Don Juan, commentaire composé,JP

 

1°S2

 

Commentaire Composé

« Le plus bel amour de Don Juan »

 

 

 

            Le texte étudié est un extrait de « Le plus bel amour de Don Juan », une nouvelle faisant partie du recueil « Les Diaboliques », écrit par Jules Barbey d’Aurevilly en 1871. Il est donc lié aux courants du Romantisme noir et de la Décadence.

Dans ce passage, le comte de Ravila de Ravilès, un séducteur vieillissant, se voit inviter par douze de ses anciennes conquêtes à un dîner en son honneur et la description en est faite.

Nous pouvons donc nous demander si ce dîner le glorifie réellement ou s’il ne cache pas une réalité bien plus violente.

Pour cela nous étudierons d’abord ce que représentait ce séducteur en puissance, puis la déchéance de sa réalité et enfin la véritable signification de ce dîner.

 

            Lorsqu’il est question de séduction, à quel esprit ne vient-il pas le nom de Don Juan, le séducteur par excellence ?

Et en effet, ne serait-ce que par le titre de cette nouvelle, il est évident que derrière le comte de Ravila de Ravilès plane l’ombre de Don Juan. Le titre n’est pas tout, l’anaphore poétique que constitue une double occurrence du terme « nom » dans « un nom providentiel »(l.1) et « nom impérieux »(l.3) appuie également sur le parallèle fait.

De Don Juan on connaît surtout sa beauté, et le comte n’échappe pas à cet état de fait. Ainsi les passages « beau jusqu’à sa dernière heure »(l.18), « beauté particulière à la race Juan »(l.19) et l’assyndète présente dans « C’était la vrai beauté…juanesque enfin ; »(l.23-24), ne laisse aucune ambiguïté sur la chose. La comparaison avec Faust « un pacte avec le diable »(l.25), et l’accentuation portée sur le cotée divin de cette beauté « Dieu »(l.26),« ce front divin »(l.28) met en avant cette beauté en posant le doute de la nature divine ou diabolique de celle-ci.

Mais que serait la beauté si elle n’était pas correctement utilisée ? Si la beauté de Don Juan est connue c’est parce qu’il l’a utilisée avec ses talents de séduction. On retrouve cet aspect chez le comte avec des renvois à de grands séducteurs « incarnation de tous les séducteurs…dans l’histoire »(l.3-4)  comme Don Juan lui-même « Don Juan, à coup sûr ce devait être lui ! »(l.11), l’origine de ce mythe « Alcibiade »(l.14) ou un dandy contemporain de l’auteur « d’Orsay »(l.16).

Enfin, tout comme le mythe qui se termine par une fin tragique lors d’un dîner, celui-ci sonne le glas de l’âge d’or du comte. En effet le « terrible souper »(l.38) et « le froid Commandeur de marbre blanc »(l.38) y font référence et annoncent, comme pour Don Juan frappé d’une mort violente lors d’un dîner, une fin tout aussi tragique si ce n’est plus.

Mais si mythe il y a c’est au passé qu’il faut en parler, car entre le mythe et la réalité se dresse un terrible fossé.

 

            Cette tragédie finale prend place dans une réalité cruelle qui ne montre de la gloire passé seulement quelques vestiges péniblement conservés.

En effet, le comte est humain et mythe ou non, rien n’arrête le temps dont il doit subir les assauts. Ainsi la tragique réalité qui se cache derrière le mythe n’est autre que l’inéluctabilité de la vieillesse qui le transforme peu à peu en « vieux beau ».  Cette révélation est permise grâce à l’utilisation répétée tout au long du texte des temps du passé qui nous renvois à une période lointaine et à un sentiment de regret. Plus concrètement la description de la prosopographie du personnage « cinquante ans »(l.14),« Seulement, Dieu…rayer ce front. »(l.26-28), « cheveux blancs »(l.30), « enfer de la vieillesse »(l.39-40) ou bien la métaphore filée « invasion prochaine…Empire »(l.31-32) mettent en avant la décadence du personnage.

Mais plus que la vieillesse c’est la disparition de la séduction accompagnée de nostalgie qui donne le coup de grâce. Ainsi l’emploi des termes « dans ce temps »(l.9), « rappeler »(l.10), « mélancolie »(l.35), mot clé du texte qui définit l’atmosphère du souper, basée sur « le souvenir…presque le désespoir »(l.50) et les femmes qui « regardaient…à ce front »(l.36-37), renvois continuellement au passé et montre l’impact moral que le temps a sur les protagonistes.

Le fait qu’il dîne lui-même avec des femmes est une déchéance puisqu’il s’agit là d’un caprice de ces dernières. Ce souper qui d’ailleurs est basé sur le souvenir, est « un chef d’œuvre…original des soupers »(l.45-48). Cette assyndète montre le caractère précieux du souper et le met en parallèle avec le mariage de Mme de Lozin raconté par Mme de Sévigny, faisant ainsi une prolepse d’une décadence certaine.

Mais ce repas est plus que cela puisqu’il sonne le glas du comte en tant que Don Juan et apporte la réponse de l’auteur par rapport à ce mythe.

 

Le souper est le dernier repas d’une journée, ici il est le dernier repas d’un mythe et l’annonciateur d’une fin funeste.

Le repas en lui-même est une parodie de la cène, ils sont treize à table et on ne sait pas vraiment si le comte tient le rôle de Juda ou du Christ avant son exécution. Car ce repas est une exécution. En effet, en invitant le comte à ce souper et à confier des histoires du passé, ces Diaboliques invitent le comte à monter sur l’échafaud et à sceller son sort de lui-même.

La relation au mythe de Don Juan « terrible souper »(l.39), « froid Commandeur de marbre blanc »(l.39) fait également la prolepse d’une fin tragique. En effet, dans le mythe Don Juan est frappé par une mort violente. Mais ici le repas ne signifie pas la fin d’une vie, mais la fin d’une époque pour le comte et c’est dans celui-ci que l’auteur apportera une réponse au mythe bien plus terrible que la mort de l’original.

Ainsi ce repas est « amer et suprême »(l.42-43) et également basé sur « le souvenir, c’était le regret…pour qu’il en fût à jamais ! », de ce fait ce repas se déroule dans un passé lointain et est chargé de souvenirs, de désespoir, et de mélancolie. Il montre toute la décadence du comte et sa fin tragique dans la vieillesse et une vie tournée vers la passé. Ce repas est le dernier sursaut d’une jeunesse envolée, mais est une flamme teintée de regrets et de nostalgie.

Ce repas est le dernier acte qui clos la gloire passée du comte et sonne son glas.

 

Ce dîner organisé par les Diaboliques, est en apparence en l’honneur du grand séducteur que représente le comte de Ravila de Ravilès, mais il est loin de le glorifier. La vérité est tout autre, en effet ce repas met en évidence l’écoulement du temps sur les êtres et signe la mort d’un Juan. Cependant, à la différence de son homologue qui meurt violemment, le comte subit un sort bien plus terrible qui est la perte de sa séduction et une vie tournée vers le passé et qui fuit la douleur de la vieillesse, une vieillesse qu’il n’a pas pu séduire. L’auteur a ainsi montrer comme dans beaucoup de ces nouvelles, la plus pure décadence d’un être. Mais la vieillesse peut-elle seulement être une décadence ?

 

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