Incipit de" la Peste "Camus

 

 

Support : La Peste d’Albert Camus

1ère 4ème de couverture et incipit

Support 2 : livre de français p 300

Objectifs :

 Questionner l’horizon d’attente de l’incipit, en définir les spécificités,

outils du questionnement et du roman.

 

 PB : quels outils sont mis en œuvre par Camus pour nous persuader d’être des résistants ?

PB 2 : quels moyens sont mis ici pour commencer l’œuvre dans une problématique de l’absurde ?

 

A)    Rappels généraux concernant l’évolution du personnage romanesque et des courants littéraires du 19ème au 20ème siècle. — L’absurde : l’absurdité est une privation de sens, c’est quelque chose qui ne veut rien dire. Provient du mot sourd.

B)     Rappel de l’évolution des courants du Romantisme à l’Absurde, c’est le romantisme qui ouvre le 19ème siècle. Ce courant littéraire né chez les nobles catholiques émigrés et  prône la solitude, la tristesse. La consolation dans une nature tourmentée, s’exprime la plupart du temps à la première personne du singulier « je » et  est enfin marquée par l’adoration ou la détestation de Napoléon ; influence d’une personne au destin extraordinaire et individuel. En 1850 en raison de la chute de l’Empire, les changements sociétaux, certains écrivains vont chercher un effet de mimésis (imitation) de la société contemporaine. Ils vont donc s’éloigner du romantisme pour le réalisme, les principaux auteurs de ce courant sont Balzac et Stendhal. La volonté est de représenter la société dans toutes ses couches et dans la vérité. Cet élan : personnage plus populaire, action plus triviale, défauts plus marqués. Cette volonté de réalisme est jugée insuffisante par les successeurs qui vont théoriser les règles, d’un courant littéraire poussant le réalisme à son extrême : recherches scientifiques préalables, croyance dans l’influence des milieux, refus de la psychologie, croyance en l’influence de la génétique. Il faut attendre la fin de la guerre de 1939-1945 pour qu’un nouveau courant littéraire émerge en matière de roman, et il est né directement de la réaction du monde face à 2 horreurs ; — découvertes des camps de concentration — bombe atomique. Le langage à été incapable de maintenir ni la paix, ni même la logique de la vie humaine, leur but est de dénoncer le dérisoire de la condition humaine.

C)   La comparaison de la couverture de 3 éditions successive nous montre l’évolution de la perception de l’œuvre à travers le temps, d’abord clairement absurde. La première braque clairement les spectateurs sur la ville Afrique du nord, sans insister cependant sur le symbole. Camus est né en 1913, il obtient le prix Nobel de littérature en 1957 et s’est fait connaître comme auteur, philosophe, dramaturge, il à aussi acquis le prestige du résistant => donne à sa parole une valeur exemplaire.

La peste est à lire sur trois points différents ; d’abord d’un point de vue historique => quelque chose qui s’est vraiment passé, puis d’un point de vue métaphorique, la peste comme invasion d’une idéologie nauséabonde, enfin comme un complément à l’œuvre de Camus sur l’absurde.

 

Lecture analytique de l’incipit

 

 La litote qui propose « curieux événements » à la place de « penderie mortelle » surprend le lecteur qui connaît le titre => cela indiquerait qu’il ne s’est rien passé de vraiment grave.

La litote dure tout le long du premier paragraphe puisque l’auteur parle d’événements qui n’étaient pas à leurs places, puis définît Oran comme un lieu administratif ce qui est objectif et incontestable. Dès l’instant ou une description est créatrice elle met au monde une entité supplémentaire qui va être interrogée comme une progression de la volonté » de l’auteur, et donc qui va avoir un but. Le « on » que l’on trouve à la 6 ème ligne a une grande importance, car il a pour but de transformer ce qui pourrait être un récit et un discours, il identifie un narrateur présent dans le texte et qui fait partie de l’histoire. Le mécanisme d’extraction portant sur le mot « différente » porte attention. La question rhétorique a deux effets : — elle contient sa réponse, et n’en attend pas d’autre ? — elle entraîne une succession de privatifs « sans pigeons » et « sans argent », « ni froissement », « ni battements d’ailes ».

