Roméo2008

Roméo et Juliette

· Shakespeare
· Objectifs : le théâtre
· Le théâtre  Elisabéthain
· La tragédie
· La modernité de l’œuvre
· Les adaptations cinématographiques
· Les pb liés a la traduction
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Séance 1

Rappels de cours sur le théâtre

Comique et tragique
A faire pour lundi
Recherche sur le Théâtre élisabéthain
Sur Shakespeare
Le type littéraire

16/10
Recherche assurée par les élèves
Débat
Exposé de Marie-Ange Grimaldi : le théâtre élisabéthain
Fonctionnement et origine
« Le castigat ridendo mores » corriger par le rire
Eléction du chef de classe
Mélanie Piu, Adrien Mondoloni, adjoints, Tourscher

Roméo de « Raitaggio ; pèlerin se rendant à Rome
En anglais Roamer signifie errant
16/10
Oralisation : les recherches des élèves, prise de note, trace écrite commune
Séance 2

Analyse de la liste des personnes
Interprétation
· Place de la femme dans la liste
· Répartition sociale de la liste
· Présence du chœur
· Analyse du prologue
· Analyse des didascalies


A- Etude du prologue




Introduction : (point de cours) héritage de la tragédie antique - le chœur : un rôle critique


Pris en charge par le chœur (= groupe d’acteurs), toute pièce tragique antique commence par un prologue. Le chœur intervient régulièrement au cours de la tragédie : au début et à la fin de la pièce ainsi qu’entre chaque acte pour commenter le déroulement de l’action. Le chœur constitue ainsi une instance intermédiaire entre les personnages et le public. En effet, les personnages appartiennent au domaine de la fiction ou de l’histoire, sphère inaccessible au spectateur. Le chœur est donc un personnage collectif représentant le groupe du peuple, celui qui se pose des questions, qui juge et tire des leçons. Par sa position privilégiée il s’adresse donc au public afin d’attirer son attention sur tel ou tel aspect de la pièce. Il soulève également des questions que se pose ou que devrait se poser le public, ce qui permet donc à ce dernier d’éveiller son esprit critique. Enfin, il interpelle parfois les personnages pour les mettre en garde sur leur agissement et les risques encourus. Le rôle du chœur est donc fondamentalement didactique car il expose et incite à l’analyse, ce qui confère à la tragédie sa mission cathartique, comme l’avait définit Aristote.

 

Roméo et Juliette s’ouvre sur un prologue. Voyons donc quelle utilisation Shakespeare fait de cet héritage antique au cours de sa tragédie.

 

I. une fonction d’information
II. une fonction d’exposition sur le fonctionnement de cette tragédie élisabéthaine.

I. Une fonction d’information

1. des informations contextuelles sur le cadre de la tragédie

Au début du premier et deuxième actes Shakespeare a recours au chœur et au prologue pour informer l’auditoire du spectacle à venir. Grâce à ce stratagème typique de la tragédie antique il peut planter son décor : « la belle Vérone ». Par les références au « sang civil » et aux « mains des citoyens » on perçoit que cette histoire aura l’envergure de celle de la cité de Vérone, tout en s’appuyant sur l’échelle de « deux anciennes Maisons ». Néanmoins on remarquera que les données contextuelles sont très maigres et se limitent à une ville d’Italie. Aucune référence temporelle n’est apportée, hormis un contexte de conflit de clans « nouvel éclat de leur antique hargne » ce qui confère à la pièce tout aussi bien la valeur d’un fait-divers de la fin de la Renaissance que celle d’un drame universel.



2. présentation des héros

 

Conformément à la tradition, le prologue sert aussi à présenter les personnages de l’action à venir. Ici, on perçoit une progression dans l’exposition : les quatre premiers vers Shakespeare annonce les deux clans ennemis et les citoyens de Vérone, dans le second il désigne les deux protagonistes « deux amants » désignés plus loin comme « deux enfants ». La présentation reste ainsi très superficielle : aucun nom n’est formulé dans le premier prologue. Le second en revanche donne les prénoms de « Juliette » et de « Roméo ». La désignation générique et imprécise permet à la fois de susciter la curiosité du public mais confère en même temps une valeur exemplaire à l’histoire, et derrière ces amants issus de deux clans ennemis on peut voir, en fait, d’autres noms.

