Quelle vision et quels rapports entre le maître et l’apprenant, la littérature nous offre-t-elle ?
· Groupement de textes
· L’Enfant, Jules Vales,MES HUMANITÉS
· Azouz Begag : Le gone du Chaâba
· Annie Ernaux, La Honte
· André Gide, Si le grain ne meurt,
· Nathalie Sarraute Enfance,
· Albert Camus Le Premier Homme (posthume)
· Charles Juliet, Lambeaux
· Jules Vallès, L’Enfant
· Gustave Flaubert, Madame Bovary
· Alain-René Lesage, Histoire de Gil Blas de Santillane
· Œuvre complète : Aurélien, Aragon
· Lectures cursives : L’Etranger, Camus
· Une vie, Annie Ernaux
· Groupement de textes
· Œuvre complète : l’Ile des esclaves, Marivaux
· Groupement de textes
· De l’éducation des enfants, Erasme
· Essais, Montaigne
· Les Femmes savantes, Molière
· L’Emile, J.J.Rousseau
· Jeannot et Colin, Voltaire
· Mémoires sur l’instruction publique, Condorcet
· Les Contemplations, Hugo
· L’enseignement, Jules Ferry
· Œuvre complète : Les caractères, La Bruyère
· Groupement de textes (VERS une étude diachronique, les genres fixes, évolution de la conscience du sentiment amoureux, les courants littéraires)
· Ballade des dames du temps jadis. Villon,1461
· Sonnets, François de malherbe, 1608
· Pour la vicomtesse d’Auchy , élégies, André Chénier , 1790
· Des belles voluptés la voix enchanteresse, André Chénier, 1790
· Romance, le premier amour, Marceline Desbordes-Valmore
· Les contemplations, Victor Hugo, 1856
· Feu de joie, Charlot mystique, Louis Aragon ,1922
Pinacotèque : les Préraphaélites : vision des grands mythes amoureux
Klimt, Rodin, le baiser
· Œuvre complète : Alcools, Apollinaire
Œuvre complète : Discours de la servitude volontaire, La Boétie, 1574
Groupement de textes :
Œuvre complète :
les mouches, JP Sartre
Antigone, Anouilh
extraits, Antigone, Sophocle
Groupement de textes Rhinocéros, ionesco
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Vision diachronique : portraits d’enseignants dans la littérature
Comme ils n’avaient pour tout bien que leurs gages, j’aurais couru risque d’être assez mal élevé, si je n’eusse pas eu dans la ville un oncle chanoine. Il se nommait Gil Perez. Il était frère aîné de ma mère et mon parrain. Représentez-vous un petit homme haut de trois pieds et demi, extraordinairement gros, avec une tête enfoncée entre les deux épaules : voilà mon oncle. Au reste, c’était un ecclésiastique qui ne songeait qu’à bien vivre, c’est-à-dire qu’à faire bonne chère ; et sa prébende, qui n’était pas mauvaise, lui en fournissait les moyens.
Il me prit chez lui dès mon enfance, et se chargea de mon éducation. Je lui parus si éveillé, qu’il résolut de cultiver mon esprit. Il m’acheta un alphabet, et entreprit de m’apprendre lui-même à lire ; ce qui ne lui fut pas moins utile qu’à moi ; car, en me faisant connaître mes lettres, il se remit à la lecture, qu’il avait toujours fort négligée, et, à force de s’y appliquer, il parvint à lire couramment son bréviaire, ce qu’il n’avait jamais fait auparavant. Il aurait encore bien voulu m’enseigner la langue latine ; c’eût été autant d’argent épargné pour lui ; mais, hélas ! le pauvre Gil Perez ! il n’en avait de sa vie su les premiers principes ;
Alain-René Lesage, Histoire de Gil Blas de Santillane
Nous étions à l’étude, quand le Proviseur entra, suivi d’un nouveau habillé en bourgeois et d’un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail.
