Acte III, scène 2

Dom Juan, Molière, Acte III scène 2

La scène du pauvre

Molière (1622, 1673), XVII siècle, comédie.

Molière n'a pas inventé le personnage de Dom Juan, il l'a emprunté à la littérature espagnole et il a repris ce thème dans cette pièce en le développant. Cette pièce a été très contestée à l'époque : Dom Juan est un noble (Dom = seigneur), il se dit athée et professe des idées matérialistes, de plus, c'est un amateur de femmes, il aime bien en changer régulièrement, il se moque de toute morale. Il s’agit d’un vrai libertin.

 

Il existe deux acceptions au mot libertin (du latin libertinus, esclave qui vient d’être libéré. libertinus signifie affranchi) :

  • dans sa version d’origine, le libertin est celui qui remet en cause les dogmes établis, c’est un libre penseur (ou libertin d’esprit) dans la mesure où il est affranchi, en particulier, de la métaphysique et de l’éthique religieuse ;
  • le sens qui prévaut de nos jours se réfère au libertin de mœurs, c’est-à-dire celui qui s’adonne aux plaisirs charnels avec une liberté qui dépasse les limites de la morale conventionnelle et de la sensualité bourgeoise normale, mais aussi, avec un certain raffinement cultivé.

Le libertinage est un mouvement né au XVIIe siècle.

 

Il présente un personnage relativement positif malgré ses deux défauts majeurs : l'athéisme et le matérialisme, la pièce est assez ambiguë et Molière ne prend pas vraiment partie, mais l’on peut remarquer son attachement au personnage.  Contrairement à son maître, Sganarelle défend la religion, c'est pourquoi il est ridiculisé comme il ne tient pas la route face à Dom Juan.

                                           

Molière trace d'un grand seigneur un portrait de voleurs de femmes, impie et irrespectueux de toute morale. A travers cette pièce, les nobles se sont sentis mis en cause. Cette pièce a servi de support au Don Jiovanni de Mozart, et ce personnage revient encore chez Baudelaire. Dom Juan veut être pleinement lui-même.

La structure du texte montre une construction crescendo des crimes de Dom Juan, du 1er acte (tirade sur les femmes) au dernier (tirade sur l'hypocrisie), avec un point culminant à l'acte III (impiété, scène du Pauvre).L’acte III de Dom Juan est le point culminant des crimes de Dom Juan (impiété, fait jurer un pauvre)

Faire jurer : insulter le nom de Dieu

Situation : Dom Juan, perdus dans la forêt et déguisés demandent leur chemin à un pauvre qu’ils viennent de rencontrer.

Problématique : Qui sortira vainqueur de cette scène qui illustre un aspect de la philosophie libertine ?

I. Le personnage de Dom Juan.

·         Dom Juan est un noble=> fait sa demande par son valet.

·         Le geste du pauvre déclenche en lui le mécanisme de joueur=> exclamation « ha ha ! »

·         Il a l’habitude de jouer de cette manière=> reprend un des mots du pauvre « prier » pour le lui renvoyer « un homme qui prie le Ciel » « « prie-le qu’il te donne un habit » => peut se rapprocher du proverbe « charité bien ordonnée commence par soi même »

·         Il s’engage dans le jeu avec amusement et devient ensuite provocateur « Eh, prie-le qu’il te donne un habit, sans te mettre en peine des affaires des autres. »=> Sganarelle intervient car il sent que Dom Juan commence à jouer.

·         Ce jeu tourne à la cruauté (=>cruauté du à son propre égoïsme, il ne voit que son propre plaisir). Le Pauvre doit choisir entre sa faim et son respect de la religion. Mais Dom Juan pense que le matérialisme va supplanter les idées de l’ermite, c’est un jeu, il n’est pas cruel au fond de lui.

·         Il est tentateur : il propose au Pauvre une pièce mais il doit jurer. « prend » répété à l’impératif. (Mise en relation avec le Diable dans le desert).

·         Cette scène a montré l’aspect primordial de Dom Juan qui vit pour lui, comme si c’était sa dernière journée. Tout ce jeu révèle l’idéologie de Dom Juan dans la démarche du blasphème.


II - Un nouveau défi, un double affrontement.

·         Manifestation théâtrale de l’athéisme.

·         Cette scène constitue une parenthèse dans l’action. Son mépris du pauvre illustre son irréligiosité et la coupure brusque de la fin montre son sens de l’honneur.

·         Un nouveau défi : le sacrilège.

·         3 répliques = les 3 tentatives du diable dans le désert pour tenter Jésus ?

·         Gradation dans l’ordre de jurer : « Que tu veuilles =>jure donc => il faut jurer ». Il se fait de plus en plus pressant, il ordonne, si le pauvre veut sa pièce, il doit jurer.

·         Endurcissement au pêché.

·         Dom Juan se moque du Pauvre.

Ø  Dom Juan se passe de dieu

Ø  Dom Juan et le pauvre.
• Le pauvre caractérise Dieu ; il pose de fausses questions au pauvre pour l’ironiser.
• Le pauvre se pose en infériorité pour susciter de la pitié.

Ø  Duel à son désavantage.
• Le pauvre résiste à Dom Juan.
• Dom Juan donne l’écu au pauvre d’un air supérieur : 

-pour échapper au plus vite à la situation qui tourne en sa défaveur
- ou pour remplacer la supériorité de parole qu’il n’a pas eu.

Ø  Dom Juan et Dieu :

·         Dom Juan veut montrer l’inexistence de Dieu par des paroles logiques ;

·         en donnant l’écu au pauvre il fait ce que Dieu n’est pas capable de faire.

Ø  Fonction des affrontements.
• Le pauvre à une figure symbolique : il prend la place de Dieu pour lui montrer le droit chemin.
• La forêt est le symbole de la perdition.
• La parole de Dom Juan est marquée d’inefficacité : préfigure le dénouement final.


III - Une scène subversive (qui détruit l’ordre établi) à portée idéologique

Ø  Dom Juan a tout de l’attitude du libertin du 17ème siècle, c’est à dire de tous les gens qui s’affranchissent des idées traditionnelles qu’ils contestent=> cf. Epicure 341-370 avant J.C philosophe grec. Dom Juan est un être paradoxal : il est cruel, mais donne sa pièce.

Ø  L’attitude ambiguë du pauvre : Il représente les croyants et pourtant il prie pour la prospérité.
• Attitude ambiguë de Sganarelle : il condamne l’attitude impie de son maître et conseille au pauvre de jurer (pour apaiser la tension) ?
• Sens de la scène : quelle condamnation ?

Ø  De la religion bafouée à son tour après le mariage : Cette scène est une critique ouverte de la religion, annoncée dès la scène précédente.
Sans le dire directement dans cette scène, son attitude prouve que pour lui Dieu n’existe pas. Ce n’est pas pour l’amour de Dieu qui lui donne le louis d’or mais pour « l’humanité ».

Ø  Molière condamna les faux dévots. Ce texte est provocateur car il s’oppose aux bases de la société du 17ème. C’est là que les metteurs en scène entrent en jeu.

 

Conclusion/
Cette scène qui apparaît comme un jeu de plus pour Dom Juan a néanmoins énormément d’importance et on comprend pourquoi elle a été censurée.
Molière construit son personnage en détruisant par ses paroles et ses actes les valeurs de son siècle. Molière présente l’échec de la parole de Dom Juan. Derrière cette confrontation dramatique, c’est Molière que nous entendons condamner les attitudes religieuses de son temps et esquisser à travers son héros les contours de l’humaniste athée. Molière prépare le 18ème siècle.

 

 

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