Jean Jacques Rousseau, l'Emile, lecture analytique commentaire composé

Emile ou De l éducation, Jean Jacques Rousseau,1762

Hommes, soyez humains, c est votre premier devoir : soyez-le pour tous les états, pour tous les âges, pour tout ce qui n est pas étranger à l homme. Quelle sagesse y a-t-il pour vous hors de l humanité ? Aimez l enfance ; favorisez ses jeux, ses plaisirs, son aimable instinct. Qui de vous n a pas regretté quelquefois cet âge où le rire est toujours sur ces lèvres, & où l âme est toujours en paix ? Pourquoi voulez-vous ôter à ces petits innocents la jouissance d un temps si court : qui leur échappe, & dun bien si précieux dont ils ne sauraient abuser? Pourquoi voulez-vous remplir d amertume & de douleurs ces premiers ans si rapides, qui ne reviendront pas plus pour eux qu ils ne peuvent re venir pour vous ? Pères, savez-vous le moment où la mort attend vos enfans ? Ne vous préparez pas des regrets en leur ôtant le peu d instants que la nature leur donne : aussitôt qu ils peuvent sentir le plaisir d être, faites qu ils en jouissent ; faites qu à quelque heure que Dieu les appelle, ils ne meurent point sans avoir goûté la vie.

Que de voix vont s élever contre moi ! J entends de loin les clameurs de cette fausse sagesse qui nous jette incessamment hors de nous, qui compte toujours le présent pour rien, &, poursuivant sans relâche un avenir qui fuit à mesure qu on avance, à force de nous transporter où nous ne sommes pas, nous transporte où nous ne serons jamais.

C est, me répondez-vous, le temps de corriger les mauvaises inclinations de l homme ; c est dans lâge de lenfance, où les peines sont le moins sensibles, quil faut les multiplier, pour les épargner dans l âge de raison. Mais qui vous dit que tout cet arrangement est à votre disposition, & que toutes ces belles instructions dont vous accablez le faible esprit d un enfant ne lui seront pas un jour plus pernicieuses qu utiles ? Qui vous assure que vous épargnezquelque chose par les chagrins que vous lui prodiguez ? Pourquoi lui donnez-vous plus de maux que son état n en comporte, sans être sûr que ces maux présents sont à la décharge de l avenir ? Et comment me prouverez-vous que ces ma penchants dont vous prétendez le guérir ne lui viennent pas de vos soins mal entendus, bien plus que de la nature ? Malheureuse prévoyance, qui rend un être actuellement misérable, sur l espoir bien ou mal fondé de le rendre heureux un jour ! Que ci ces raisonneurs vulgaires confondent la licence avec la liberté, & l enfant qu on rend heureux avec l enfant qu on gâte, apprenons-leur à les distinguer.

Pour ne point courir après des chimères, n oublions pas ce qui convient à notre condition. L humanité a sa place dans l ordre des choses ; l enfance a la sienne dans l ordre de la vie humaine : il faut considérer l homme dans l homme, et l enfant dans l enfant. Assigner à chacun sa place & l y fixer, ordonner les passions humaines selon la constitution de l homme, est tout ce que nous pouvons faire pour son bien-être. Le reste dépend de causes étrangères qui ne sont point en notre pouvoir.

Nous ne savons ce que c est que bonheur ou malheur absolu. Tout est mêlé dans cette vie ; on n y goûte aucun sentiment pur, on n y reste pas deux moments dans le même état. Les affections de nos âmes, ainsi que les modifications de nos corps, sont dans un flux continuel. Le bien & le mal nous sont communs à tous, mais en différentes mesures. Le plus heureux est celui qui souffre le moins de peines ; le plus misérable est celui qui sent le moins de plaisirs. Toujours plus de souffrances que de jouissances : voilà la différence commune à tous. La félicité de l homme ici-bas n est donc qu un état négatif ; on doit la mesurer par la moindre quantité de maux qu il souffre.

