Paul Scarron, Le Roman Comique, incipit

Paul Scarron, Le Roman Comique

notes de cours

 

Paul Scarron est un auteur du XVII siècle, dont l'oeuvre a connu la notoriété sous le règne de Louis XIII. Le courant baroque qui est caractérisé par un style copieux ( la copia) et ornementé, la présence d'une spiritualité dominée par  la présence de la mort et le mouvement. Pour sa part, très influcencé par le Satyricon de Petrone et refusant la tendance du roman précieux, ou axé sur une noblesse dominante, il va proposer un roman populaire inachevé, où des personnages pittoresques populaires sont au coeur du récit. Notre texte est l'incipit du roman, il nous indique en quel lieu ( la Halle du Mans) une charrette de ce qui ressemble à des comédiens arrive.

 

Nous allons nous demander quels éléments sont mis en oeuvre par Scarron pour introduire un effet de réel.

 

Pour cela nous verrons dans une première partie quelles informations sont données par cet incipit, puis

II/ une volonté de réalité qui passe par le pittoresque et la minutie et enfin une entrée théâtrale

Informations données par l'incipit :

a/ Les lieux : 

 

Un soleil posé comme un décor, l1/7

Des éléments d'informations précis, lieu et temps: l7/9 (Halle du Mans, Cinq ou six)

 

b/Les personnages :

Les deux premiers, sur la charrette, une femme et un homme aux vêtements étranges, dont on découvre le nom en ligne 40 a 55

puis les habitants du Mans, rassemblés autour de la charrette (fin du texte)

c/ L'action :

l'incipit est suspensif, il n'y a pas d'action hors mis l'arrivée de la charrette, dont on ignore de qui il s'agit de comédiens, en dehors du chapeau. 

 

 

II/ Une volonté de réalité qui passe par le pittoresque et la minutie

a/ Refus du style précieux et amphigourique

 

Les sept premières lignes parodient le style précieux, puis sont dénoncées par le narrateur lui-même dans un aparté malicieux. (7/9) Les métaphores qui ouvrent le texte disparaissent, la langue a fonction référentielle, et plus du tout poétique.

Le style va ensuite appartenir au registre courant ("on l'eut pris pour une grosse tortue) 

les irruptions souriantes de l'auteur ( l 7 et l 32, dans un premier temps pour livrer une traduction plus "vraie" et dans un second temps pour justifier d'une comparaison (celle de la tortue) posent un auteur seul maître à bord qui entend jouer avec ses propres règles. Puis enfin par "retournons à notre caravane)

Dès la septieme ligne, le romancier impose la problématique de son roman : imposer la représentation du réel contre son idéalisation

 

b/ Une précision pittoresque

 

De la ligne 14/28 c'est la description d'un seul personnage, qui est le sujet, le soin dans les détails étranges nous montre l'originalité et la pauvreté

champ lexical de l'originalité (bonnet de nuit, entortillé, jarretières, turban ébauché etc)

la marginalité du personnage vient de la pauvreté de son accoutrement et du fait qu'il est en possession de biens manifestement volés

(L 14 pauvres d'habits, petite guerrel 20) 

le portrait du comédien emprunte à un courant de peinture réaliste. Le tableau s'attache à la REALIA (réalités) telles que boeufs, animaux, objets ordinaires, habits, costumes et poses

il y a profusion de détails qui donnent vie au tableau, ce qu'on nomme L'Hypotypose, véritable volonté de créer le réel.

 

c/ une grande variété de personnages populaires

les décalages triviaux mettent en valeur la réalité prosaïque, plutôt qu'un costume pompeux et riche, comme dans le roman précieux, le Destin est vêtu pauvrement. Son habit est constitué de substitutions ( bonnet comme chapeau, courroie comme ceinture), ce qui frappe c'est que c'est un ensemble d'objets de la vie ordinaire.

La femme sur le charriot, l13, puis le personnage masqué, enfin les habitants (des bourgeois, la canaille, bourgmestres, prévot)

on apprend le nom des personnages ( Destin, Rancune, qui sont à la fois des allégories et des pers de théâtre, la Caverne, humour grivois), et ceux qui regardent, sont à leur tour vus (autorité de magistrat, se gonflent d'importance) avec leur ridicule.

 

Bien que comportant des aspects baroques, notamment dans la description foisonnante, son lien avec le texte du Satyricon, augure de l'inspiration du classicisme, 

 

III/ Une entrée théâtrale

 

a/ Une entrée en roman comme une entrée en théâtre avec des personnages fortement caractérisés

 

Le décor est posé, puis les personnages très typés, avec des costumes clairement reconnaissables, enfin un début d'action. Les couleurs du soleil couchant comme une toile ( l 1/7)

 

b/ des personnages de comédie

Matamore, ( épéel24) Vieillard (courbé comme une tortue l 31) soubrette sans vertu (la Caverne, l 50)

 

c/ une scène de comédie

Il y a une mise en abîme, du théâtre dans le théâtre, le monde est un théâtre, la variété des conditions sociales y contribue.

 

 

 

Ainsi pour répondre à la problématique, Scarron a créé le sentiment de vérité en donnant vie à un incipit qui dénonce le roman précieux, qui donne vie à des personnages qui ne sont ni nobles ni précieux et en donnant à voir des comédiens, représentant le monde.

Pour dire la vérité, l'auteur a choisi le théâtre, art plus populaire à l'époque, en raison des comédies de la commedia dell'arte, des farces issues du Moyen Âge. Un incipit qui ne remplit pas vraiment sa fonction, puisqu'il est totalement suspensif et se montre donc avare d'informations, bien que très avare de détails

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