Com.Comp. Hauteclaire JP

 

1°S2

 

Commentaire composé sur

 le portrait d’Haute-Claire

 

Passage choisi : « Cette femme en effet…ses naseaux froncés vibraient encore… »

 

 

L’extrait étudié est un passage de « Le Bonheur est dans le crime », une nouvelle tirée du recueil « Les Diaboliques »  écrit par Jules Barbey d’Aurevilly en 1871. Il est donc lié aux courants du romantisme noir et de la décadence.

Dans ce passage la description d’une femme étrange nous est faite, alors qu’elle livre un simulacre de duel contre une panthère.

Nous pouvons donc nous demander tous ce que représente réellement cette femme.

Pour cela nous verrons les vérités que cache son physique, la mise en abîme de l’histoire et l’analepse d’une criminalité que nous fait ce portrait et la réunion de tous les thèmes récurrents de l’auteur qui se trouvent dans cette femme.

 

Le portrait que l’on donne de cette femme est loin d’être banal et est en lui-même annonciateur de la nature intérieur du personnage et la symbolisation parfaite des oppositions.

Sur ce dernier point une des parties les plus visibles de cette description est l’assimilation du personnage à l’homme du couple. En effet, « cette femme…qui l’accompagnait » (l.1) montre la prédominance de son rôle, le fait qu’elle soit grande et que « Sa tête atteignait presque la sienne. »(l.2) la met sur un pied d’égalité avec les hommes et « de ce beau couple…avait les nerfs »(l.5) indique clairement que plus qu’être l’égale de l’homme, elle est au-dessus.

Cette supériorité est mise en exergue par l’anaphore poétique que l’on fait de sa grandeur « Elle était grande »(l.2), « Sa tête atteignait presque la sienne. »(l.2) et la comparaison faite avec la déesse égyptienne Isis « la grande Isis noire »(l.3) qui, aimant son mari, le ramena du royaume des mort et devint le souverain de ces derniers. Elle est donc rattachée a un personnage passionné et très lié à la mort. On peut cependant noté qu’Isis était également rattachée à la fertilité et a la pureté.

Une opposition est faite sur ce point puisque le mystère qui entoure Haute-Claire laisse présager qu’elle n’est pas aussi pure que la déesse. En effet ce mystère, indiqué par l’anaphore poétique du terme « noir » et qui s’oppose à la pureté précédemment citée, la « fierté mystérieuse » (l.4) et le fait qu’elle n’est vu que de profil par le narrateur, c’est à dire de moitié, est annonciateur d’une vérité cachée et d’un terrible fait. La phrase « Je ne la voyais…de plus altier. » (l.6-7) a également un rôle métaphorique, le profil y est un indicateur de beauté mais peut s’apparenter à ce que pense le personnage du crime annoncé. Le fait qu’ici il soit pur et altier, et donc beau, met en avant le personnage par rapport au crime, ce qui rend ce dernier dérisoire voir « beau » à son tour et montre que le personnage n’est pas rongé par les remords ou les conséquences de son acte.

Ce crime annoncé par le mystère entourant la prosopographie du personnage ressort d’avantage avec le duel fait entre ces deux panthères.

 

En effet, ce duel entre l’animal et la femme fait la mise en abîme d’un crime passé et constitue donc une analepse mais annonce aussi le récit futur et est donc également une prolepse.

Tout d’abord la scène en elle-même. Haute-Claire est mise en présence de la panthère, toutes deux sont décrites et mise en opposition, la panthère subit une anthropomorphisation et la femme une animalisation « panthère humaine, dressée devant la panthère animale »(l.22) qui les met sur un pied d’égalité pour le duel avant la conclusion et le renvoie à la réalité, cela permet également de faire un parallèle plus important avec le duel passé.

En effet, le lien est ici fait avec l’ancienne comtesse de Savigny. Cette dernière était « enfermé » que se soit moralement par son éducation de noble, ou physiquement dans son château. Haute-Claire et elle se sont toutes les deux battues pour le titre de comtesse de Savigny et juste avant la défaite de la tenante du titre cette dernière a fermé les yeux, de la même manière que la panthère « sous les coulisses tirées de ses paupières » (l.14), sur la relation de son époux et de Haute-Claire.

Dans les deux cas le duel s’est soldé sur la victoire de Haute-Claire. La panthère et la comtesse ferment les yeux face à Haute-Claire. Puis elles sont humiliées, l’une par un coup de gant « elle en fouetta le museau court » (l.26) l’autre par le fait de se faire voler son titre par une roturière qui l’assassine dans sa maison avec l’aide de son époux. Enfin, elles sont dans l’incapacité de riposter, la panthère ne peut que rugir et manger son gant, et la femme ne peut que la maudire.

Dans les deux cas Haute-Claire finit heureuse de son exaction ce qui est paradoxale dans le cas du crime.

 

Ce paradoxe est un thème récurrent chez JBdA, qui met souvent en avant des valeurs inversées dans ses nouvelles, montrant ainsi une grande complexité et dualité de notre monde.

Nous pouvons donc voir en premier lieu l’inversion faite entre l’homme et la femme, qui n’est ici pas simplement morale, mais qui se retrouve également physiquement « sa tête atteignait presque la sienne »(l.2) et dans la position qu’Haute-Claire occupe dans son couple « de ce beau couple…qui avait les muscles »(l.5). Cette inversion des rapports homme/femme est ainsi le plus flagrant et le plus puissant de toute « Les Diaboliques ».

Un autre thème récurent est l’animalité des personnages. De la même façon que Marmor de Karkoël est comparé à un tigre, Haute-Claire l’est ici avec une panthère « panthère contre panthère »(l.17). Cela montre que l’homme n’est pas si différent que cela des animaux, montrant ainsi leur bestialité dans leurs comportements mais aussi une certaine grâce de par la comparaison faite avec des félins. Ici Haute-Claire ne ressemble pas à la panthère, elle est la panthère que ce soit physiquement, mais également dans son attitude fière, dominatrice et surtout tueuse « Noire, souple,…encore plus inquiétant »(l.19-20).

En effet, cette femme est une criminelle, mais une criminelle qui n’est pas condamné, qui n’éprouve aucun remord, qui tue de sang froid et qui justifie cette acte par son bonheur et par son amour. Ici l’amour est le motif du meurtre, alors qu’il est considéré comme le plus beau des sentiments. En croisant le bonheur et l’amour de ce personnage, l’ auteur fait considéré le crime comme quelque chose qui a de bonne répercussion, inversant ainsi la vision de bien et de mal.

Ainsi Haute-Claire est la personnification même de l’esprit Aurevillyien, représentant à elle seule tous les grands thèmes de l’auteur.

 

Nous avons étudié la prospographie de Haute-Claire, la mise en abîme et l’analepse d’un crime à travers le duel contre une panthère, et les inversions de valeurs chers à l’auteur grâce à ce personnage. Nous pouvons en déduire que Haute-Claire est une tueuse sans remords qui a trouvé son bonheur dans le crime, faisant un important paradoxe entre le bien et le mal justifié par le sentiment amoureux.

« Amor omnia vincit » dit-on, et ici n’est pas une exception puisqu’il est allé jusqu’à passer outre la morale, l’honneur et la mort. Mais l’amour est-il véritablement celui qui justifie de tels actes et si c’est le cas, le peut-il vraiment ?

 

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