Le Proviseur nous fit signe de nous rasseoir ; puis, se tournant vers le maître d’études :
— Monsieur Roger, lui dit-il à demi-voix, voici un élève que je vous recommande, il entre en cinquième. Si son travail et sa conduite sont méritoires, il passera dans les grands, où l’appelle son âge.[…]
Cependant, sous la pluie des pensums, l’ordre peu à peu se rétablit dans la classe, et le professeur, parvenu à saisir le nom de Charles Bovary, se l’étant fait dicter, épeler et relire, commanda tout de suite au pauvre diable d’aller s’asseoir sur le banc de paresse, au pied de la chaire. Il se mit en mouvement, mais, avant de partir, hésita.
— Que cherchez-vous ? demanda le professeur.
— Ma cas…, fit timidement le nouveau, promenant autour de lui des regards inquiets.
— Cinq cents vers à toute la classe ! exclamé d’une voix furieuse, arrêta, comme le Quos ego, une bourrasque nouvelle. – Restez donc tranquilles ! continuait le professeur indigné, et s’essuyant le front avec son mouchoir qu’il venait de prendre dans sa toque : Quant à vous, le nouveau, vous me copierez vingt fois le verbe ridiculus sum.
Puis, d’une voix plus douce :
— Eh ! vous la retrouverez, votre casquette ; on ne vous l’a pas volée !
Gustave Flaubert, Madame Bovary
J’ai pour professeur un petit homme à lunettes cerclées d’argent, au nez et à la voix pointus, avec un brin de moustache, des bouts de jambes un peu cagneuses, - elles ne l’empêcheront pas de faire son chemin, - insinuant, fouilleur, chafouin, furet, belette, taupe : il arrive de Paris, où il a été reçu, comme Turfin, un des premiers à l’agrégation ; il y a laissé des protecteurs que son esprit de gringalet amuse ; il en a rapporté une femme amusante, jolie, et qui trouve tous ces provinciaux bien sots.
M.Larbeau, c’est son nom, se fiche un peu de ses élèves, - il est caressant avec les fils des influents, qu’il ménage et auprès de qui il a conquis une popularité parce qu’il les traite comme de grands garçons, mais il n’est pas rosse pour les autres. Pourvu qu’on rie de ce qu’il dit ! – il fait des calembours et propose quelquefois des charades ; on l’appelle le Parisien.
Je crois qu’il me trouve un peu couenne, - parce que ses blagues ne m’amusent pas ; puis, il a entendu dire, par un camarade qui prend les répétitions avec lui, que j’ai voulu être cordonnier et que maintenant j’aimerais être forgeron. Je lui semble commun ; ma mère d’ailleurs lui paraît vulgaire et mon père lui fait l’effet d’un pauvre diable. Mais il ne me tourmente pas, il a l’air de me croire, même quand je dis que j’ai oublié mes devoirs, ou que je me suis trompé de leçon.
Jules Vallès, L’Enfant
Un homme doux, bourru, méditatif, aux yeux bleu pâle, bons et malicieux, cerclés de petites lunettes rondes. Avec une ample barbe grise, une épaisse tignasse blanche, aux longues mèches rebelles, qui lui tombent sur le front, et qu’à tout moment, d’un geste machinal, il repousse en arrière. Il te paraît ineffablement vieux. Les matins d’hiver, il prend sa chaise et vient s’installer près du poêle. Aussitôt vous l’imitez, vous disposant en cercle, genoux contre genoux. Le poêle ronfle, le bois qui brûle sent bon, tu peux voir par la fenêtre les fines branches nues des bouleaux osciller dans le vent, et tu t’abandonnes à cette quiétude, t’enivres du bien-être qui naît de cette chaleur et cette intimité. Il s’exprime avec lenteur, d’une voix grave et basse, attentif à ce qu’il lit sur vos visages. Tu l’écoutes avec une concentration si totale que ses paroles se gravent dans ta mémoire, et que la leçon qu’il fait, tu n’auras pas à l’apprendre. Combien tu aimes l’école ! Chaque fois que tu pousses la petite porte de fer et t’avances dans la cour, tu pénètres dans un monde autre, deviens une autre petite fille, et instantanément, tu oublies tout du village et de la ferme. Ce qui constitue ton univers – le maître, les