ex de Romeo et Juliette la scène de rencontre

Roméo et Juliette, la rencontre amoureuse

Lecture analytique et commentaire composé

 

LE Début d’un amour

Objectifs : la scène de rencontre amoureuse.

L'amour et le drame

 

ROMÉO, prenant la main de Juliette. - Si j'ai profané avec mon indigne main cette châsse sacrée, je suis prêt à une douce pénitence : permettez à mes lèvres, comme à deux pèlerins rougissants, d'effacer ce grossier attouchement par un tendre baiser.

Dans le texte original, versifié et vocabulaire de l'amour courtois, Poésie Pétrarquiste. Vocabulaire du sacré (Chasse sacrée, pèlerin. etc.) . La tournure si je profane met profaner en valeur et indique la violence du coup de foudre et le fait que Roméo reste toujours sur l'idée de l'amour courtois. On note la métaphore filée qui durera jusqu'au baiser.

On peut d'une certaine façon penser que Roméo est un garçon volage qui dès qu'il aperçoit Juliette, oublie Rosaline et se jette sur la seconde

 

JULIETTE. - Bon pèlerin, vous êtes trop sévère pour votre main qui n'a fait preuve en ceci que d'une respectueuse dévotion. Les saintes mêmes ont des mains que peuvent toucher les mains des pèlerins ; et cette étreinte est un pieux baiser.

Ils ne savent pas à qui ils ont à faire, on est toujours dans le vocabulaire de l'amour courtois et on note l'invitation de Juliette qui fait passer l'amour de l'Eros à l'agapé (l'amour spirituel à amour charnel). C'est sur l'invitation de Juliette que la transgression aura lieu. On a le jeu de l'amour, la sainteté de l'amour et un renvoi aux coutumes moyenâgeuses.

ROMÉO. - Les saintes n'ont-elles pas des lèvres, et les pèlerins aussi ?

Badinage amoureux, Question rhétorique, jeu autour du mot lèvre,

JULIETTE. - Oui, pèlerin, des lèvres vouées à la prière.

Pèlerin et lèvre vont être le thème de toutes les tirades suivantes, Le dialogue vise à faire descendre l'amour spirituel en amour charnel, des lèvres vers les mains, les mains ayant une action charnelle, il faut que les lèvres les imitent.

ROMÉO. - Oh ! Alors, chère sainte, que les lèvres fassent ce que font les mains. Elles te prient ; exauce-les, de peur que leur foi ne se change en désespoir.

Le champ lexical du religieux et la métaphore filée de la prière vont conférer à l'amour une dimension spirituelle et sacrée. Au théâtre, celui qui parle le plus a la maîtrise du discours, et l'emporte avant la fin de la scène, c'est ce qu'il se passe ici, c'est Roméo qui l'embrasse

 

JULIETTE. - Les saintes restent immobiles, tout en exauçant les prières.

ROMÉO. - Restez donc immobile, tandis que je recueillerai l'effet de ma prière. (Il l'embrasse sur la bouche.) Vos lèvres ont effacé le péché des miennes.

Attaque amoureuse de Roméo, dont l'attitude n'a plus rien à voir avec celle qu'il avait avec Roseline. Un coup de foudre dont le mimétisme imprègne cette scène, il faut 8 répliques pour arriver au baiser, une enclave amoureuse dans un contexte de guerre (alors que l'amour occupe tout le sujet de la scène, la rencontre est très brève.). On a aussi ici une annonce de la position des gisants (statues en pierre allongées sur le couvercle des cercueils)

JULIETTE. - Mes lèvres ont gardé pour elles le péché qu'elles ont pris des vôtres.

Le renvoi permanent au péché, au pécheur, frappe les amants d'une sorte de malédiction.

ROMÉO. - Vous avez pris le péché de mes lèvres ? Ô reproche charmant ! Alors rendez-moi mon péché. (Il l'embrasse encore.)

Deux baisers, ici, le troisième au balcon, avant leur mariage.

JULIETTE. - Vous avez l'art des baisers. Nous ne sommes plus du tout dans l'amour pétrarquiste, on est frappé par la rapidité de la scène, et l'intensité des échanges qui sont très concrets. Une telle scène (aussi charnelle) serait impossible dans le cadre du théâtre classique, elle ne serait pas bienséante on note l'évolution du ton, des premières répliques à celles qui conduisent au baiser, où nous passons de la "fin'amor" à la mise en action. Public ici qui est comblé par la finesse des échanges quasiment en stichomythies, et la légèreté des propos.