S’agit-il d’un lieu mort, neutre, ou d’une enclave, un lieu hors du temps ?. On ne perçoit pas les changements. Le successeur rapide des saisons systématique peut se caractériser par les éléments négatifs « boue » « incendie » « cendre » => présente un lieu hostile. Il ne va pas montrer les lieux touristiques, il prétend que la connaissance d’une ville en passe par l’examen du travail, de l’amour, de la mort, or ces activités étant  exercées sans discrimination et de manière frénétique, elle illustrent  l’absurdité humaine. Sachant que le titre du livre est « la peste » est mortelle => horizon d’attente du lecteur sera donc la découverte d’Oran par la mort. Or le narrateur nous dit que tout se fait ensemble du même air frénétique et absent. Le mot post posé de la phrase, le mot absent, « ils font l’amour et meurent frénétiquement ». Caractéristique principale de l’être absurde, reconduir jour après jour les mêmes gestes. L’habitude est l’outil principal de l’homme absurde, et nous avons découvrir quelles habitudes sont cher aux ornés. Ils travaillent pour s’enrichir.

Opposition des joies : « simple » qui semblent peu coûteuse et la frénésie au travail, montre qu’il n’y à pas de finalité à ces affaires ; on fait des affaires pour faire des affaires ; d’ou l’absurdité.

L’ensemble de leur vie fait l’objet d’un rituel calé sur des jours et des heures précises ; « samedi soir », « dimanche ».. => ritualisé.

Vision d’une humanité mécanique, d’une agitation de marionnette, et d’une forme d’inhumanité.

On note la répétition de ce « ils collectif, et les quelques soubresauts.soubresaut lié au désir sont dérisoire

lecture analytique et axes de commentaire 

La description naturaliste a une spécificité, elle est dite signifiante, c’est-à-dire qu’au-delà de ce qu’elle décrit, elle donne des informations d’interprétation de sens qui montrent que les lieux influencent les gens et leur ressemblent. Décrire les lieux, c’est décrire les gens. L’auteur, dès la 3e L nous dit de suite que les lieux n’auraient pas dû être l’endroit où ce sont déroulés les faits et qu’il y avait donc contradiction entre les uns et l’autre. Dès la 1ère L, l’auteur fait référence a des événements censés être connus par le lecteur puisqu’il utilise l’article défini "les" pour les annoncer. Sachant que le livre s’appelle "La Peste", nous comprenons que les événements sont cette épidémie, ce qui nous amène à nous surprendre car une pandémie, d’une gravité aussi importante que la peste mérite une autre anaphore. On a une litote pour "curieux événements" en lieu et place de pandémie. Le mot "chronique" signifie récit d’événements vécus, souvent a référence historique. Nous sommes surpris par le choix effectué par le chroniqueur qui focalise dans un 1er temps, et avec insistance sur le lieu. Rappelons que Camus est un blanc pauvre d’Algérie française à l’époque de la colonisation.

 

Le texte s’ouvre sur un article défini inattendu "les" qui crée avec le lecteur un semblant de connivence, comme si lui même avait participé à ces curieux événements. Nous nous interrogeons sur l’absence du dernier chiffre contenu du fait que la peste s’est vraiment passée en 1945 à Oran et que l’auteur s’annonce comme un chroniqueur.

Avec la date, on est dans le récit vrai alors que sans la date, le livre devient un apologue*.

Apologue* = récit dont on tire une morale. Ex : Les fables de La Fontaine.

En nous privant de cette date, Camus nous donne une indication de lecture. 

La 2e information est que parmi les événements non maîtrisables, la pandémie est tout de même au sommet. Or, selon l’auteur, cette épidémie n’aurait pas dû survenir dans cet endroit car Oran est une ville ordinaire. (Donc une ville absurde et dans une ville absurde, tout est routine). Le mot "ordinaire" est répété deux fois sur deux L consécutives ce qui montre bien l’importance de cette information pour l’auteur, et pour nous confirmer l’importance que cette information a sur lui les premiers renseignements sont de nature totalement objectives : Préfecture française de la cote algérienne.

