com"Maitre et Marguerite" chap 3

Correction du commentaire composé: "Le Maître et Marguerite", Boulgakov, partie trois.

 

Nous sommes ici en présence d'un texte extrait de l'oeuvre "Le Maître et Marguerite", de Boulgakov, oeuvre majeure de la littérature russe du XXeme siècle, laquelle fut écrite sur un laps de douze ans, remanié, corrigé et finalisé par l'épouse de l'auteur décédé prématurément. Elle fut publiée en 1940 . Son auteur qui commença par être médecin durant les années de la Révolution D'Octobre, opta finalement pour une carrière de journaliste et d'écrivain. Le "M et M" est de toute sa bibliographie, le livre le plus connu. Ayant vécu l'URSS communiste, sujette à censure et au rationnement, l'auteur marquera son oeuvre d'une critique de ses conditions de vie.

Le "M et M" raconte l'histoire de l'irruption du diable et de trois de ses acolytes (un énorme chat qui parle, un homme étrange, une femme nue) dans la Moscou des années 50, et de ses actions sur la population. Parallèlement, nous suivons les affres d'écriture d'un écrivain qui relate la vie de Ponce Pilate, et qui vit une magnifique histoire d'amour avec Marguerite, une jeune Moscovite. Notre extrait se situe à la mi-temps du livre, au moment où par amour pour son écrivain, Marguerite se prête à une cérémonie satannale dont elle va être la reine. Le texte se décompose en trois parties qui suivent les trois lieux dans lesquels la soirée étrange va se dérouler; (ligne 1:11, mille feux)(ligne 11/37) (Ligne 37/52) soit la forêt tropicale, la première salle, la seconde salle.

 

Nous allons voir ici, comment l'auteur s'y prend pour produire à la fois un effet de fête et d'angoisse, nous l'examinerons dans trois parties:

A/ Les lieux du bal

B/ Les personnages du bal

C/ une reine révérée et menacée

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Les lieux ont ici une énorme importance, et l'auteur y alterne un aspect très festif, tout comme une sorte de menace.

*Les lieux jaillissent de l'obscurité (l 2) comme un surgissement fantomatique. Le bal engloutit les actants (l 7) (tombé sur elle d'un seul coup). Nous notons la métaphore de l'agression (tombé, coup). Le premier endroit est un endroit sans rapport avec le motif de rassemblement, une forêt vierge. (l 8). Elle se singularise par la violence de ses couleurs, (rouge, vert) Des voix proposant un message gai (ravi) glacent par le fait qu'elle assourdissent, la chaleur y est celle de l'enfer (l 10) (chaleur d'étuve). La forêt déroule son spectacle comme une représentation théâtrale (prit fin) puisqu'elle s'achève comme tel.

*Cette forêt disparait comme elle est venue, l'adverbe ici connote la situation (fit place aussitôt) et avec la même brutalité, (L11), elle glace par le contraste (fraicheur), et ce d'autant que Marguerite est nue, tout comme les nègres. C'est une salle somptueuse, (colonnes jetant mille feux, mur de tulipes blanches, petites lampes) Mais bien que semblant magnifique, elle ne ressemble pas au lieu habituel d'un bal. De plus elle est entièrement vide (11)

*Le lecteur ignore comment les personnages parviennent à la troisième salle car contrairement aux deux autres, on ne précise pas leur moyen d'accès. (38). Elle ressemble à une salle de contes de fées, mur de fleurs (roses et camélias) , les fontaines produisent des boissons de luxe, et de belles couleurs,( la parataxe rouge, rubis, violet, indiquent une explosion de couleur: ligne  41)l'atmosphère semble y être agréable, mais des détails inquiétants ponctuent la description (nègres nus qui remplissent les coupes, homme qui se démène "furieusement". Le modalisateur d'(intensité indique une "anormalité". Le comportement des "vivants" est un fait le facteur principal d'inquiétude du lecteur. C'est ce que nous allons examiner dans une deuxième partie.

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En effet, tout ce qui est vivant en ces lieux ne semble pas adopter de comportement "normal". *nous percevons la scène par les yeux de Marguerite et si la présence de perroquets dans une forêt vierge semble logique, ceux-ci hurlent de façon hystérique (incise de discours direct, qui semble indiquer que le perroquet peut éprouver des sentiments et non psychattiser uniquement). C'est le chat qui demande à ouvrir le bal (5) et son intervention est mise en valeur par le verbe glapir (traditionnellement associé au renard, et indiquant un cri désagréable). Il n'y a aucun être humain dans les lieux (modalisateur d'intensité, "entièrement") sauf des nègres nus qui ajoutent à l'aspect inquiétant, (ils sont noirs et perçus ici comme des créatures sataniques). Le troisième acolyte du diable surgit sans qu'on ne sache d'où il sort (14 " on ne sait comment") .