Ronsard, à une époque équivalente en France, évoque encore l'amour courtois et la nécessité d'une femme aimée de répondre à l'amour qu'elle a suscité.

LA NOURRICE, à Juliette. - Madame, votre mère voudrait vous dire un mot. (Juliette se dirige vers Lady Capulet.)

Le temps imparti à l'amour est d'une grande brièveté, et on reprend immédiatement place dans le contexte des familles. La scène de bal fait 10 pages comparé aux 8 répliques.

ROMÉO, à la nourrice. - Qui donc est sa mère ? À peine embrassée, la rivalité des deux maisons reprend le premier plan de l'histoire et entache donc ce baiser, ce péché d'une malédiction immédiate, les amoureux ne connaissent aucun répit, puisqu'ils savent immédiatement à qui ils ont affaire. La rapidité et le mouvement est au centre de la problématique baroque.

LA NOURRICE. - Eh bien, bachelier sa mère est la maîtresse de la maison, une bonne dame, et sage et vertueuse ; j'ai nourri sa fille, celle avec qui vous causiez ; je vais vous dire : celui qui parviendra à mettre la main sur elle pourra faire sonner les écus. L'aspect trivial, la réflexion sur l'argent appartiennent au genre de la farce et son censés susciter le rire. Le personnage de la nourrice est populaire et s'adresse au peuple. Volonté de Shakespeare de plaire au public le plus large possible tout le temps.

ROMÉO. - C'est une Capulet ! Ô trop chère créance ! Ma vie est due à mon ennemie ! Le constat de son infortune se fait par la ponctuation émotive, l'interpellation, l'antithèse "due" "ennemi"

BENVOLIO, à Roméo. - Allons, partons ; la fête est à sa fin. Le compagnon résume ce que le constat a pu avoir de terrible pour Roméo

ROMÉO, à part. - Hélas ! Oui, et mon trouble est à son comble. Ce Roméo confirme que le stade amoureux innocent est terminé et que son destin s'est mis en marche

PREMIER CAPULET, aux invités qui se retirent. - Çà, Messieurs, n'allez pas nous quitter encore : nous avons un méchant petit souper qui se prépare… Vous êtes donc décidés ?.. Eh bien, alors je vous remercie tous… Je vous remercie, honnêtes gentilshommes. Bonne nuit. Des torches par ici !... Allons, mettons-nous au lit ! (À son cousin Capulet.) Ah ! Ma foi, mon cher, il se fait tard : je vais me reposer (Tous sortent, excepté Juliette et la nourrice.)

Normalement il devrait ici y avoir un changement de scène, mais nous notons que le théâtre élisabéthain ne respecte pas les règles du théâtre français, y compris pour le découpage des scènes

JULIETTE. - Viens ici, nourrice ! Quel est ce gentilhomme, là-bas ? Le pendant de la découverte de Roméo s'établit pour Juliette, qui est encore dans l'ignorance, il y a une figure de parallèle dans ces deux situations jumelles

LA NOURRICE. - C'est le fils et l'héritier du vieux Tibério.

JULIETTE. - Quel est celui qui sort à présent ?

LA NOURRICE. - Ma foi, je crois que c'est le jeune Pétruchio.

JULIETTE, montrant Roméo. - Quel est cet autre qui suit et qui n'a pas voulu danser ?

LA NOURRICE. - Je ne sais pas.

Les demandes portant sur Petruchio servent à différer l'information qui est connu du spectateur, lequel attend donc à présent la réaction de Juliette

JULIETTE. - Va demander son nom. (La nourrice s'éloigne un moment.) S'il est marié, mon cercueil pourrait bien être mon lit nuptial. La préoccupation de la jeune fille est aux antipodes de ce qui l'attend, traditionnellement la pire catastrophe pour une fille séduite est que son amant soit marié, mais pour elle ce sera encore plus grave.