Le 2e paragraphe qui s’ouvre par "cité" contient une incise (phrase courte, insérée dans la phrase entre deux virgules) : "on doit l’avouer", 

Celle-ci contient un élément extrêmement important qui change le genre du texte, c’est le "on" qui transforme le récit en discours et qui nous indique que le chroniqueur a vécu cette peste. L’aveu, de façon générale, contient un sens de faute, qui est ici la laideur de la cité, elle fera l’objet de tout ce paragraphe et ce d’autant qu’il faut du temps pour la découvrir, l’auteur nous le dit à la 2e L du 2e paragraphe. La question rhétorique, est une question qui contient sa propre réponse et que n’a d’autre but de réveiller l’attention du lecteur. La question porte sur la difficulté d’écrire la raison de la spécificité de cette ville. Celle-ci résidant dans son caractère désertique que l’auteur met en valeur par les accumulations, l’usage abondant des privatifs "ni" "sans", anaphores poétiques qui scandent une absence complète de vie. On peut s’interroger sur l’adjectif "neutre" dans un pareil environnement. 

Jusqu’à la fin du paragraphe, l’auteur va évoquer la physionomie de l’endroit au cours des 4 saisons, le point commun de ces dernières est que quelle que soit la saison, la champ lexicale est celui de la mort. Cette phrase qui ouvre le 3e paragraphe semble sortie d’un guide touristique mais le lecteur est surpris par la triple anaphore de comment est ce qui suit, comment travailler, aimer, mourir. Et sur le même plan, s’agit-il ici d’éléments qui vont nous permettre de détecter l’absurdité, en effet c’est le cas, car l’auteur nous annonce que les Oranais travaillent, aiment et meurent en même temps. Cela se fait de manière "frénétique" et "absente", ces adjectifs sont les prémices de la définition de l’absurde et de la mise en place d’un univers mécanique et sans âme. Cette phrase explicative nous montre l’importance des mots "frénétique" et "absent", la frénésie = l’ennuie, l’absence = l’habitude. Voila la définition de l’homme absurde, c’est l’homme qui vit par habitude qui est là jouet de sa vie et qui ne l’a vit pas. C’est Sisyphe traînant son rocher, sans conscience de le traîner et qui enchaîne les pas et les jours. 

Nous avons bien, dès l’incipit, la mise en place d’une problématique absurde, Oran est une ville pour être absurde. Les oranais ont pour but de travailler afin de gagner de l’argent même s’ils n’en n’ont pas besoin pour leurs loisirs (femmes, cinéma, plage). L’insistance sur cette simplicité est faite par l’adverbe "naturellement" et l’adjectif "simple". "Mais" le connecteur adversatif, va poser une existence réglée par des jours et des heures. On y voit aucune joie, "réservé des plaisirs", aucune agitation, aucun empressement mais une morne de succession d’événements ordinaires, "ils se promènent sur les boulevards ou sur leur balcon".

Il y a une usure de la vitalité des jeunes, elle se caractérise par des désirs violents et brefs mais plus âgés, ils vont jouer à la pétanque et aux cartes, cet argent frénétiquement gagné est perdu absurdement puisqu’ils jouent aux cartes. L’explication s’arrête a "ainsi" 2e L du paragraphe de la P12. Cette phrase est extrêmement importante car elle va permettre de passer d’Oran à la généralité et va confirmer le caractère apologétique de l’œuvre, nous sommes bien dans une œuvre argumentative dont l’ambition va plus loin que de dénoncer l’absurdité des Oranais.

 

Commentaire La Peste de Camus

 

Quels renseignements pouvons nous tirer de cet incipit ?

 

I) incipit suspensif se déroulant a Oran

A. Oran, où, comment ?

B. Les gens, qui, ils font quoi ?

II) une ville absurde pour des gens absurdes

A. Une ville sans âme caractérisée par son aspect ordinaire (plus qu’ordinaire : neutre)

B. Des gens prisonniers de leurs habitudes et de leurs absences (mécaniques, marionnettes)

III) un incipit de roman contemporain : un univers ordinaire pour des êtres absurdes au sens philosophique du terme

A. Une banalisation volontaire et inhabituelle pour ouvrir un roman ( peut rebuter)

B. La fonction séductrice attendue normalement dans un incipit est ici complètement remplacée par l’insertion subtile de l’absurde

C. Un texte argumentatif contre un mode de vie vu au travers du prisme de la philosophie

 

Conclusion : Nous nous sommes demandé comment Camus ouvrait son roman, nous avons vu qu’il se contentait d’une description d’Oran, incipit suspensif qui dégage une notion philosophique, celle de l’absurde. Nous avons vu aussi que cet incipit confirme son caractère argumentatif, nous pouvons nous demander si, dans les conditions d’écriture de Camus our cette oeuvre, s’il pouvait en être autrement.

 

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