humeurs festives

De l'obligation païenne d’être heureux ensembles,

Les fêtes, au départ célébraient une liturgie religieuse, scandaient le calendrier des rites et étaient les points d’orgue des épiphénomènes saisonniers, solstice d’hiver, d’été… On commençait donc par les célébrations, on finissait par les réjouissances, comme les fins de carême, les Saint Jean etc. La fête était un acte de participation dionysiaque au rythme de la terre, repris par les divers cultes. Les valeurs spirituelles comblaient la tête et le cœur.

Maintenant, on fête le compte en banque, c’est la saint carnet de chèque, la sainte carte bleue, avec le diable débit, et son Lucifer de banquier. On emmène promener son manteau de vison à la messe de minuit, et encore, dans le meilleur des cas, car en réalité, les bancs d’église sont vides. Plus rien ne rattache la frénésie consumériste et la sociologie de l’action de fêter. Les fêtes sont le moment magique de l’année où vous avez le droit de démontrer à vos proches ou moins proches, le prix qu’ils valent pour vous. À l’être aimé, le cadeau réfléchi, choisi, celui qui va toucher, aux proches moins proches on attribue un prix à ne pas dépasser, et ensuite on ruse dans le cadeau qu’on n’a pas envie de faire et qu’ on fait quand même parce que les conventions vous y obligent. Sur la masse des tickets qu’on additionne combien sont ceux qui ont été produits par amour ? Combien de saletés mises à l’étalage pour l’occasion avez vous empaqueté, pour ne pas oser dire, ‘ « je n’en ai rien à faire de toi, cela sera bien suffisant et aux yeux des autres je n’ai pas fauté »

J’assistais à des négociations pour un horrible objet soldé dont un coin était brisé. Je me demandais à quoi cela pouvait servir,et surtout à qui on l’adressait. Car ce choix se résumait à le plus gros et le moins cher possible. La variante la pire, au cela de vingt  ans, ou quand on ne vit pas de ses charmes, c ‘est l’enveloppe de billets de vingt. Genre, voilà ton budget, le prix que je t’attribue, mais tu ne m’interesse pas assez pour que je me déplace.

Rien, c’est mieux et c‘est plus franc. Quand on ne veut pas, quand on n’a pas envie, quand on ne le sent pas, on ne doit pas faire. Rien de pire qu’un cadeau qui vous indique clairement et votre prix, et la place que vous tenez dans le cœur de l’autre. Et non, « merci » n’est pas de  rigueur pour tous les gestes qu’on vous prodigue ! qui dit merci à part Jésus, quand on le gifle, mais c’est lui qui a inventé Noël ! et lui, au moins, il avait les cadeaux des rois mages ! quoi que l’encens dans le biberon !!!!!

Tout cela pour dire qu’à présent, Noel n’est plus un rassemblement, une union, mais pour certains une corvée onéreuse,  qu’on ferait tout pour éviter. Mais l’effet Noel, c’est que quand on est malheureux, au milieu de ces « fêtes » on est encore plus malheureux.

Vive Noël.

 

Veillons ensemble… ou pas !

Quand vous vous êtes acquitté de votre liste de courses dont la longueur est inversement proportionnelle à la liste de vos affections sincères, il vous reste le corps du débat, le noyau du problème, le cœur des fêtes : le repas de famille.

Aaaaaaaaaaah ! Le repas de Noël. Rassemblement d’êtres qui ont mis toute une vie à construire concomitamment  personnalité et rancœurs. Le repas de Noël c’est la famille, le Nouvel An c’est réservé aux amis. Enfants, gendre et belles-filles, belles-mères, vieilles tantes acariâtres qu’on n’ose pas laisser seule, qui commence à déguster les décorations de l’arbre, qui grignote les guirlandes en trouvant les spaghettis trop secs,  à qui on parle en hurlant à se rompre  la tête, et qu’on déplace comme une potiche, en espérant qu’elle ne fuira pas sur le tapis persan. On décide qu’on fera la trêve de Noël, qu’on oubliera toutes les petites histoires qu’on a empilé dans le caddie de la vie, qu’on va aimer durant quelques heures, ceux qu’on ne supporte même plus quelques minutes en temps ordinaire. On peint le vert vomis en rose Barbie, on recycle les sujet de conversation de l’année précédente en se promettant qu’on ne collera pas son dessert dans la tête de sa belle-mère quand elle aura prononcé pour la vingtième fois, « mon fils qui avait un bel avenir avant son mariage », on décide de laisser sa mère éternelle victime se lever trente fois si elle l’a décidé, et qu’on ne gâchera pas son réveillon en essayant inutilement de la faire asseoir, et en salissant sa belle robe noire dans le gras de l’évier. On ne haïra pas sa belle sœur, dont le décolleté fascinera tellement les hommes de la soirée, qu’on aura l’impression d’être invisible, et on ne tentera pas de la tuer quand elle dira : « Personnellement je peux manger toute la buche que je veux, mais Marie qui a fait tous les régimes sans succès, je comprends qu’elle s’en prive. »   On tentera d’oublier les sous entendus, les plaisanteries lourdes, les pointes acerbes, on ne rêvera pas d’un réveillon avec une bouteille de champagne et un chat au coin du feu. On digèrera la dinde et les grossièretés du beau frère, on n’aura pas d’acidité à cause du mousseux qu’on fait passer pour du champagne, et des questions perfides sur votre travail et votre fiche de paye. On subira sans broncher en boucle le pontage du beau-père, la coloscopie de sa femme, la sonde urinaire qui a fait des dégâts, la qualité de la nourriture en milieu hospitalier, et la fréquence des selles et leur qualité depuis l’opération de l’oncle. On dira merci pour la salière poivrière en forme de téton, on dira merci pour les gants à laver la vaisselle à pois, qui sont tellement plus drôles que des gants ordinaires, on aimera le livre de Musso, on ne laissera pas la tante s’étouffer avec les bonbons en verre qui décorent la table, on pardonnera au chien d’avoir bavé sur les genoux en filant les collants, et on prendra sa place dans la danse des canards. Cristallisation en un soir de toutes les rancoeurs de l’année, le réveillon, une fois que les enfants ont eu leur cadeau, et qu’ils sont collé des morceaux de bûche partout… c’est une bonde d’évier. On rentrera les mains pleines, on les videra dans la poubelle, on se couchera, sur cette certitude : devant nous, à présent, un an plein et entier, avant le réveillon suivant. Demain, ce sera déjà un an moins un jour.

 

 

Commentaires (1)

1. Chevreaux Anthony (site web) 09/02/2010

Bonsoir , c'est votre eleve , pouvez vous accepté mon adresse e-mail de Windows Live Messenger , afin d'échanger une conversation direct ?

tony.guenzi@hotmail.com

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