correction du bac blanc, le personnage du 17 e a nos jours, commentaire de paul et virgine

  Nous sommes en présence d'un groupement de textes intitulé :" Le personnage de roman du XVII e à nos jours" et composé de quatre textes. Bernardin de Saint Pierre, auteur de Paul et Virginie, 1788, Alexandre Dumas, pour les Trois mousquetaires, 1844, Jean Paul Sartre , La Nausée, 1938, et Le Clezio, Désert. Nous voyons que ce groupement est diachronique, qu'il s'étend sur quatre siècles, et que notre étude, dans le cadre de l'horizon d'attente du titre s'appliquera â montrer les  évolutions du personnage le long de cette époque.

  I/Nous nous interrogerons premièrement, pour savoir quelles caractéristiques, chacun d'entre eux présente. Nous allons répondre à cette problématique dans un paragraphe organisé ou nous verrons dans un premier temps les ressemblances, ce qui fait le propre de tous ces personnages, puis nous verrons les différences.

 

(1)   Tous nos personnages ont en commun d'être au centre de la narration, c'est sur eux que se focalise le texte. Tous mènent une quête.

Les deux pléniers héros, dont le premier est issu du courant sensible, (héros dont la quête est exclusivement tournée vers l'amour) le second du courant romantique populaire ( roman à arrière plan historique , exceptionnel, au cœur de nombreuses actions) ont tous deux pour point commun un courage hors du commun, qui leur fait négliger leurs propres intérêts, leur cause primant avant tout. Les  deux dans ces excès apparaissent " sur dimensionnés" . L'arrière plan et historique pour le second, contemporain de l'époque d'écriture pour Paul.

L'alternance de narration et de discours rapporté fait ressortir les difficultés exogènes de la quête.

 

(2) Les deux héros du XX e siècle ne leur ressemblent pas, ils vivent une quête intérieure, un combat contre soi et contre le monde. Roquentin , héros existentialiste se bat contre la nausée qui le saisit face à sa vie, son subissement, sa main n'étant que l'expression de son incompréhension de plus en plus grande de ce qui l'entoure, perçu comme oppressif. C'est le héros philosophique, existentialiste. LAlla elle aussi vit un drame intérieur, elle lutte contre la douleur de l'exil, c'est le héros déraciné. Dans les deux cas l'aventure est purement intérieure.

Le monologue intérieur met en valeur la folie, la quête pour et contre soi et même si LAlla est narrée sur le mode du point de vue externe omniscient , nous sommes dans la pensée du personnage, en immersion, il n'y a d'action réelle dans aucun des deux textes du XX e

 

En conclusion : les héros du XVIII et du XIX sont les lointains héritiers des chevaliers , adaptés aux temps. Sensible et amoureux, mais malheureux pour Paul, courant après la gloire pour D'Artagnan, alors que les deux héros du XX sont deux héros ordinaires, que nous pouvons rencontrer tous les jours.

 

II /Nous allons nous interroger plus précisément, sur le cas de Roquentin et de D'Artagnan. Qui sont-ils ?  Sont-ils comparables?

(1)Nommé et innomé : la première différence qui nous frappe est que l'un existe et qu'il est nommé, c'est le célèbre D'Artagnan, l'autre n'est qu'un pronom symbolique "je"  .

(2)Le premier à une quête clairement identifiée, il est inscrit dans un groupe, il est inscrit  dans un société( celle du début du XVII ), alors que l'autre existe dans son propre univers mental, dans lequel sa main devient un personnage à part entière. Par ailleurs si on se fie au cogito de Descartes ( je pense donc je suis) Roquentin refusant de penser, refuse donc d'être, il y a effacement du personnage.

(3)L'un est un héros, l'autre un Anti héros. L'un est raconté de manière traditionnelle, l'autre au point de vue interne.

 

Conclusion, la perception du personnage à beaucoup évolué en trois siècles, il s'est en quelque sorte banalisé et concentré sur l'âme, sur la perception interne.

 

Commentaire composé du texte de Paul et Virginie

Nous sommes en présence d'un extrait de Paul et Virginie (P&V)de Bernardin de Saint Pierre écrivain du XVIII e siècle. (P&V)constitue la quatrième partie des études de la Nature publiées en 1788 "application des lois des études de la nature au bonheur de deux familles malheureuses" . Ami de J.J. Rousseau, BdeSP qui a beaucoup voyagé est comme lui un pré romantique, et partage avec lui la croyance en la perversion de la société et dans le mythe du "bon sauvage". (P&V)raconte l'histoire de deux héros éponymes élevés sur une Île idyllique dans la pureté, s'aimant d'un amour passionné, séparés par leurs parents et qui vont vivre un drame au moment de leurs retrouvailles.

Nous allons voir comme Bde SP met en scène ces retrouvailles. Dans une première partie nous verrons Paul, comme un homme héroïque, puis comment l'auteur parvient à insuffler le pathétique dans cette scène.