 

3. présentation de l’action dramatique

Le véritable enjeu semble être au final l’annonce de l’action même : « deux amants prennent vie sous la mauvaise étoile », « leur malheureux écroulement très pitoyable enterre en leur tombeau la haine des parents ». D’emblée c’est le dénouement qui s’annonce, ne laissant aucun mystère sur l’échéance. De cette manière on perçoit que l’intérêt de la pièce n’est en aucun cas le suspense d’une histoire haletante dont on ignore l’issue mais le mécanisme fatal qui amène deux êtres purs à sombrer dans le malheur. Dès lors la tragédie Roméo et Juliette apparaît comme le spectacle des conséquences de l’acharnement de la haine des clans : il ne parvient qu’à celer le malheur. La tragédie de Shakespeare se pose donc en partie comme une pièce didactique.

 

II. Une fonction d’exposition sur le fonctionnement de cette tragédie élisabéthaine.

1. Une tragédie à portée didactique

 

Par la présence du prologue et du chœur, par la généralité des informations de contextualisation, la pièce s’annonce donc comme exemplaire et par-là même porteuse de leçon. En outre, on ressent par la démarche de distanciation que permet le prologue, une volonté d’éveiller l’esprit critique et analytique du spectateur afin de conférer à la tragédie toute sa vigueur cathartique. On relèvera à cette fin la présence marquée de tout un vocabulaire axiologique porteur d’une orientation morale de la pièce. « le sang civil salit  les mains des citoyens », « leur malheureux écroulement très pitoyable », « l’obstination des rages familiales » sont des termes marqués péjorativement et bien choisis par les traducteurs Pierre-Jean Jouve et Georges Pitoëff pour rendre les termes anglais « make unclean », « piteous overthrows » et « continuance of their parents’ rage ». Ainsi, par le prologue, le chœur apitoie le spectateur par un vocabulaire pathétique « la mauvaise étoile », « malheureux écroulement très pitoyable », « amour mortel », « enfants » ce qui nous invite à penser que le dramaturge cherche à persuader, par le spectacle émotionnel de cette tragique histoire, que la haine n’entraîne que le malheur même des plus purs.


2. Une tragédie lyrique

Là où les prologues prennent une caractéristique notoire c’est dans leur forme. Là Shakespeare s’écarte du modèle antique pour apporter sa touche personnelle : la forme du sonnet. Poète, le dramaturge maîtrise parfaitement cette forme représentative de la Renaissance, et confère par là une note lyrique soulignée à sa tragédie. Quatorze vers pour ouvrir la pièce, condensation des effets et l’entrée en matière assure une tonalité poétique, sensible et délicate. D’emblée on entre dans le genre propre aux sentiments amoureux et à l’élégie : « deux amants » mais épris d’un « amour mortel » (prologue acte I), où le « Désir » joue avec les hommes et où l’ « Amour » se joue de la jeunesse par ses « appâts », ses « charmes » et la cruauté de l’impossible (prologue acte II). Ainsi, sur un autre aspect, les prologues jouent un rôle d’exposition sur le plan du registre dominant de la tragédie : le lyrisme.

 

3. Un spectacle

Enfin, par le prologue, le chœur se révèle endosser un statut très spécifique : celui des comédiens eux-mêmes. La situation d’énonciation de l’adresse directe au public est typique du prologue, néanmoins d’ordinaire il s’agit plutôt d’une figure collective populaire. Ici ce sont clairement, non pas la voix du peuple ou de la sagesse qui s’exprime mais les comédiens représentants du dramaturge : « où se tient notre scène », « pendant deux heures nous les joueront sur ce théâtre / Et si vous nous prêtez une patiente oreille, / Tout défaut, notre zèle le rachètera ». Ainsi, c’est bel et bien à un spectacle que nous invite le prologue, un divertissement qui joue aussi de nos émotions et qui ménage l’attente du public : contre le coup du sort l’Amour « soutient » les amants et « le temps les fait se joindre » au plus grand bonheur des spectateurs. Les prologues soulignent de cette manière le fait que nous sommes au théâtre en préparant l’action, en faisant des bilans et en soulevant les perspectives dramatiques comme pour nous emmener en voyage.



Conclusion



Héritant de la tradition et la recomposant avec les procédés poétiques de son temps, Shakespeare propose une tragédie nouvelle, didactique, spectaculaire et poétique qui va remplir à la fois la scène, nos yeux et nos cœurs et qui sait peut-être nos comportements. L’accent, quoi qu’il arrive, est placé sur le plaisir des spectateurs comme sur le « zèle » des comédiens dans un moment de partage qui confère probablement au théâtre shakespearien toute sa valeur universelle et la force et le fait devenir un grand modèle culturel et artistique.


