théâtre élizabethain

Historique [modifier]

Le théâtre élisabéthain a plusieurs origines. La principale est le mystère médiéval faisant partie de la culture religieuse de la plupart des pays d'Europe au Moyen Âge. D'autres sources incluent les moralités médiévales qui ont évolué indépendamment des mystères et le « drame universitaire » qui tentait de se rapprocher de la tragédie grecque. Plus tard, au xviie siècle, la commedia dell'arte et le raffinement des comédies masquées fréquemment présentées à la cour ont joué un rôle important la formation du théâtre public.
Les compagnies provisoires des acteurs attachés aux maisons de gentilshommes et jouant de façon saisonnière dans divers endroits existaient avant le règne d'Élisabeth Ire. Celles-ci furent un vivier pour les acteurs professionnels qui ont joué sur la scène élisabéthaine. Les tournées de ces troupes ont peu à peu remplacé les représentations des mystères et des moralités par les acteurs locaux, et une loi de 1572 a éliminé les troupes restantes n'ayant pas de protecteur en les accusant de vagabondage. À la cour également, les pièces masquées, jouées par des courtisans ou d'autres amateurs, apparemment fréquentes les premières années du règne d'Elisabeth, ont été remplacées par les compagnies professionnelles pourvues de protecteurs nobles, qui se sont développées en nombre et qualité pendant son règne. Le gouvernement local de Londres était généralement hostile aux représentations publiques, mais son hostilité était contrebalancée par le goût de la reine pour le théâtre et l'appui du Conseil Privé du Royaume. Les théâtres ont pris naissance dans les banlieues, particulièrement dans le Southwark, accessible par la Tamise aux habitants de la ville, mais hors de la circonscription de Londres. Les compagnies prétendaient que leurs spectacles publics n'étaient que les répétitions préparatoires pour les nombreuses représentations devant la reine, mais tandis que celles-ci accordaient le prestige, celles-là étaient la vraie et nécessaire source de revenus des acteurs professionnels.
Représentations [modifier]

La scène sur laquelle étaient jouées les pièces élisabéthaines se composait principalement d'un plateau ouvert sur le public par trois côtés, seule l'arrière-scène servait aux entrées et sorties des interprètes, ainsi qu'aux musiciens accompagnant les nombreuses chansons. Les théâtres étaient construits spécialement pour le jeu dramatique, et avaient un niveau supérieur qui pouvait être employé comme balcon (par exemple dans Roméo et Juliette) ou comme tribune pour un voleur harangant la foule (par exemple dans Jules César). Une particularité des compagnies est qu'elles étaient constituées exclusivement d'acteurs masculins. Jusqu'au règne de Charles II, les rôles féminins étaient incarnés par des garçons adolescents costumés en femmes. Depuis la reconstruction, à l'identique de l'original, du Théâtre du Globe historique, on peut facilement imaginer ce que pouvaient être les spectacles de cette époque.
    Article connexe : Théâtre (bâtiment).
Auteurs [modifier]

La population croissante de Londres, la richesse croissante de ses habitants et leur penchant pour le spectacle a produit une littérature dramatique variée, de qualité, et d'ampleur remarquables. Bien que la plupart des pièces écrites pour la scène élisabéthaine aient été perdues, plus de 600 nous sont parvenues.
Les hommes qui écrivirent ces pièces appartenaient à des milieux modestes. Si certains d'entre eux ont suivi un parcours universitaire à Oxford ou Cambridge, ce n'est pas le cas de la plupart d'entre eux. Les universitaires ont souvent regardé de haut ces auteurs qui manquaient d'éducation. Bien que William Shakespeare était un acteur, la majorité ne semble pas avoir été des interprètes, et aucun auteur majeur apparu après 1600 n'est connu pour avoir complété ses revenus avec l'interprétation.
La vie de ces auteurs élisabéthains est bien loin de l'image moderne que l'on peut se faire d'un poète ou d'un intellectuel. Christopher Marlowe a été tué de façon douteuse dans une bagarre de taverne, William Shakespeare s'est associé avec les bas-fonds londoniens et arrondissait ses fins de mois en faisant l'usurier, tandis que Ben Jonson tua un acteur, Gabriel Spencer en duel. Plusieurs étaient probablement soldats.
Les auteurs étaient mal payés pour leurs œuvres. Une fois qu'une pièce était vendue à une compagnie, l'écrivain ne percevait plus aucun droit pour les représentations ou la publication. Beaucoup complétaient leurs revenus en écrivant des pamphlets, malgré tout la plupart de ceux qui ne sont pas morts jeunes sont morts pauvres.
La fin [modifier]

L'émergeant mouvement puritain était hostile aux théâtres, que les puritains considéraient comme remplis de péchés pour maintes raisons. La raison la plus généralement citée était que les jeunes hommes se travestissaient en femmes pour jouer les personnages féminins. Les théâtres se situaient dans les mêmes quartiers où les bordels et d'autres formes de vice proliféraient. Quand les ligues puritaines du Parlement ont pris le contrôle de la ville de Londres au début de la première révolution anglaise, elles ont ordonné la fermeture de tous les théâtres en 1642 — bien que la principale raison fût certainement que la scène était employée en faveur de l'opposition politique. Au moment où la restauration anglaise rouvrit les théâtres en 1660, le roi anglais et beaucoup de dramaturges avaient passé des années en France et avaient été influencés par le florissant théâtre français de Louis XIV, particulièrement pour la tragédie. Cependant, le public de la restauration n'a eu aucun enthousiasme pour les comédies simples et bien construites telles que celles de Molière, mais demandaient plutôt de l'action et du comique rapide. L'agencement des pièces élisabéthaines, avec sa multitude de scènes, de caractères, et le mélange des genres, ont survécu à la comédie de la restauration. Les classiques élisabéthains étaient le soutien principal du répertoire théâtral sous la Restauration, bien que plusieurs tragédies aient été adaptées pour se conformer au goût du moment.
Pendant 50 ans, le drame avait été la forme la plus élevée de littérature anglaise, et les auteurs élisabéthains avaient gagné une réputation dans toute l'Europe, comme certifié dans Don Quichotte et ailleurs, comme les plus fins dramaturges depuis l'Empire romain. Après la fermeture des théâtres de 1642, la comédie extravagante de la Restauration de la fin du xviie siècle était considérée comme le seul drame d'importance en Angleterre, jusqu'à ce que des Irlandais comme George Bernard Shaw, John Synge et Oscar Wilde ressuscitent cet art plus de deux siècles plus tard.

Vous devez être connecté pour poster un commentaire