 

Le texte se décompose en trois parties, une sorte de sommaire, avant que Paul ne parvienne à se jeter au secours de sa belle, (1-5). les tentatives vaines qu'il met en œuvre, enfin l'apparition de Virginie ( 3 dernières lignes)

 

L'héroïsme du combat est soigneusement orchestré, il oppose un élément déchaîné et personnifié, à l'énergie vaine d'un homme.

la force de la mer s'impose d'emblée. Alors qu'il attend sur le rivage, Paul assisté au naufrage du vaisseau qui doit lui ramener Virginie. Les faits sont brutaux et accentués par les verbes d'action : "rompirent, jeté (2/3)  " . La mer interrompe la course du vaisseau et la perspective de retrouvailles. La réaction du jeune homme est instantanés, mais il est un première fois retenu par le vieil homme, qui le met en garde contre l'ennemie: le champ lexical de la mort en dit le danger (péril, meure, perte) La décision de Paul s'en trouve dramatisée et pose la mer comme une grave menace. Le danger est double, noyade et récifs à nu. Alors Bde SP personnifie l'élément, qui se jette avec " furie" (14/15), prenant la forme d'un monstre , lequel donnerait un caractère épique au texte, si ce n'était la disproportion des forces des deux antagonistes, et la vacuité évidente des efforts de Paul. L'image du monstre qui se joue du pauvre humain est une métaphore filée qui dramatise le texte, lui donnant des allures de tragédie puisque l'horizon d'attente se profile clairement comme mortel. Alors l'héroïsme, prend la forme d'un va et viens, dont les rythmes sont imposés par la mer, que subit complément le héros ( relevait, retournait, meurtri , noyé). L'image culminante étant le bateau broyé dans la gueule cruelle( horribles secousses). Ainsi en posant un adversaire de taille disproportionnée et impossible à vaincre, l'auteur renforce-t-il la nature héroïque des efforts de Paul.

 

Paul est impuissant dès son premier geste. Mais rien ne l'arrête. C'est d'abord le vieux qui le retient pour l'assurer à l'aide d'une corde, il devient alors fou. Son action impétueuse est désordonnée et alterne espoir et désespoir dont le champ lexical est très présent dans le texte (16) L'homme est comparé à un fétu, (énorme, soulevaient, rejetaient, bien loin) dont le seul résultat est la blessure multiple ( meurtri et noyé ). Enfin l'équipage se débande, les objets sont jetés dans l'eau,  créant un mouvement dans le sens de la côte, tandis que Paul s'agite dans le sens contraire. Virginie va apparaître, sa main lancée appelle une récompense à ces efforts héroïques.

 

Mais ce qui frappe surtout ici, ce sont les procédés mis en œuvre pour accentuer l'émotion ressentie par le lecteur, et le pathétique de la scène.

Les procédés narratifs sont variés, mais au premier rang, intervient celui du narrateur témoin qui fait vivre l'action par ses yeux, et qui transmet aussi ses émotions, amplifiant celles du lecteur. À ce titre les pronoms d'empathie, (on) englobent narrateur, lecteur et spectateurs, dans la même action. Il en va de même pour le "nous". Ce "nous" qui pousse un cri de douleur commun. nous sommes parties prenante dans la scène.

L'insertion du discours direct fait entendre la voix des actants de la scène. Enfin l'arrivée de Virginie est annoncée par le pronom d'empathie (on).

 

L'auteur utilise de nombreux outils dans la peinture de la douleur. Son champ lexical parcourt le texte, elle est aussi bien mentale que physique. Le corps de Paul est en sang, on s'attend à sa mort. D'ailleurs, son évanouissement préfigure sa mort possible ( repris l'usage de ses sens) .

Le champ lexical du péjoratif dramatise la narration ( irrégulier, furie, énormes voûtes d'eau, horrible ) et l'usage de l'adjectif "nouvelle" en anaphore ( furie nouvelle) marque un combat sans fin. L'espoir est sans cesse suivi du désespoir: il correspond à une dynamique " avant , arrière" qui semble le moteur du roman: ils s'aiment, on les sépare, ils se retrouve, la tempête la retient. Les temps de l'imparfait y contribuent, indiquant une action qui dure et qui se répète. L'apparente facilité de l'opération ( demi encablure, terres sèches,  ) est dénoncée par la mer monstre qui reprend sitôt donné maintenant les spectateurs en haleine.

Enfin, l'entrée en scène de Virginie, fortement dramatisée , le passé simple marque le changement d'action, et on passe "d'objets " à Virginie, elle prend vie, de subissant à actant.

 

Les procédés du pathos jouant donc sur la disproportion des forces, l'aspect inévitable de la fin funeste préfigurée par la mer monstre et l'homme impuissant, le point de vue du lecteur, les focalisations par l'oeil du narrateur.

 

Nous voyons que le héros sensible est à la fois l'héritier du chevalier par le courage et l'héroïsme , du héros précieux, par la force sans pareille de son amour, mais qu'il est aussi le précurseur du héros romantique : seul au sein d'une nature tourmentée, poussé par un destin contraire, isolé de la foule, et malheureux. Du siècle des Lumières, il a pris le courage de l'homme qui se bat pour sortir de sa condition, pour obtenir une femme d'un autre milieu que le sien.

Son aventure est autant intérieure, par la violence de son amour, qu'extérieure, puisqu'il affronte le monde, et les éléments.

 

En conclusion,nous avons procédé à la lecture organisée de cet extrait mettant en scène la mort de Virginie, nous avons vu qu'elle met en valeur les actes du héros sensible, et que ce type de héros préfigure le romantisme. Nous pouvons nous demander si le héros moderne n'est pas l'inversion du rapport actions, pathétique, au profit du second postulat.

 

Dissertation

 

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