Séance 3
Exhorde : analyse de style et présentation des personnages par le texte des diverses caractérisations, taxinomie selon les normes françaises
Quelles problématiques pouvons-nous nous poser ?
A/ lecture linéaire
: prise de notes, difficultés liées à la traduction
Pacemaker : régulateur
Ethos interne du personnage de Roméo
Séance 4
Généralités sur la tragédie anglaise
Notes de lecture : Shakespeare et l’idée de la tragédie
Tragédies et mœurs
La t dans RAJ
RAJ est elle une pièce triste ?
Séance 5
Analyse linéaire de l’acte 1 scène 2
· Objectifs : 1/ action : qu’apprend-on ?
· 2/ la caractérisation des personnages
· 3/l’amour pétrarquistes
· 4 / l’intertextualité (réécriture , influence similitudes)
Séance 6
· Analyse linéaire
· Le coup de foudre des deux amants
· Acte 1 scène 5
· L’anti pétrarquisme
· La passion poison, la philosophie de Paracelse
Séance 7
· Analyse  du  film RAJ
· Le respect du texte
· La modernisation par une image signifiante
· Le message du fond sonore
· Le son intra diégétique, extra diégétique
· L’antithèse
14/11
Devoir sur table
En quoi le personnage de R a-t- il pu surprendre, voir choquer son époque ? Problématiser une approche du personnage en la développant dans un discours organisé.
21/11
Séance 8

· Analyse texte et contexte
· Suite du coup de foudre
· Les amours et manifestations antithétiques
· Nourrice, parents,(société, amour filial)
Séance 9

Contrôle
· En quoi le personnage de R a-t-il dérangé à son époque ?
· -En quoi est-il d’une grande modernité ?
26/11
Correction du contrôle
Intro
· R une personnage en conformité avec les règles de son époque
· Les aspects dérangeants du personnage
· R type littéraire, sa modernité
· LE PERSONNAGE DE ROMEO

·  Un personnage de théâtre est la somme des discours que tiennent les autres sur lui, et des discours qu’il tient lors de ses apparitions sur la scène. Or, pour le lecteur ou le spectateur, le personnage de Roméo apparaît comme changeant, voire contradictoire. La dynamique du personnage réside justement dans les contradictions qu’il ne peut résoudre, contradictions que l’on trouve dans son tempérament, dans sa relation aux autres et dans sa conception de l’amour. Nous tenterons de répondre à trois questions : Est-il, comme le dit Y. Bonnefoy dans la préface de l’édition Folio, un personnage mélancolique ? Quelle place occupe-t-il dans la cité de Vérone ? Peut-on l’assimiler à un amant courtois ?

· 

· I-Roméo, un mélancolique ?

·  1-Il est d’abord une absence.

· Dès I,1, sa mère s’interroge : « Où est Roméo ? » et son père déplore sa solitude et « sa sombre humeur qui finira par lui être funeste. »Il est « en son for intérieur, renfermé, impénétrable, insondable ». Bref, il est une énigme. Et c’est précisément au moment où son père fait part de ses inquiétudes que Roméo entre en scène. Mais le dramaturge diffère le dialogue père/ fils qui n’aura jamais lieu dans la pièce. Roméo ne s’expliquera qu’avec ses amis.

·  2-Roméo et la symbolique de la mélancolie.

· Montaigu parle d’une souffrance inconnue chez son fils ; il le compare à « un bouton de fleur rongé par un ver envieux » : la métaphore évoque une jeunesse enfermée sur elle-même, repliée encore et qui n’a rien accompli, qui ne peut se déployer. On ne parlera pas de malaise adolescent ici, car au XVIème siècle, le rapport entre les générations n’était pas le même qu’aujourd’hui et on était adulte beaucoup plus tôt. Les 1ères paroles de Roméo sont pour s’étonner qu’il soit encore tôt et pour déplorer que les moments tristes passent si lentement. Le personnage est associé aussi au sycomore, arbre des chagrins d’amour[1]. Mais son prénom est aussi associé au romarin, plante que l’on dispersait lors des mariages, mais aussi des funérailles pour ses vertus aromatiques. La mélancolie de Roméo est d’origine amoureuse puisqu’il aime sans être payé de retour. « Je ressens cet amour sans y trouver d’amour. » V. Bourgy[2] précise que ce vers a deux sens différents : « ballotté entre des sentiments contradictoires, j’en souffre. » ou « J’aime avec passion, mais ne suis pas aimé en retour. » Amour et mélancolie vont ensemble car pour Roméo, ils associent les contraires : (I, 1) « une folie très sage… un fiel qui nous étouffe,… un baume qui nous sauve.. » Si Roméo est amoureux, c’est parce qu’il est mélancolique et réciproquement.

