Corvée de lait

Parmi la multitude d'anecdotes ayant trait à mon enfance, j'ai le souvenir impérissable de celle qui consistait à aller chercher immuablement le lait chaque jour, dans la soirée. Il s'agissait de lait frais emmené dans de gros "stagnaroni" ( seaux en fer) sur le lieu de vente, "u magazinu", situé " In giardinè" (comprendre "Place Guasco", à la Citadelle).
Le lait arrivait aux alentours de 19h. Il était versé dans une grande cuve pouvant contenir plusieurs "stagnoni".
Mes parents nous confiaient cette tâche à tour de rôle avec mes frères. Je partais toujours une bonne heure avant, déposais le petit "bidone" de fer (recouvert d'un couvercle relié par une chainette), à l'intérieur du "magazinu", dans un grand évier en pierre, où trônaient une bonne vingtaine de ces petits "stagnone". En attendant l'arrivée du délicieux breuvage, nous jouions sur la place. La plupart du temps au foot. Certains soirs, les parties étaient si prenantes, qu'on oubliait notre mission.
Ainsi, quand nous réalisions qu'il faisait nuit et qu'il était donc très tard, nous foncions dans le "magazinu" pour constater...qu'il n'y avait plus de lait. La commerçante, prénommée Antoïsa, nous lançait " Ghjé avà chi si vène ! ".
Confus et honteux, comme le corbeau dans la fable, nous constations les dégâts. Bredouilles, le trajet du retour n'était pas assez long pour essayer de trouver les arguments afin ne pas trop subir la colère de nos parents

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