Voilà l'anticipation du destin funeste, en une phrase. Le fatum, qui sème sans cesse de faux espoirs pour mieux les décevoir

LA NOURRICE, revenant. - Son nom est Roméo ; c'est un Montague, le fils unique de votre grand ennemi.

JULIETTE. - Mon unique amour émane de mon unique haine ! Je l'ai vu trop tôt sans le connaître et je l'ai connu trop tard. Il m'est né un prodigieux amour, puisque je dois aimer un ennemi exécré ! La pièce est résumée ici dans ce vers extrêmement célèbre. Le style s'appuie sur les antithèses, [amour haine, tôt et tard, aimer un ennemi, mais nous ne sommes pas dans une problématique cornélienne, elle n'hésite pas à aller contre les intérêts de sa famille, elle a fait son choix et accepte que son amour soit son ennemi, ce qui n'est pas possible dans le théâtre français

LA NOURRICE. - Que dites-vous ? Que dites-vous ?

JULIETTE. - Une strophe que vient de m'apprendre un de mes danseurs. (Voix au-dehors appelant Juliette.)

LA NOURRICE. - Tout à l'heure ! Tout à l'heure !.. Allons nous-en ; tous les étrangers sont partis.

1/Une rencontre amoureuse

Un amour courtois

Vers une réalité plus charnelle

Un discours qui n'est pas bienséant

 

2/une prolepse d'une fin fatale

Un amour qui est un péché

La découverte de la réalité des noms

Un choix qui se fait contre la famille

3/l'amour dans le théâtre élisabéthain

Un amour qui doit convenir à tous (du courtois au charnel)

Une langue qui ne respecte pas la bienséance

Une situation qui n'est pas bienséante

 

 

1/Une rencontre amoureuse

Un amour courtois

Le début du texte renvoi à l'amour courtois la fin’amor, le texte original est d'une grande rigueur métrique et est un des plus beaux poèmes de l'amour courtois. Le vocabulaire soutenu de la prière et de la sainte s'oppose à la réalité charnelle de la demande, le "si" qui ouvre le quatrain montre que l'amour est sacré, on est ici dans l'univers pétrarquiste.

Vers une réalité plus charnelle

Juliette, en donnant la réplique à Roméo ramène l'amour sacré à l'amour terrestre, passe de l'Eros à l'agapé, elle conserve les termes de la fin'amor et l'anaphore de pèlerin.

Un discours qui n'est pas bienséant

Il est de règle dans la tragédie de ne pas s'étendre sur le corps, Racine dans Phedre (je le vis je rougis je pâlis à sa vue…) avait choqué ses spectateurs, or ici on assiste sur les lèvres (jusqu'au baiser, chaque réplique contient le mot lèvre). Dans le texte original, le thème est les lèvres, le rhème selon Roméo un baiser, selon Juliette une prière. La métaphore filée de la sainte arrive à un baiser bien concret (rapidité, inusitée entre le coup de foudre et la consommation).

 

2/une prolepse d'une fin fatale

Un amour qui est un péché

Dès l'instant où le baiser est échangé, le mot lèvre est remplacé pas le mot péché, 4 occurrences de péché qui remplacent le thème lèvres, le second baiser se fait au nom de la restitution du péché. On note que Juliette a tenu le rôle de Eve et que c'est elle qui donne le péché.

La découverte de la réalité des noms

Elle se fait immédiatement après le baiser, la conscience de son acte saisit immédiatement Roméo puisqu'il dit "douloureuse créance". Il ne remet pas son amour en question, il se contente d'être accablé, et on a le mot malheur, donc prolepse d'une fin d'amour tout au moins terrible.

Un choix qui se fait contre la famille

Nous notons que le parallélisme de la scène montre un parallélisme de réactions, Roméo comme Juliette acceptent leur amour dans les conditions familiales. Situation impensable en France à cette époque (un siècle plus tard le mariage de Rodrigue et de Chimène fera scandale)

3/l'amour dans le théâtre élisabéthain

Un amour qui doit convenir à tous (du courtois au charnel)

Le peuple aime le personnage de la nourrice qui fait rire, la cour aime les échanges amoureux, tout le monde aime les jeux de mots.

Une langue qui ne respecte pas la bienséance

La langue plaisante sur la religion parle des corps.

Une situation qui n'est pas 

 

Vous devez être connecté pour poster un commentaire