·  3-Roméo et l’ombre de l’amour.

· Roméo fait le portrait de Rosaline en vers rimés en adoptant toutes les conventions de l’euphuïsme (voir exposé précédent). Il emprunte ainsi à la mythologie (la figure de Diane, beauté, froideur et chasteté). Mais en même temps qu’il fait l’éloge de Rosaline, Roméo est conscient des limites du personnage, condamné à la stérilité : Rosaline est une beauté parfaite qui se prive de toute postérité. Son éloge traduit l’excès : « trop belle et sage, trop sagement belle, elle a renoncé à l’amour ». Roméo a déjà –et presque sans le savoir- condamné Rosaline. Mais, comme tout passionné, il se refuse à l’oublier et à suivre les conseils de Benvolio pour qui « comparer, c’est oublier » ( I, 2 page 43). Roméo est aussi aveugle car il croit lire, dans la liste que lui fait déchiffrer le serviteur des Capulets, le nom de son destin Rosaline : acte I, 2 page 41, alors qu’en fait c’est Juliette qui sera son destin, alors que son nom n’est pas cité dans la liste. (page 42)

·  Roméo, le mélancolique, en quête d’un amour qui se refuse à lui, est aussi, dans la stratégie dramatique de Shakespeare, un jeune homme dans la cité.

· 

· II-Un jeune homme dans la cité.

·  1-Un jeune homme séduisant et estimable.

· Malgré l’opposition des deux familles, le vieux Capulet reconnaît, face à la haine brute de Tybalt, les qualités de Roméo : (I, 5 page 61) « Il se conduit en parfait gentilhomme, et c’est la vérité que Vérone est fière de lui, comme d’un jeune seigneur vertueux et bien éduqué. » Il trace ici le portrait moral de l’idéal aristocratique de la Renaissance et la nourrice trace, elle, le portrait physique de ce parangon que semble être Roméo (II, 5 page 102) « Encore que sa figure soit plus agréable qu’aucune autre, et que sa jambe l’emporte sur celle de tous les autres garçons et que, pour ce qui est de la main, du pied ou du corps, bien qu’il n’y ait vraiment rien à en dire, il soit vraiment hors de pair ! » même s’il faut faire la part de l’ironie et du jeu chez la nourrice, son portrait comporte une part d’admiration sincère. Ce mélange de sympathie et d’espièglerie ironique est décelable aussi dans la suite de son propos : « Il a dit, votre cher amour, en gentilhomme honnête et courtois et généreux et superbe et – je vous le promets – vertueux… » En femme qui connaît la vie, elle ne peut pas garantir la fidélité de Roméo mais elle est prête à gager sur le reste.

·  2-Roméo et les autres jeunes gens.

· Vérone la belle est déchirée par les querelles des grandes familles dont les chefs sont souvent présentés de manière grotesque. Les fils vivent aussi les querelles des pères et forment des groupes aussi soudés qu’antagonistes. Roméo en forme un avec Mercutio et Benvolio : au premier il emprunte le goût de la plaisanterie, le rire et au second, il fait ses confidences. Il aime les joutes verbales comme en II,4 avec Mercutio où il passe du trivial à l’obscène et Mercutio constate avec satisfaction qu’il est redevenu sociable : « Tu es Roméo, lui dit-il. Tu es toi-même, comme la nature et l’art t’ont voulu. » La rencontre avec Juliette réconcilie Roméo avec les autres, même si elle le sépare de la cité. D’ailleurs, Roméo est solidaire de Mercutio dont il cherche à venger la mort. A l’inverse, le jugement de Tybalt sur lui est injurieux (I, 5 page 61) : « ce misérable, un de nos ennemis, un traître, un pareil coquin, », tout comme celui de Paris (V, 3 page 186) : « l’orgueilleux Montaigu, le banni, l’assassin du cousin de ma bien-aimée, vil Montaigu… » Roméo est donc inséré, par sa position sociale et par le nom qu’il porte, dans un solide réseau d’amitiés et d’inimitiés dont il ne parvient pas à sortir.

