A la maternelle

 

 Désirant apporter ma pierre à l'édifice pour ces échanges sur "Les lieux de l'enfance", je joins un petit extrait de mes notes sur mon enfance. Celui de ma première école à la Citadelle de Bastia.

A bien des égards, cet épisode particulier de notre existence a certainement contribué pour une large part à nous forger une force de caractère indispensable pour passer du cap de l'enfance à celui de l'adolescence, puis de l'adulte.

 Premières années d’école
Plus jeune, jusqu’à l’âge de six ans environ, je n’ai pas connu cette « corvée du soir ». A l’époque le logement que nous occupions nous suffisait, car la famille n’était pas encore au complet, bien qu’à cet âge, nous étions déjà trois ou quatre frères…Il est vrai qu’il était plus accommodant qu’aujourd’hui de vivre à plusieurs. Compte tenu du nombre élevé de familles nombreuses, nos parents n’avaient pas toujours le choix pour se loger dans un vaste appartement. Et même si les souvenirs demeurent assez flous, nous n’avions pas trop conscience de ces problèmes d’espace.
Dès l’âge de trois ans je fréquentais l’école maternelle toute proche de notre domicile au point de m’y rendre tout seul. Elle était située à moins de cent mètres à peine … il suffisait de longer deux bâtiments pour se retrouver devant la porte d’entrée où aucune inscription ne laissait présager qu’il s’agissait d’un établissement scolaire. Je m’y rendais fièrement avec une toute petite valisette bleue en carton juste suffisante pour y accueillir une petite ardoise, un chiffon, des bâtons de craie et l’indispensable goûter pour tenir jusqu’à l’heure du déjeuner.
Côté cour un large préau donnait sur un magnifique panorama : à gauche, le Vieux port de la ville et tous ses petits bateaux colorés avec en deuxième plan le port de commerce qui, à mes yeux, représentait le bout du monde. En face, la mer Tyrrhénienne d’un bleu profond avec sa longue ligne d’horizon parsemée d’archipels célèbres tels l’île d’Elbe, résidence éphémère d’un certain Napoléon dont j’ignorais encore son existence, les îles toscanes de Monte-Cristo, chère à Alexandre Dumas (qui me donnera l’occasion de rêver quelques années plus tard) et de Pianosa qui servait de pénitencier. Enfin, à droite du préau, l’immeuble où nous habitions, presque à portée de mains.
Les paquebots de l’époque avaient pour nom : le Ville d’Ajaccio, Commandant Quéré, Chanzy, Cyrnos, Sampiero Corso… A chaque départ de l’un d’eux je ressentais une forte émotion tant il représentait une complète évasion. Au fur et à mesure que le bateau disparaissait, je rêvais de pays lointains dont je ne soupçonnais même pas l’existence.
A la question : « jusqu’où vont les bateaux que l’on voit partir tous les jours ? » ma mère répondait : « Ils rejoignent le Continent de l’autre côté de la mer… ». Cet « autre côté » qui représentait l’inconnu me fascinait et j’aurais l’occasion de raconter plus loin mon premier voyage en bateau.
Il doit être peu fréquent qu’une cour d’école donne sur un site aussi grandiose. Mais pour autant nous avantageait-il en quoi que ce soit dans les prémices de nos chères études ? A l’évidence tel n’était pas le cas ; sinon nous aurions tous été des surdoués, voire de futurs génies de la dimension d’Einstein…
A l’heure de la récréation nous occupions le préau et très souvent j’apercevais mon père juste en dessous, près des remparts, ou bien s’affairant à des tâches diverses tout en sifflotant des airs connus de l’époque. Sa présence avait un effet rassurant. Il affichait constamment un air serein et ne manquait jamais de m’adresser un petit signe de la main signifiant : « ne t’inquiète surtout pas, je suis là ! ».
Ces trois années d’école maternelle pour lesquelles je n’ai gardé que peu de souvenirs se passèrent sans anicroche. Je m’étais adapté à cette vie bien régulée, l’école et la vie de famille.


 

 

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