Musset acte trois scène 6 et Huit, axes et pistes d'étude pour le commentaire

"On ne badine pas avec l'amour", Musset, acte trois scène six et huit A" s6/8

Je vous propose ici des pistes d'étude et d'axes pour l'acte trois scène 6 et 8 mis en parallèle et éclairant le sens l'un de l'autre

l'intro a été vue en cours, siècle auteur, courant, etc, problématique : en quoi cette scène est-elle dramatique ?


Une situation qui s’arrange?

 *Une rencontre amoureuse

Dans sa première tirade, Camille montre qu’elle a clairement changé de dispositions, elle s’est habillée plus joliment, elle ne se refuse plus au badinage amoureux. Le champ lexical de l’échange amoureux nous le montre, accompagné du champ lexical de la légèreté (qu’on me fit la cour ; je ne sais si c’est que j’ai une robe neuve, mais j’ai envie de m’amuser. Vous m’avez proposé d’aller au village, allons-y, je veux bien ; mettons-nous en bateau ; j’ai envie d’aller dîner sur l’herbe, ou de faire une promenade dans la forêt. Fera-t-il clair de lune, ce soir ? ) les verbes du vouloir sont très présents, ainsi que les incitations ou les ordres. Camille domine le début de l’échange. Mais ne sont-ce pas là des propos dilatoires, faits pour différer la question fondamentale, celle de la bague.

*Une bague lourde de symbole

Le verbe donner est post posé dans la tirade de Camille, comme si tout ce qu’elle avait dit n’avait pour but que d’arriver là. Perdican répond par un mensonge. Elle le confond, en répondant qu’elle a trouvé l’objet. C’est toujours elle qui parle le plus, qui mène le débat. le garçon a jeté l’objet, mais il ne l’assume pas, elle fait pour l’instant comme si elle ne le savait pas. Chez Perdican la surprise l’emporte, les deux personnes se vouvoient. La question « est-ce possible »  est rhétorique, il est stupéfait. Quand elle lui répond, elle ne le gourmande pas, ne lui dit pas qu’elle a assisté à la conversation avec Rosette, elle appelle la bague, « hochet d’enfant », minoré par l’adjectif « petit », comme si cela n’avait pas d’importance, alors que pourtant elle s’est mouillée pour la récupérer. La cause officielle de son changement de toilette est énoncé, elle était trempée, la jeune forme joue sur les mots. Puis elle cherche à vérifier son pouvoir. Elle oblige Perdican à remettre le bijou, allant contre l’idée précédente de hochet.

*Perdican est abusé

Perdican ne voit pas la traitrise, il est simplement émerveillé, il passe au tutoiement, envisage les risques courus (aggravés par les mots « précipiter, au risque »)Il ne peut y croire, et emploie la métaphore du songe, mais la bague est là pour lui prouver qu’il ne rêve pas, puisqu’elle s’est donné le mal de la retrouver. Il s’étonne doublement, car après avoir refusé sa demande en mariage, c’est elle qui lui passe l’anneau au doigt, ce qu’il note. Sa confusion se note à la suite de questions qui montrent son émotion. La métaphore insiste sur son chagrin d’avoir perdu l’amour de Camille enfant (triste gage) la négation anté posée renvoie le bonheur au passé. Il l’insulte, et se contredit dans les antithèses « partir et rester », le mot « parle » fait avec « pars » une répétition sonore, qui insiste sur son désarroi. Enfin, question final, il compare Camille à la bague et montre qu’elle est inconstante, c’est l’émotion, le regret, l’amour qui transparaissent dans sa tirade. Le spectateur peut penser que le dénouement va être heureux, que les deux amants vont se réconcilier, et pourtant...

Un drame qui attend derrière un rideau

*Camille reprend la parole, et le vouvoie, ce qui est un signe de la distance qu’elle veut maintenir, un signe aussi que le dénouement ne sera pas heureux. Elle répond à sa prétendue inconstance (champ lexicale du changement, anaphore poétique du mot changement, figure de parallèle qui met en balance la pensée et le langage. Elle pose le principe de la sincérité féminine, et use d’un argument ad hominem -il y en a qui disent que non- . Alors vient un discours sur la vérité et le mensonge. Elle argue de sa franchise pour avouer devoir en tant que femme, jouer un rôle, mise en abîme dans le cadre d’une pièce de théâtre, elle pose la question de savoir ce que sont les femmes, les posant comme victime -faible, juge, impose- d’une société qui les violente. Elle pose le mensonge comme une conclusion inéluctable de la vie sociale, et use de la périphrase ‘petit être sans cervelle- pour les définir. Elle défend le droit de mentir, donc le droit d’avoir écrit sa lettre, d’en avoir tiré du plaisir, comme d’une compensation due aux femmes et qu’il doit accepter. Elle apparait comme froide, calculatrice, et le spectateur qui sait que Rosette est derrière le rideau, s’émeut de la situation qui oblige Perdican à faire de la peine à la petite.