Tout sentiment de peine est inséparable du désir de s en délivrer ; toute idée de plaisir est inséparable du désir d en jouir ; tout désir suppose privation, & toutes les privations qu on sent sont pénibles ; c est donc dans la disproportion de nos désirs et de nos facultés que consiste notre misère. Un être sensible dont les facultés égaleraient les désirs seroit un être absolument heureux.

En quoi donc consiste la sagesse humaine ou la route du vrai bonheur? Ce nest pas précisément à diminuer nos désirs ; car, s ils étaient au-dessous de notre puissance, une partie de nos facultés resteroit oisive, & nous ne jouirions pas de tout notre être. Ce n est pas non plus à étendre nos facultés, car si nos désirs sétendaient à la fois en plus grand rapport, nous nen deviendrions que plus misérables : mais c est à diminuer l excès des désirs sur les facultés, & à mettre en égalité parfaite la puissance & la volonté. C est alors seulement que, toutes les forces étant en action, l âme cependant restera paisible, & que l homme se trouvera bien ordonne.

 

Séance 4: Support: Jean-Jacques Rousseau: Émile ou de l'éducation

 

 

Objectifs:

 

- Rapports maître et apprenant(suite)

-L'essai

-Évolution de l'enfant a travers les siècles

-Le siècle des philosophes: siècle des Lumières

 

 

 

A. Texte & Contexte

 

  1. Les philosophes

 

Rousseau est né en 1712 et est mort en 1778, soit 11 ans avant la Révolution Française. C'est a des hommes comme lui qu'on doit:

  • le réveil de l'esprit libertaire

  • une réflexion de fond sur la Constitution

  • la naissance de l'autobiographie telle que connue actuellement

  • les précurseurs du romantisme

  • contribution a l'Encyclopédie

 

Il est l'auteur d'un projet de Constitution pour la Corse publié en 1763.

Comme nous l'avons vu nous pouvons partager le 18eme siècle en 2 parties une partie axée sur la réflexion mais ne visant pas a remettre en cause l'ordre établi comme Marivaux. Et une partie ou au contraire se sont les fondements même de la société mis en question. Rousseau fait partie des auteurs de cette remise en question. Le texte fondamental du 18eme est l'Encyclopédie, livre qui a contribué a vulgarisé et diffusé des savoirs jusque la réservés a des individus spécialisés. Par ailleurs, sous couvert de définition de vocabulaire les auteurs de l'Encyclopédie comme Diderot, D' Alembert, Rousseau, Voltaire. C'est grâce a ses personnes qui on tout examiner a la lumière de la raison a la suite des théories de Descartes qu'on a appeler ce siècle, le siècles des Lumières.

 

2.Analyse de portrait de l'infante Velázquez

 

Ses portraits nous donnent beaucoup d'informations sur la façon dont on conservait l'enfant au 17eme. L'enfant est une réduction d'adulte, c'est un adulte plus ou moins rater qui parviendra avec le temps a la perfection. Nous voyons que les vêtements sont des vêtements de nains.

Contrairement aux portraits de l'infante, l'enfance est respectée comme une étape a part entière et non comme une réduction de l'age adulte a l'école romantique. On constate que les portraits accentuent la fragilité et l'abandon de l'enfance. Le corps n'est plus contraint dans des vêtements inadaptés, l'enfant est regardé comme un être en devenir. Rousseau a beaucoup contribué a changer ce regard de l'enfance. Il s'épouvante de la mortalité infantile des nourrissons élevés loin de leurs mères. Rousseau va préconiser allaitement maternel pour réduire ses mortalités.

La biographie, partant du précepte biblique que les premiers seront les derniers et les derniers les premiers. La modestie étant une vertu première et l'orgueil un péché il était interdit a tout bon chrétien décrire sa biographie puisque puisqu'elle serait le fruit d'un péché d'orgueil. Seuls autorisés a rédiger une biographie étaient les actants de faits historiques. Jean-Jacques Rousseau est le premier homme non-historique a être passé outre cette interdiction et a avoir rédigé ses mémoires qu'il a nommé « Ses Confessions ». Ce texte a eu une énorme importance car il a ouvert la porte a toutes mémoires et autres autobiographies depuis. L'Emile est le livre dans lequel il réfléchi à l'éducation d'un jeune enfant de cette époque.