·  3-Un personnage que l’amour place en rupture avec les codes sociaux.

· Et d’abord, puisque son nom est la cause de l’antique querelle avec les Capulets, il est prêt à renoncer à ce dernier. Juliette le lui demande (II, 2 page 72) en distinguant le nom et l’être profond et en échange de se renoncement, elle se donne à lui tout entière. L’amour sera alors le nouveau nom de Roméo et sa nouvelle naissance, dans une société encore féodale où le fils reprend et perpétue le nom du père. A la nourrice qui le cherche, il relativise l’importance de son nom (II, 4 page 94) : « Je suis le plus jeune de ce nom, faute qu’on en ait trouvé un pire. » . Enfin, dans la cellule du frère Laurent, (III, 3 page 132), il est prêt à mourir c’est-à-dire à « saccager son nom » : « Oh ! frère, dis-moi, dis-moi dans quelle vile partie du corps loge mon nom ; que je puisse tout saccager dans sa détestable demeure ! » Roméo rejette aussi les rivalités qui déchirent la cité : en I, 1, il arrive après l’échauffourée et ne semble guère s’y intéresser : « Quel combat y a-t-il eu ici ? Mais ne m’explique rien car j’ai tout entendu », dit-il à Mercutio. Il refuse de participer au bal chez les Capulet et se distingue en n’y dansant pas ; mais c’est justement pour cela que Juliette le remarque. Il se pose comme un simple témoin : (I, 5 page 52) « Je tiendrai la chandelle et je regarderai ». Dans un renversement ironique, c’est lui qui sera vu par Juliette. Enfin, l’amour lui fait –pour un moment – oublier les codes du duel : il déclare à Tybalt (III, 1 page 110) : « La raison que j’ai de t’aimer fera beaucoup pour excuser la rage qui éclate dans ton salut. » et il dit à Paris (V, 3 page 187) « Par Dieu, je t’aime davantage que moi-même car c’est armé contre moi seul que je suis venu jusqu’ici. » Pourtant, l’amour, dont il voulait faire non seulement un sentiment intime mais aussi un lien social qui briserait la haine, est impuissant à empêcher l’affrontement et donc la mort de Tybalt et de Paris. (eros ne peut devenir agapé).

·  Roméo serait-il alors un amant courtois en rupture avec le monde ?

· 

· III-Roméo, un amant courtois ?

·  1-un amour d’adoration, un amour de loin.

· Le nom de « Roméo » l’assimile à un pèlerin, c’est ce qui apparaît dès la scène de la 1ère rencontre I, 5 page 62 « les lèvres, rougissants pèlerins » et la métaphore est reprise par Juliette : « Bon pèlerin,… Les mains des pèlerins ». Pèlerin, c-à-d errant en quête d’un lieu d’adoration. → Dimension quasi religieuse de cet amour au moins dans le vocabulaire et la rhétorique: (I, 5 page 62) : « châsse bénie, douce pénitence, jeu de mots sur Roméo et pèlerin[3], chère sainte, le péché de mes lèvres ». Amour qui est une forme sublimée du désir mais qui n’est pas, pour autant un amour platonique ; il développe même une dimension érotique suggérée par le baiser et par la métaphore du poignard et du fourreau dans la dernière scène de la pièce. Cet amour courtois est aussi sublimé par les obstacles : c’est pourquoi le dispositif scénique insiste sur le rôle de la fenêtre, à la fois lieu de communication et barrière et sur l’enclos du verger que Roméo a dû franchir. Ne parlons même pas de l’obstacle que constitue la haine des deux familles et que transgresse deux fois Roméo en aimant successivement Rosaline et Juliette. Mais Roméo a immédiatement conscience de cette transgression (I, 5 page 64) : « Ô coûteuse créance ! ma vie est au pouvoir de mon ennemie ! » Pourtant, Roméo n’est pas totalement un amant courtois. D’abord parce que Juliette ne lui impose pas d’épreuves pour éprouver sa fidélité, comme Guenièvre a pu le faire pour Lancelot. Ensuite parce que cet amour n’est pas adultère, même s’il est interdit. Enfin parce que Roméo n’a pas à se surpasser pour atteindre la perfection morale, comme le recommande le code courtois.

·  2-Epreuves et faiblesses.

