le Barbier de Séville, a 1 s1

Séance 3 : Support : le Barbier de Séville

 

Objectifs :

-La double énonciation théâtrale

-Evolution des rapports maîtres et valet au XVIIIéme

 

  1. Texte et contexte

 

Mouvement d’humeur, mouvement d’esprit à l’aube de la révolution.

Pour comprendre et situer l’ensemble de la littérature qui a vue le jour au XVIIIème, il faut comprendre que la révolution ne s’est pas faite sur les quelques années qui précèdent 1789 mais qu’elle s’est mise en route un siècle plus tôt dés 1650, époque où la Fronde avait conduit le roi Louis XIV à bouleverser les fondement même de la société et à asseoir son pouvoir de façon tyrannique, de façon à éviter la contagion de l’Angleterre, laquelle vient de décapiter son roi. Pour ce faire, il rassemble à Versailles une noblesse dont la fonction d’origine était de protéger les travailleurs qui, dans une France essentiellement agricole, doit, pour se justifier, assurer leur sécurité. Or, concentré à Versailles, ils n’assument plus cette fonction, laissant la paysannerie en proie aux ravages de bandes armées, de fléaux, etc. Coupés de leurs racines, la noblesse continue cependant de percevoir impôts et autres taxes, perçus d’autant plus illégitimes qu’ils ne reçoivent plus aucunes autres contreparties. Le coût de la vie à Versailles ruine cette noblesse qui augmente les contributions tandis que la France est ravagée par la peste. Famines et maladies acculent le peuple aux extrêmes tandis que parallèlement, le monde intellectuel se livre à des réflexions de plus en plus contestataires sur le régime en place.

« L’Encyclopédie » de Diderot D’Alembert, les réflexions conjuguées de philosophes comme Voltaire, Rousseau, Montesquieu vont lentement faire germer l’idée que la royauté et la noblesse ne servent à rien. Au début du XVIIIème, on réfléchit sur l’idée d’un changement sans l’envisager alors qu’à partir de 1750, la critique se fait plus acerbe et les notions de « bonheur individuel » commencent à voir le jour.

Il ne faut pas concevoir la pièce, Le Barbier de Séville, comme un divertissement contestataire mais comme une pièce reflétant les idées du temps et qui fut approuvée par le roi.

 

  1. L’auteur

 

Beaumarchais est un des écrivains les plus atypiques de la littérature française. Fils d’horloger (Pierre Augustin Caron), il invente un mécanisme (le mécanisme d’échappement) qui permet de réduire considérablement la taille des montres mais ce métier ne lui plaît pas. Il épouse une veuve qui meurt très vite lui laissant la terre et le nom de Beaumarchais. Il sera successivement espion pour le roi, il contribue à financer la révolution américaine, il est titulaire d’un brevet de chasse qui lui permet de percevoir des droits et a donc droit de justice, il est négociant dans de nombreux domaines, il sera même celui qui, entrant dans la Bastille prise par les révolutionnaire, va en vendre les pierres que l’ont retrouve dans la construction des maisons de la rue de Beaumarchais, laquelle mène à la place de la Bastille.

Sa première pièce, Le Barbier de Séville, sera suivie du Mariage de Figaro dix ans plus tard et de La Mère Coupable en 1893 et qui seront les premières pièces de théâtre à ne pas avoir de fin conclusive puisqu’elle se font suite les unes des autres. Les deux premières ont connues un succès jamais démenti et ce d’autant plus qu’elles ont étés transposées en musique dés le XVIIIème pour un succès constant.

 

  1. Le principe de la double énonciation : compréhension et utilisation

 

La déconstruction amorcée par Beaumarchais des règles du théâtre classique commence par réduire les contraintes : règle d’unité mal menée, règle gouvernent l’exposition non respectée, idem pour le dénouement (qui n’est plus conclusif). Nous ne sommes pas encore dans la révolution du drame romantique mais, à partir de Beaumarchais et jusqu’au théâtre de l’absurde, cet art ne va plus cesser d’évoluer.

Notre scène présente deux personnages : Figaro et le Comte Almaviva. L’ouverture se fait in medias res pour l’action concernant le Comte et son amoureuse mais l’action début avec la pièce pour ce qui a trait aux nouveaux rapports Figaro – le Comte. En effet, lorsqu’ils se retrouvent, ils ne sont plus liés n’aucune façon. Nous allons voir que Beaumarchais réinvente le personnage du valet, donne au rapport maîtres et valets une autre dimension  et permet un type de la comedia dell’arte de devenir un personnage à part entière. Nous analyserons cette scène au travers des questions suivantes :

 

  1. Le portrait du Comte

 

  1. Une situation convenue
  2. Un personnage désagréable
  3. Le Comte comme type littéraire

 

  1. Le portrait de Figaro

 

  1. Un homme extraordinaire
  2. Du type au personnage
  3. Des rapports maîtres et valets modifiés

 

  1. Un texte argumentatif

 

  1. Critique de la société
  2. Critique du monde littéraire
  3. Vers la révolution française

 

Voyons donc dans une première partie quel portrait du Comte Almaviva se dégage de ce texte

 

  1. Le portrait du Comte

 

  1. Une situation convenue

 

Situation convenue ? (= stéréotypé) : Depuis l’école des femmes, l’école des mari, Molière, on ne badine pas avec l’amour, Musset.

