosopographie et l’éthopée du personnage avec « le pli qui se creusait », dont on est obligé de remarquer et « entre ses deux beaux sourcils », qui sont plus attirant que le pli, tout ça pour nous faire comprendre que les apparences sont trompeuses. Nous pouvons tirer de ce texte certaines morales.
Le contraste entre la prosopographie et l’éthopée se manifeste encore avec « cette fille avait la taille de son métier ; elle n’en avait pas la figure » (ligne dix-neuf et vingt) ou avec « ce corps de courtisane » (ligne dix-neuf).

Nous avons deux aspects du portrait de la duchesse ici. D’abord à la ligne vingt, et vingt et un, nous possédons les flancs arrondis qui « étaient surmontés d’un visage qui aurait arrêté le désir par la hauteur de sa physionomie ». Jules Barbey d’Aurevilly nous montre dans toute sa splendeur le retournement de situation entre la courtisane, qui est normalement soumise et le client, qui est normalement le « roi », on aurait pu dire le « duc » ici. Tressignies est paralysé, soumis à la volonté de la femme. Ce qui nous ramène aux termes suivants de la ligne vingt et un et vingt-six, qui sont « pétrifiés » et « étrangement implacable ».L’auteur nous fait part de sa culture en décrivant les aspects de la méduse de Thésée à travers le visage et le regard de la femme. D’où l’expression « Souffletant contraste », qui nous renvoie à ce retournement de situation si soudain que l’auteur nous annonce déjà d’autres manifestations de son côté duchesse qui a totalement fait surface avec « fierté cruelle et « dédaigneuse ».La duchesse, assimilable une araignée, étend sa toile, emprisonne ces victimes, mais ne la tue pas tout de suite. La duchesse reste une duchesse et comme les personnes les plus importantes de l’époque, elles aiment se faire entendre, se faire respecter et surtout voir dans leurs valets (victimes ici) une expression de totale soumission.

Nous pouvons conclure cet axe deux en disant que l’éthopée est bien camouflée derrière la prosopographie. L’héroïne veut tellement montrer son côté courtisane que ces victimes ne s’aperçoivent pas de sa toute puissance et de son contrôle de la situation.

Pour finir avec ce commentaire composé, nous passons au dernier axe qui est l’imminence du crime.

Nous revenons à la ligne dix, avec « expression de fierté résolue » de la duchesse. Un véritable assassin aime son travail et en est fier.

Nous avons l’Ekphrasis de la Judith de Vernet de la ligne douze à quinze, où l’auteur nous fait ressortir son penchant d’esthète car il habille la « courtisane » avec les mêmes vêtements de la Judith de Vernet, femme qui a assassiné son mari pendant qu’il dormait après « L’extinction de leur passion ardente ».
A cette même ligne, nous avons l’expression « férocité sombre » qui nous renvoie au prédateur camouflé dans l’ombre, qui attend que sa proie passe près de sa cachette. C’est le côté cruel de la « demoiselle de boulevard ».
Bien évidemment, la citation « Souffletant contraste » revient dans cet axe aussi, car le personnage cache si bien son jeu que lorsque elle montrera son vrai visage, la victime sera tellement humiliée, terriblement pétrifié et le prédateur pourra se mettre à table, « La vengeance est un plat qui se mange froid ».
Les mots « fierté cruelle » nous revient encore à la ligne vingt-trois qui nous renvoie à la vision de l’assassin qui a bien fait son travail.
Et pour finir, à la dernière ligne, nous avons naturellement la prolepse de Holopherne avec la Judith de Vernet, qui nous annonce une fin tragique de l’histoire.



Ce texte nous a finalement montré plusieurs choses. C’est un double portrait qui nous ramène à l’horizon d’attente de la « CRIMINALITE » avec le personnage de Judith, l’ekphrasis de l’histoire.
L’auteur nous fait part de deux sociétés de son temps : La noblesse à laquelle il a tant rêvé, et la prostitution qui est apparu à son époque.
Grammaticalement, nous voyons que le subjectif est cachée sous le subjectif, d’où le terme de charnière, qui représente la double face du personnage, celle de la courtisane mise en avant pour cacher celle de la duchesse étouffante de vengeance, qui va se transformer en criminelle.











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