Ce texte est un essai, c'est a dire une réflexion d'une personne sur un sujet de son temps.

 

 

 

 

 

 

 

B. Lecture analytique:

 

     

Le texte s'ouvre sur une apostrophe à l'apparence de pléonasme qui place l'humanité de l'homme comme un devoir. « Humain » correspond au mot devoir opposant le genre humain aux bêtes. Les 2 points expliquent se qu'il attend. Il défini les états de l'homme et s'attarde sur l'enfance. On peut voir une question rhétorique destinée a attirer l'attention du lecteur sur l'enfance dont il va parler. Le registre émotif est présent ici, on fait appel au pathos du lecteur par une suite très rapide de questions (5). Les synonymes de l'enfance sont « age de rire », « âme en paix », « innocence », toute périphrase faisant appel aux sentiments, ce qui est un procédé romantique. L'enfance est donc dépeinte comme un vers paradis que l'adulte se doit de protéger. La raison ? Elle est donnée a la ligne 8, l'enfance est fragile et meurt vite → protection du fort sur le faible. Une injonction liée a la culpabilité « ne vois donnez pas de regrets ».

Argument d'autorité a la fin du premier paragraphe car il est irréfutable que les enfants meurent tôt et public ciblé pour plus d'efficacité. Champ lexical du plaisir, du bonheur et l'argument d'autorité et logique qui fait appel au pathos. Triple anaphore de la mort sous 3 formes différentes qui renvoie a une urgence qui interdit toute éducation pénible et oblige l'enfant a gouter la vie postposée. La mise en page est comme une dissertation un jour de bac avec des alinéas a chaque paragraphes. Il y a une forte implication de Rousseau dans son discours, de façon a convaincre son lecteur. Le deuxième paragraphe représente le Carpe Diem modifié. Réfutation des thèses Judéo-chrétienne en vigueur a l'époque qui projeté l'homme dans un futur postmortem idéal les conduisant à négliger leurs vies.

Le texte rebondit de négation en négation pour inciter les parents a s'occuper de leurs enfants dans la joie et de leur vivant. Cette réfutation intègre une réponse qu'on va lui faire et quelle réponse lui fait on ?

 

Culture Générale : A l'époque de Rousseau on pense que l'homme est naturellement mauvais, il faut corriger dès l'enfance ce mauvais penchant mais Rousseau n'est pas cet avis, il pense au contraire que l'homme est naturellement bon et que c'est la société qui le perverti donc il ne peut pas adhérer a ce type d'éducation car lui croit au mythe du bon sauvage donc il ne peut corriger jeune ce qui pour lui n'existe pas.

 

 

 

 

Rousseau réfute également l'argument qui dit que les enfants ont des sentiments moins forts que les adultes (on effectue un rapport entre leur taille et leurs capacités) et grâce au mot « votre disposition » et « vous accabler » il oppose le vous de l'éducateur et ses conséquences pernicieuse plutôt qu'utile placé devant le point d'interrogation il place en suspicion la réalité de l'utilité. Cet arrangement est reproduit sur les 3 phrases suivantes.

Il cherche a démontrer que la seule certitude qu'un parent puisse avoir est celle de la dureté de son comportement et pas des bénéfices putatifs qu'il peut en tirer. Il modifie sa pensée pour produire un glissement d'idées dans lequel il se demande même si ce constat de mauvaises natures de l'adulte n'est pas précisément le fruit de cette mauvaise éducation c'est a dire que l'éducation a généré ce que précisément elle visait a éviter. Les dernières lignes sont une réfutation d'un interlocuteur invisible. La liberté est une chose, la licence en est une autre. Rousseau fait le distinguo entre gâter et rendre heureux, liberté et licence indiquant qu'il existe un droit au bonheur et que celui ci n'a pas pour corolaire le fait de pourrir. Il parle de douceur et de mesures éducatives.