 

Le trio mari femme amant, parcours la littérature et ce depuis la comedia dell’arte, situation banale et classique.

Amant = Comte

Dame = Rosine, convoité par un vieux et le jeune comte

Situation banale, l’amant sous les fenêtre qui attend que la jalousie s’ouvre, le valet comme adjuvent : Sganarelle, Scapin n’ont pas fait mieux auparavant, situation d’énonciation totalement connue

 

 

 

  1. Un personnage désagréable

 

Le personnage du comte est déplaisant. L’éthos interne du comte se dégage

Le pathos : action que le discours a sur les gens qui l’écoute

L’éthos : concerne l’émetteur du discours

Le Comte utilise un langage péjoratif (« grotesque » ligne 3, « Coquin » ligne 5, « maraud » ligne 7), il n’hésite pas à insulter, voir à menacer (« si tu dis un mot » ligne 7). Le Comte est totalement obnubilé par son histoire personnelle et n’écoute Figaro que pour se donner une contenance, « ayons l’aire de jaser » dit-il, il se fait Lindor, mise en abîme, masque sur le masque, ce qui donne une liberté de ton à Figaro pour lui permettre de répondre. Les rapports entre Figaro et le Comte nous montre une sympathie volubile du coté du valet, quelques répliques courtes d’un maître occupé ailleurs et qui, en fait, n’est qu’un prétexte à la présentation de Figaro. Sachant qu’au théâtre, celui qui parle le plus détient le pouvoir, c’est Figaro qui maîtrise la scène

 

  1. Le Comte comme type littéraire

 

Par le peu de longueur de ses réplique, par sa situation sous la fenêtre de la femme aimée et par son arrogance, le Comte ne se différencie pas du personnage de l’amant tel que pratiqué dans la comedia dell’arte alors qu’il en va tout autrement pour Figaro.

 

  1. Le portrait de Figaro

 

  1. Un homme extraordinaire

 

Contrairement aux règles classiques, Figaro se présente tout seul et refait pour le spectateur le chemin de sa vie. Dés les premières répliques, il se dégage de lui une indépendance d’esprit qui le place aussi bien socialement qu’intellectuellement dans une catégorie qui n’a plus rien à voir avec celle occupée par Sganarelle ou Arlequin. D’abords, il a exercé des métiers indépendants, voir des métiers intellectuels, et donne le sentiment que c’est sa singularité qui lui nuie car elle n’est pas en rapport avec ce qu’on attend de lui à son époque. Ce valet souffre de l’humiliation (ligne 9), du fait que, malgré de réelles compétences, il n’obtient pas les résultats qu’il souhaite (ligne 24), il a été desservi (ligne 33), il a été la victime des préjugés de son temps (ligne 43, 44). Il s’est essayé deux fois au théâtre (lignes 36 et 56) mais n’a pas été couronné de succès. Nous assistons aux divers rebonds et sursauts d’un home qui essaye de sortir de sa condition. Son parcours de vie raconté sur le registre ironique pose le portrait d’un homme véritable. Depuis Marivaux, on veut croire au théâtre que la vérité d’un homme passe par la vérité de la langue qu’il utilise, le registre de langue de Figaro est soutenu voir érudit, c’est donc un homme au dessus de sa condition.

 

  1. Le Comte comme type littéraire

 

Nous avons un renversement des valeurs, les rapports maîtres et valets bouleversé. Clairement, l’horizon par cette scène rapproché du titre nous conduit à espérer une pièce qui ferait de Figaro le personnage principal au contraire de toutes les pièces traitant du même sujet jusqu’alors. Nous notons par ailleurs la subordination volontaire de Figaro à son maître. Ici (ligne 76), nous constatons que l’assujettissement est bien volontaire.

 

  1. Un texte argumentatif

 

  1. Critique de la société

 

Formalisation de l’axe III du Barbier de Séville

 

Pièce de théâtre : Méthode :

Il faut toujours, dans une première partie de votre étude, vous attacher à la compréhension des informations sur les personnages ou sur l’action qui sont données dans le texte, c'est-à-dire, de quelle manière cette scène prépare-t-elle l’action et la compréhension de la suivante.

Exemple : comment le personnage évolue-t-il, quels renseignements donne-t-il qui peuvent servir l’action, bref, faire une lecture horizontale de l’histoire.

Dans un deuxième temps, il faut s’interroger sur ce qui passer du singulier au général, c'est-à-dire, ce qui va relever du fait social ou du fait humain et qui peut critiquer, remettre en question ou viser à une action quelconque sur la réflexion du spectateur. Cette partie conative ou itérative au sens des fonctions du langage s’analyse comme une argumentation avec recherche de l’argumantatio, de la dispositio et de l’elocutio.