*Perdican  sincère trop tard

Camille a poussé Perdican à l’aveu, il s’agace de son discours savant, veut arriver au but et pense qu’il est temps, la robe et le badinage le laissant augurer. Alors il prétend être sincère, coupe court, et avoue son amour, franchement. « je ne ments jamais » a un sens très particulier pour le spectateur qui sait qui est derrière le rideau,  il oppose l’ignorance (entends rien) à l’affirmation de ce qu’il sait, et c’est confirmer par le pronom « tout » qui semble résumer sa vie. Camille l’a trompé, l’anaphore de « jamais » met son mensonge et sa comédie en valeur. Il découvre la petite évanouie, qui le confond

*Un dépit agressif et orgueilleux

Camille est vindicative, son orgueil est blessé, elle lui fait reproche de ses actes et résume les actions passées (déclarations de Perdican, déclaration d’amour, cadeau etc) Elle le blesse d’autant plus que toute la scène menait à là et qu’il s’est une fois de plus découvert devant elle. Le vocabulaire péjoratif domine -aime pas, dépit, malheureuse, appât, jouet, feint, double négation- Sachant que Rosette écoute, cette tirade est particulièrement cruelle.

 

La scène qui a commencé comme un scène d’amour, n’est en réalité qu’une scène de vengeance, une mise en scène cruelle, mise en abîme voulue par Camille du jeu de séduction, pour punir Perdican.

 

Dénouement

 cette scène est en quelque sorte la répétition de la précédente. Mais cette fois Camille ne joue pas, elle avoue son désespoir à Dieu, avant d’être enfin sincère avec Perdican. Le spectateur s’attend à ce que tout se finisse bien, mais encore une fois, Rosette est cachée derrière le rideau. Et contrairement à la scène précédente, elle ne reviendra pas de son évanouissement.

Une fin heureuse ?

La démonstration d’un chagrin véritable

Une gestuelle du désespoir

Un reproche à Dieu

Le constat de s’etre trompée de chemin

Déploration de l’orgueil

Des anaphores insistantes, des métaphores péjoratives (fatal conseiller) 

Le champ lexical de la tragédie (fatale effrayée, insensible, )

Le sentiment d’un destin raté (émotion, regrets)

Une déclaration d’amour enfin partagée

Un « nous » omniprésent, un jugement sur le passé sans appel, utilisation de la modélisation pour mettre le bonheur à distance, mise en rapport de l’amour et des verts sentiers, image utilisée au début de la pièce, une tirade clairement marquée par le regret. Camille cette fois est au diapason, champ lexical de l’amour, de l’approbation

 

Horizon d’attente heureux et positif

 

Bis répétitat... Un second évanouissement ?

Le spectateur qui sait que cette situation s’est déjà produit une fois peut espérer que cela est comme la première fois. Anticipation de l’issue fatale (sang) le mot cruel de Camille est le même que celui de la scène analysée plus haut. 

 

Le drame inévitable

Perdican a la préscience de la mort, et il est lâche, paralysé; il envoie Camille sur cette vilaine tâche, craint les conséquences est encore dans le regret. Il parle à Rosette qui est plus loin, Dieu est invoqué par lui à trois reprises.

Mais le drame est accompli, séparant les deux amants irréversiblement.

Regrets de ce qui aurait pu être et dernier espoir

 

UN dénouement qui répond aux règles du drame romantique

La finale est triste, elle a laissé de l’espoir aux spectateurs jusqu’au bout, elle est conclusive, l’action se dénoue, les cousins ne se marieront pas, et elle a utilisé et pervertit un des ressorts du théâtre comique, le personnage caché, pour aller à la résolution. Ce qui aurait pu être trivial est dramatique. Musset interroge la foi, présentant un dieu sourd et coléreux, qui bouscule ses enfants.  Les hommes selon la pièce sont plus sincères, plus impétueux, les femmes calculent plus.

Les règles du théâtre classique (action dénouée, finale conclusive) sont respectées ici.

Vous devez être connecté pour poster un commentaire