Rousseau établi une comparaison entre l'enfance et l'univers et de ce fait l'état d'enfance ce trouve grandit. Il explique ici que l'enfance doit être respectée comme une étape de la vie humaine telle que l'humanité est respectée comme une partie de l'univers. Nous avons ici l'anaphore poétique de "ordre" qui inciste sur le fait que l'enfance est un état; il dissocie l'homme de l'enfant grâce a la double anaphore poètique "homme, homme", "enfant, enfant" qui démontre que l'enfant doit être respecter comme l'adulte.

Il va nous parler a présent de bonheur et de malheur, une réflexion nouvelle de l'esprit Judéo-chrétien. Dans ce paragraphe l'auteur s'appuie sur des oxymores "plus-moins", "heureux-malheureux", "souffrance-jouissance" ; oxymores placées dans des figures de parallèle se qui les met encore d'avantage en relief. Il leur adjoint le pronom d'anpathie "on" afin d'impliquer le lecteur dans son propos et arrive a la conclusion que l'état de bonheur absolu n'exite pas, qu'il n'y a qu'un bonheur relatif au sein d'une succession d'états . Nietzsche dit qu'il exite un cycle de l'eternel retour.

 

 

 

Sentiment-Plaisir

Enternel retour

 

Désir-->

 

 

Séance 4 (suite)

 

 

Fin de la lecture analytique :

 

Le droit au bonheur est une notion qui se dégage au 18eme siècle et qui va contre l'esclavage, l'oppression ou tout autre moyen de contraintes de l'individu qui le rendrait malheureux.

Rousseau a l'aide du champ lexical du bonheur, du malheur et de la confusion dans lequel les deux premiers fonctionnent par groupes d'oxymores, l'auteur mêle ses états afin de démontrer qu'il ne peuvent êtres séparés l'un de l'autre et qu'ils sont de plus la mesure l'un de l'autre. On note que le postposé du paragraphe et « souffre » alors que celui du paragraphe suivant et « heureux ». le fait que ses sentiments soit les notre est mis en valeur par l'auteur par le champ lexical de l'ensemble et les anaphores de l'humanité. Glissement sémantique qui passe du bonheur au désir anaphorisé deux fois. L'auteur met en valeur le fait que le désir et inséparable de la peine car le corolaire de désir est la privation en conséquence de quoi plus on modère son désir moins la privation sera forte et donc moins le déplaisir sera fort. Cette idée a bien des points de ressemblances avec le stoïcisme a ceci près qu'il inverse le postulat c'est a dire que les stoïques ont réfléchi sur la limitation du malheur alors que Rousseau nous interpelle sur la limitation du bonheur. A l'aide d'outils grammaticaux tels que le conditionnel, les anaphores lexicales, l'auteur qui est glissé du bonheur au désir nous montre que c'est dans la limitation de nos désirs que se trouve la véritable puissance. Le but de l'homme sera donc d'être paisible et l'âme bien ordonnée.

 

 

 

  1. Les axes du commentaire composé :

 

 

Problématique : quels préceptes moraux Rousseau nous enseigne t-il dans cet extrait de L'Emile ?

 

 

  1. Une éducation humaniste

 

A. Aimer l'enfance

B. Considérer l'enfance comme un état

C. L'enfance et la mort

 

 

  1. Une thèse sur le bonheur

 

A. un état non absolu

B. Bonheur et désir

C. L'âme ordonnée

 

 

  1. L'esprit des Lumières

 

A. Éducation a but

B. Le droit au bonheur personnel

C. Les éléments d'un discours cartésien avec une progression logique

 

Conclusion: une éducation de Philosophes.

 

Nous avons observer combien l'éducation prônée par Rousseau a des ambitions plus vastes que de permettre de simplement grandir et combien la réflexion sur le bonheur s'intègre de façon plus large dans une réflexion sur la place de l'homme dans la société. Cette réflexion s'est construite comme une dissertation avec une progression logique, des arguments et des exemples.

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