com com de la vengeance d'une femme

 

1°S2

 

Commentaire Composé :

« La vengeance d’une femme »

 

 

Le texte étudié est un extrait de « La vengeance d’une femme »,  une nouvelle du recueil « Les Diaboliques » écrit par Jules Barbey d’Aurevilly en 1871. Il est donc lié aux courants du romantisme noir, du libertinage et de la décadence.

Dans ce passage, un dandy du nom de Tressignies se trouve avec une fille de boulevard, dans le logement de celle-ci, et en fait la description en ayant à l’esprit une ressemblance mystérieuse.

Nous pouvons donc nous demander ce que cache l’apparente banalité de cette prostituée.

Pour cela nous étudierons d’abord la fille de joie visible, puis nous verrons la demoiselle qui s’y cache pour finir par la terrible éminence que cette opposition implique.

 

 

 

On dit que lorsque l’on entend le bruit des sabots il faut penser au cheval avant le zèbre, il en va de même ici où ce qui est visible ne nous fait penser de cette prostituée qu’elle n’est rien d’autre que cela.

De premier abord on peut s’intéresser au lieu où se déroule la scène. On note ainsi l’allusion faite à un mobilier ne convenant pas à des personnes de rang supérieur, tel qu’un canapé. De même l’anaphore lexical du terme boulevard est explicite et soutenue (4 occurrences). Enfin, le passage « quelques Asiatiques, en Turquie »(l.16) est une assimilation faite aux harems.

Ensuite, nous pouvons noter un thème éclaté assez important de la courtisane et faisant appel aux champs lexicaux du corps et de la volupté. Une description du corps est donc présente, partant des « genoux »(l.2 et 25) à la « tête nue »(l.11-12) et aux « cheveux noirs »(l.12) en passant par les « épaules »(l.12) et les « flancs arrondis »(l.19), et « ses larges épaules dont les hanches dépassaient encore la largeur »(l.12-13) est un signe de beauté durant cette période. On la compare également à la Judith antique, elle-même prostituée.

Enfin, un portrait dans l’action est présent de part des passages tels que « attirant entre ses genoux »(l.2), « coupe d’amour aux flancs arrondis qui invitait la main et les lèvres »(l.18-19), « promenait ce raccrochant sourire, étalé impudiquement sur ses lèvres rouges »(l.23-24). Ce dernier passage étant une mise en abîme de son comportement. On compare également le Diable à un « père joyeux »(l.10), le rapprochant ainsi du dieu Bacchus, dieu des fêtes et lié aux orgies.

 

 

Le Diable étant le roi du mensonge, on peut supposer que mensonge il y a et que cette femme n’est pas ce qu’elle semble être.

Cette vérité caché peut être retrouvée dans une antithèse entre ombre et lumière que l’on trouve dans le passage « la ressemblance qui l’avait tant frappé…coupés d’ombre du boulevard…en pleine lumière fixe. »(l.7-8), où l’on voit que le doute persiste que ce soit dans l’ombre et la lumière, mettant ainsi en valeur la dualité de cette femme sur le mensonge et la vérité.

De nombreuses parties du texte mettent en avant cette dualité et jouent un rôle de charnières entre vérité et mensonge. Ainsi, le fait qu’elle ôte son chapeau alors qu’il est de tradition que les prostituées aillent nue-tête, l’antithèse « demoiselle de boulevard »(l.11) mettant en opposition la fille de joie et la noble, l’emploi du terme « Souffletant »(l.17) ramenant à l’idée d’une certaine condition sociale et inversant les rapports avec Tressignies et celui de « courtisane »(l.18), qui autrefois était une dame de la cour et n’est plus que prostituée, nous indiquent clairement l’opposition faite.

Enfin, la différence qui existe entre le corps, beau et attirant, et le visage féroce et fier montrent que si cette femme à le corps du métier, elle n’en a pas la figure. Cette importante différence prosopographique met en évidence la courtisane d’un coté et la noble de l’autre. Mais le visage fait bien plus que de montrer la demoiselle derrière la fille de boulevard.

 

 

Ce visage appartenant à une personne pourtant si attirante, est pourtant annonciateur  d’un crime éminent.

En effet, l’emploi des termes « férocité sombre »(l.l.14) et « fierté cruelle »(l.22-23),  indiquent une partie de l’éthopée du personnage, comme ayant une détermination malsaine et une terrible cruauté, cachant ainsi derrière ses attraits un esprit empli de vengeance, comme l’indique l’horizon d’attente que nous donne le titre.

Ce visage également qualifié d’ « implacable »(l.25) et qui peut « pétrifié »(l.20), renvoie au mythe de la Méduse qui transformait les hommes en pierre. Ainsi, de la même manière cette femme attise les ardeurs des hommes mais les pétrifient en même temps. On l’a rapporte ici à un terrible monstre mythologique.

Enfin, l’ekphrasis qui est faite de la Judith de Vernet, et les allusions faites au mythe de Judith et Holopherne (« il ne lui manquait que le sabre recourbé…se croire Holopherne »)(l.26-27) font apparaître une ressemblance de situation qui fait la prolepse de l’éminence d’un crime et d’une fatalité.

Nous pouvons donc dire que la détermination et la cruauté que l’on retrouve dans l’éthopée,  la comparaison à un terrible monstre mythologique et la prolepse faite par l’ekphrasis de la Judith, annoncent une terrible femme s’apprêtant à commettre un crime.

 

 

 

En conclusion, nous pouvons dire que cette extrait est basé sur la dualité du personnage, sur l’opposition entre l’ombre et la lumière, le mensonge et la vérité, la prostituée et la noble.

Cette dualité et les comparaisons faites avec des mythes antiques, nous donnent l’horizon d’attente d’une fatalité criminelle,  amenant ce personnage au Panthéon des prostituées célèbres, aux côtés de Judith et de Nana.

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