Lambeaux, Juliet, commentaire

 Un homme doux, bourru, méditatif, aux yeux bleu pâle, bons et malicieux, cerclés de petites lunettes rondes. Avec une ample barbe grise, une épaisse tignasse blanche, aux longues mèches rebelles, qui lui tombent sur le front, et qu’à tout moment, d’un geste machinal, il repousse en arrière. Il te paraît ineffablement vieux. Les matins d’hiver, il prend sa chaise et vient s’installer près du poêle. Aussitôt vous l’imitez, vous disposant en cercle, genoux contre genoux. Le poêle ronfle, le bois qui brûle sent bon, tu peux voir par la fenêtre les fines branches nues des bouleaux osciller dans le vent, et tu t’abandonnes à cette quiétude, t’enivres du bien-être qui naît de cette chaleur et cette intimité. Il s’exprime avec lenteur, d’une voix grave et basse, attentif à ce qu’il lit sur vos visages. Tu l’écoutes avec une concentration si totale que ses paroles se gravent dans ta mémoire, et que la leçon qu’il fait, tu n’auras pas à l’apprendre. Combien tu aimes l’école ! Chaque fois que tu pousses la petite porte de fer et t’avances dans la cour, tu pénètres dans un monde autre, deviens une autre petite fille, et instantanément, tu oublies tout du village et de la ferme. Ce qui constitue ton univers – le maître, les cahiers et les livres, le tableau noir, l’odeur de la craie, les cartes de géographie, ton plumier et ton cartable, cette blouse noire trop longue que tu ne portes que les jours de classe – tu le vénères. Et la veille des grandes vacances, alors que les autres, au comble de l’excitation, crient, chantent et chahutent, tu quittes l’école en pleurant. Les deux dernières années, quand venait ton tour d’être interrogée, il renonçait à vérifier si tu savais ta leçon, t’attribuait d’office la meilleure note. Ton sérieux, ta maturité et ta soif d’apprendre l’avaient impressionné, et bien qu’il ne t’eût jamais rien dit de ce qu’il pensait de toi, tu sentais qu’il te voyait comme un petit phénomène et te tenait en particulière estime. Un jour, bien plus tard, alors que prise de nostalgie, tu revivais les heures avides et enchantées que tu avais connues là, dans cette petite salle de classe, à littéralement boire ses paroles, tu oses t’avouer que tu avais fini par le considérer comme un père. Un père que tu as aimé ainsi qu’on aime à cet âge, d’un amour entier, violent, absolu. La veille des vacances, tu quittais l’école en pleurant, moquée par tes camarades. Mais prisonnière de ton chagrin, tu avançais parmi eux en aveugle, hébétée, ne percevant rien de ce qui t’entourait.

Charles Juliet, Lambeaux

 

Séance 3 : Lambeaux de Charles Juliet

 

Objectif : -Analyser les situations d'apprentissage dans la littérature

                 -Maîtriser le commentaire composé

 

Problématique : Nous allons nous interroger pour savoir comment l'auteur s’y prend pour parvenir a faire son propre portrait au travers d'une situation d'apprentissage.

 

Rappel méthodologique : Je dois commencer par savoir si il s'agit d'un récit ou d'un discours , puis je décompose mon texte en sous-partie regroupant les unités de sens.

 

A) Texte et contexte

 

Charles Juliet est né en 1934 en France. Alors qu'il avait sept mois sa mère est internée pour dépression dans un asile psychiatrique.

Charles Juliet ne fait pas partie des auteurs que l'on peut placer dans un courant littéraire particulier, mais il nous intéresse parce que ces écrits nous apportent le témoignage de ce qu'il fut un des crimes de la guerre qu'on a méconnu. En effet placé dans l'optique d'une sélection par l’eugénisme  Hitler a pratiqué ce qu'on appelé  "l'extermination douce" c'est a dire la mise a mort de toute la population  des asiles et des maisons de fou où  la mère de l'auteur internée suite a une dépression nerveuse mourra de faim dans des conditions épouvantables.

Lui même sera adopté par une famille genevoise et il éprouva pour sa mère adoptive un amour immense.

Lambeaux est un roman biographique et autobiographique dans lequel il rend hommage a Ses deux mères. La première partie est la biographie de sa mère.

 

Nous allons voir dans ce texte comment par la narration d'une situation d'apprentissage et par le portrait qu'il dresse de sa mère l'auteur parvient à nous donner un portrait de lui même.

C'est l'ethos interne du discours que nous allons tenter de mettre en valeur dans l'étude de ce texte en nous posant les questions suivantes :

- Quelle situation d'apprentissage nous est décrite ?

- De quelle nature est le maître qui nous est présenté ?

- Que devine-t-on de l'auteur ?

 

AXE 1 : Une situation d'apprentissage : Le maître et la classe

 

1) Portrait du maître

2) Description de la classe

3) Univers de l'école



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