· Roméo épreuve, après sa rencontre avec Juliette, une exaltation lyrique qui lui fait sous-estimer les obstacles : « Que viennent tous les chagrins, ils n’égaleront pas la part de bonheur que m’offre le moindre instant lorsque je suis avec elle. » (II, 6 page 105). On peut comparer cette plénitude de l’instant avec son expérience du temps « trop long » dans I,1. Cette exultation atteint son paroxysme parce qu’elle est partagée : « Ta joie, ma Juliette est à son comble, comme la mienne. »Le meurtre de Tybalt constitue la première épreuve. Roméo hésite entre les valeurs de l’amour et celles de la violence et ce sont ces dernières qui triomphent, contrairement au code courtois. L’épreuve suivante, imposée par le Prince, est le bannissement : pour Roméo « Il n’y a pas de monde hors des remparts de Vérone » (III,3 page 127). Si Juliette est idéalisée « Le ciel est ici où Juliette vit », l’exil n’est pas l’occasion d’une descente en soi-même et d’une renaissance , comme pour Yvain , le chevalier au lion, qui après avoir côtoyé la folie, pourra regagner l’amour de Laudine. Les reproches de la nourrice et ceux de Frère Laurent sont d’une grande violence : « Debout, voyons, debout, si vous êtes un homme ! » lui dit-elle. Et le frère : « « Je te croyais d’un plus riche métal. » ou encore : « Ton noble aspect n’est donc qu’un moule de cire dépourvu d’énergie virile ? » Ce qui devrait constituer sa force devient sa faiblesse. « Tu es démembré par ce qui devrait te défendre ; » (III, 3 page 133). Seule la perspective de revoir Juliette lui permet de revivre cette exultation :il évoque alors « la joie au-delà de la joie. » Au début de l’acte V, il est encore en proie à ce bonheur illusoire qui lui vient du rêve » Un inusuel entrain m’a soulevé par de riantes pensées

·  3-Roméo marié à la mort.

· Dans certaines versions de Tristan et Iseut, Tristan meurt de souffrance et de solitude. Il renonce à vivre. Roméo, lui, est fasciné par la mort. La séparation avec Juliette est exprimée par la comparaison avec les mouches qui se posent sur une charogne alors que lui-même ne peut approcher le corps de la bien-aimée (III,3 page 128) et il rêve de poison. Eloigné de Vérone, il n’existe plus, théâtralement parlant puisqu’il disparaît de l’acte IV. Le rêve du début de l’acte V, qui le remplit de bonheur, est une fait une annonce ironique – parce qu’inversée – de la scène finale : « J’ai rêvé que venait ma dame, qu’elle me trouvait mort […] mais qu’elle m’insufflait tant de vie par ses baisers sur mes lèvres que je ressuscitais et devenais empereur. » Au lieu de le transcender et de le faire grandir, l’amour développe en Roméo une extraordinaire capacité d’illusion qui permettra au dramaturge de construire un dénouement plein de rebondissements. Jusque dans la scène finale, Roméo vit avec ses contradictions : la protestation d’amour pour Paris qu’il ne veut pas tuer et qui reproduit le début de la scène III, 1 avec Tybalt, la réconciliation avec son père symbolisée par la lettre qu’il lui fait porter, l’ensevelissement de Tybalt près de Juliette, mais aussi la fureur qui l’habite (« L’heure et mes intentions sont épouvantables »), les menaces de mort qu’il profère à l’égard de Balthazar et le meurtre de Paris. Jamais Roméo n’aura pu faire de l’amour la force unificatrice et civilisatrice qu’il est dans le monde du roman courtois. Ses derniers mots sont un véritable hymne à la mort, amoureuse de Juliette, et dont les chambrières sont les vers. Le dernier baiser n’est pas pour Juliette mais pour « l’avide mort, son amer pilote, son âcre guide » ses dernières paroles associent l’amour et la mort : « Sur un baiser, je meurs ». Roméo est l’amant de la mort. Dans un dernier échange, comme il avait substitué Juliette à Rosaline, il substitue la mort à cette dernière.

· 

·  Peut-on émettre l’hypothèse que la mélancolie de Roméo a transformé l’amant courtois qu’il voulait être en amant de la mort ? Ou encore que dans une société divisée par la violence, l’unité intérieure de l’être est impossible et que les contradictions qui le déchirent ne sont que le reflet de la violence du monde ?

· Ou enfin que l’amour courtois a vécu, qu’il ne peut être qu’une exultation aussi fulgurante que brève qui consume Roméo et qui ne s’accomplit que dans le néant ?

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