¨*Soudain, des hommes en tenue de soirée surgissent, là aussi comme par magie (17,18) Ce sont les musiciens. Leur action est mise en parallèle avec des gestes criminels, (pluie de sang, métaphore de la musique) (Fracas, pour les cuivres, qui renvoie à quelque chose qui se brise avec violence) Ces hommes sont mimés comme ensevelissant, noyant Marguerite (métaphore de " déverser sur",23). La voix du chef est "lancée" encore une métaphore renvoyant au coup, à l'agression, nul sentiment de bien être n'est provoqué par cette musique. Les musiciens de plus sont tous connus mondialement (31/33) (Strauss) ils sont morts au moment où le bal est donné, et le chat insiste sur le fait qu'aucun n'a refusé l'invitation. Le chat là encore intervient dans son rôle diabolique: il est l'auteur des invitations, et par la totalité du groupe présent, nous sentons comme une menace, personne "n'a osé" désobéir ( ce qui n'est pas sans rappeler les conditions de vie des russes à cette époque soumis à une obéissance inconditionnelle au régime sous peine de sanctions)

*Enfin, l'homme rouge adopte un comportement si excessif (s'incline si bas, l45), il parle d'une telle manière (péjoratif, et désagréable que ce vocifère), se frappe comme saisi de folie les genoux (48) et enfin frappe le pilier à l'aide des cymbales qu'on peut le suspecter de folie. Son action est dénoncée par le verbe "arracher", l'adverbe "violemment". Nous découvrons que cet homme joue du jazz dans cette salle, alors qu'une  polonaise était jouée dans l'autre, et que les deux musiques luttent l'une contre l'autre. Dans la dernière ligne, le fou frappe à présent ses musiciens, mais l'auteur garde l'angoisse à un degré bas, avec le mot "comique" post posé. La participation des  sens est convoquée, mais elle ne sert qu'à conforter l'idée d'une anormalité (vue, avec les couleurs, toucher, sons)

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Marguerite est une reine de bal respectée, mais elle a à se conformer à un comportement stricte qui n'est pas exempt de menaces.

*Elle inspire de la frayeur: Les premiers nègres changent de couleur (13,) au sens premier du terme, en la voyant, ce qui dans cette explosion de couleurs de perroquets, de jungle produit dans le texte un effet visuel amusant.

Le chef du premier orchestre, pâlit à la vue de la jeune femme(21), il fait lever l'orchestre en signe de soumission,  il la salue avec une servilité excessive. (24) Les paroles de la reine le comble (il tressaille de joie) Il est touché (champ lexicale de l'émotion, coeur). L'accompagnant de Marguerite l'invite à plus d'enthousiasme dans ses compliments ou gestes envers les autres, indiquant que tout ce qu'elle fait est vraiment important (elle qui n'était rien avant que le bal ne commence). Les mots, "chaque" et "personnellement", insistent sur l'importance de son action.

Le chef de jazz band adopte un comportement qui n'est que l'anaphore de Strauss, même servilité, même gestuelle exagérée. Son exclamation "Alléluia" s'adresse à Dieu, La femme est ici transmutée.

 

*Elle est inquiète et contrainte. La succession des sensations contrastées la surprennent. (Obscurité, jour, bruit) Elle crie (6) elle ferme les yeux, comme pour effacer l'enchantement (6/7) Les diverses manifestations du bal l'agressent (chaleur d'étuve, fraicheur, perroquets assourdissants,fracas des cuivres qui coulent sur elle, déversement du flot de musique) Par ailleurs, elle ne fait pas un pas de son propre chef, son comportement est guidé par les acolytes du diable et elle doit se comporter à leurs injonctions. (non ce n'est pas assez, saluez, voilà;, très bien) Les images se succèdent très rapidement, saturées de gestes, de bruit et de couleurs, le fait que Marguerite vole d'un endroit à l'autre accentue la forme de tournis, que donne ce texte.

Un horizon d'attente étrangement réceptif, perturbe le lecteur. En effet la mythologie des satanales court en arrière plan du texte, femme nue, serviteurs nus, salles qui apparaissent et disparaissent. Mais le décor est étrangement festif et angélique (fleurs, couleurs, musiciens, richesse) ainsi le lecteur hésite sur son interprétation et cherche le sens de cette étrange cérémonie.

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Nous avons procédé à l'étude d'un extrait de la scène du bal du "Maître et Marguerite" de Boulgakov, dans laquelle nous avons analysé les procédés mettant en valeur à la fois l'aspect festif et l'aspect inquiétant de ce texte. Nous avons conclu que l'horizon d'attente qui nous conduisait à une scène d'enfer, orgiaque et cruelle est déçu, bien que l'inquiétude face partie inhérente du texte. Nous en constatons l'aspect absurde, symbolique, et baroque. Nous avons remarqué que pour surprendre la curiosité du lecteur, l'auteur souvent joue sur la déception de l'horizon d'attente généré par des topi.

De façon plus vaste, Nous pouvons nous interroger sur la question de savoir dans quelle mesure pouvons nous rapprocher cette oeuvre du surréalisme qui prônait l'amour fou et l'omniprésence du rêve.  

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