 

L’argumentation de Figaro se décompose en trois parties. Il attaque dans un premier temps la noblesse ayant été précédé dans cette action par le comte dont l’agressivité du discours assez primaire s’oppose à l’ironie subtile et à l’autodérision de Figaro, ce dialogue contient quelques unes des phrases de référence les plus connues de la littérature (ligne 43 « persuadé qu’un grand nous fait assez de bien quand il ne nous fait pas de mal » ligne 50 « Aux vertus qu’on exige d’un domestique »). Nous voyons aussi que malgré toutes ses compétences, il ne doit son premier emploi dans les Aras qu’à l’appui de son maître et encore, ceci n’est-il pas l’emploi auquel il était destiné. Lorsque Figaro parle de bonté familière, nous notons l’ironie par antiphrase car il vient de se faire insulter. Le mot familier indique une habitude, un comportement « normal », l’antiphrase, qui est une figure typique de l’ironie, met cette critique en valeur.

 

La république les lettres fait l’objet de la deuxième critique de Figaro. En effet, il s’est essayé au métier d’auteur, on a ici une mise en abyme du propre parcours de Beaumarchais (la première mouture de la pièce à fait l’objet d’un bide ce que nous travaillons ici est un deuxième jet auquel nous pouvons donc percevoir les échos de l’accueil premier qui a été fait). Il commence non pas par le théâtre mais par la poésie (ligne 37) et le mot d’esprit « imprimé tout vif » où le mot « imprimé » remplace « brûlé » suivi de « tragique » montre assez les difficultés qu’il a rencontré. Il se déplace mais réitère (ligne 56) et parle à ce moment la (ligne 60) de trucages qu’on utilise pour créer un faux succès à une pièce : ce qu’on appel la « claque ». De la ligne 60 à 65, les jeux de mots (« mains comme des battoirs » etc) indiquent les précautions en usage dans une représentation. Cette fois il a affaire à la cabale (cabale comme celle des Dévot qui a fait tomber Tartuffe et Dom Juan). Nous relevons (ligne 72) que selon Figaro, on peut maudire ces juges durant 24 ans, il affirme clairement ici la valeur argumentative du théâtre et justifie l’appellation de ce troisième axe. Du reste, les deux mot du Comte (« colère joyeuse ») pourraient éventuellement constituer les axes de cette partie argumentative, colère contre les nobles, colère contre le milieu des lettres, et joie de vivre inerrente à ce personnage. Pendant la critique la plus virulente (ligne 76 « répulique des loups » « armée ») constitue le monde des lettres comme une armée, mais (ligne 80), la parataxe (« moustique » « maringouins) transforme la meute en nuage de moustique ce qui est nettement péjoratif, lequel est parvenu à assécher les dernière velléité d’écriture de Figaro. Cependant, il ment, car l’ouverture du rideau nous le montre entrain de composer les vers d’une chanson et, si on poursuit la logique qui assimile Figaro à Beaumarchais, nous constatons que le projet n’est pas abandonné. De la ligne 87 à 90, nous avons encore l’une les phrases les plus célèbres de la littérature « sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur », maxime que bien évidemment vous devez savoir par cœur.

 

Ainsi, dans cette présentation, Figaro propose de lui-même un double portrait, celui de son chemin de vie : ce qu’il dit, et ce qui se dégage de son esprit brillant par les métaphores filées, les antithèses, les antiphrases, les rapprochements d’images, et qui nous le pose comme un être en perpétuel rebondissement doué de grandes capacités sur lequel un sort injuste s’est clairement acharné sans jamais parvenir à entamer cet optimisme joyeux qui lui fait énoncer « je me presse de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer », autre phrase culte à savoir par cœur.

 

Conclusion : l’intégralité de la scène nous pose la situation convenue d’un amant sous les fenêtres de la femme qu’il aime discutant avec un valet. Cependant, l’extrait présente la double caractéristique d’une scène de présentation du personnage principale, le valet, et d’une argumentation contre certaines des mœurs du temps. Pièce portant des valeurs et des réflexions propres à l’époque, comédie non classique car l’arrivé en scène du personnage principal n’est pas différé et il se présente lui-même. Comédie cependant tout de même, puisque, il s’agit de deux personnages ordinaires dans une situation « ordinaire », contemporaine de l’époque de l’écriture.

 

Extrait fondamental dans une perspective diachronique du théâtre dans la mesure où il constitue, à la fin du XVIIIème, le début du séisme qui saisira le théâtre suivit du drame romantique et aboutissant au théâtre de l’absurde ou après que l’intrigue ai été déconstruite puis l’illusion théâtrale ce soit enfin le langage qui est dénoncé comme ultime bastion de cet art oral autant qu’écrit.

 

Je vous invite donc à faire une fiche auteur, phrase, place de la pièce dans l’illusion du théâtre, valeur de l’auteur comme écrivain engagé, et de la savoir par cœur. 

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