cahiers et les livres, le tableau noir, l’odeur de la craie, les cartes de géographie, ton plumier et ton cartable, cette blouse noire trop longue que tu ne portes que les jours de classe – tu le vénères. Et la veille des grandes vacances, alors que les autres, au comble de l’excitation, crient, chantent et chahutent, tu quittes l’école en pleurant. Les deux dernières années, quand venait ton tour d’être interrogée, il renonçait à vérifier si tu savais ta leçon, t’attribuait d’office la meilleure note. Ton sérieux, ta maturité et ta soif d’apprendre l’avaient impressionné, et bien qu’il ne t’eût jamais rien dit de ce qu’il pensait de toi, tu sentais qu’il te voyait comme un petit phénomène et te tenait en particulière estime. Un jour, bien plus tard, alors que prise de nostalgie, tu revivais les heures avides et enchantées que tu avais connues là, dans cette petite salle de classe, à littéralement boire ses paroles, tu oses t’avouer que tu avais fini par le considérer comme un père. Un père que tu as aimé ainsi qu’on aime à cet âge, d’un amour entier, violent, absolu. La veille des vacances, tu quittais l’école en pleurant, moquée par tes camarades. Mais prisonnière de ton chagrin, tu avançais parmi eux en aveugle, hébétée, ne percevant rien de ce qui t’entourait.
Charles Juliet, Lambeaux
Celui-là (1) n’avait pas connu son père, mais il lui en parlait souvent sous une forme un peu mythologique, et dans tous les cas, à un moment précis, il avait su remplacer ce père. C’est pourquoi Jacques ne l’avait jamais oublié, comme si, n’ayant jamais éprouvé réellement l’absence d’un père qu’il n’avait jamais connu, il avait reconnu cependant inconsciemment, étant enfant d’abord, puis tout au long de sa vie, le seul geste paternel, à la fois réfléchi et décisif, qui fût intervenu dans sa vie d’enfance. Car Monsieur Bernard, son instituteur de la classe du certificat d’études, avait pesé de tout son poids d’homme, à un moment donné, pour modifier le destin de cet enfant dont il avait la charge, et il l’avait modifié en effet.
Pour le moment, Monsieur Bernard était là devant Jacques dans son petit appartement des tournants Rovigo, presque au pied de la casbah, un quartier qui dominait la ville et la mer, occupé par des petits commerçants de toutes races et toutes religions, où les maisons sentaient à la fois les épices et la pauvreté. Il était là, vieilli, le cheveu plus rare, des taches de vieillesse derrière le tissu maintenant vitrifié des joues et des mains, se déplaçant plus lentement, que jadis, et visiblement content dès qu’il pouvait se rasseoir dans son fauteuil de rotin près de la fenêtre qui donnait sur la rue commerçante et où pépitait un canari, attendri aussi par l’âge et laissant paraître son émotion, ce qu’il n’eût pas fait auparavant, mais droit encore, et la voix forte et faible, comme au temps où, planté devant sa classe, il disait : « En rangs par deux. Par deux ! Je n’ai pas dit par cinq ! » Et la bousculade cessait, les élèves, Monsieur Bernard était craint et adoré en même temps, se rangeaient le long du mur extérieur dans la galerie du premier étage, jusqu’à ce que, les rangs enfin réguliers et immobiles, les enfants silencieux, un « Entrez maintenant, bande de tramousses (2) » les libérait, leur donnant le signal du mouvement et d’une animation plus discrète que Monsieur Bernard, solide, élégamment habillé, son fort visage régulier couronné de cheveux un peu clairsemés mais bien lisses, fleurant l’eau de Cologne, surveillait avec bonne humeur et sévérité.
Albert Camus Le Premier Homme (posthume)
Je n’ai gardé de mon passage assez bref au cours (1) Bréhant que le souvenir de mon écriture, jusque-là tout à fait claire, et devenue subitement méconnaissable… je ne comprenais pas ce qu’il lui arrivait … les caractères étaient déformés, contrefaits, les lignes partaient dans tous les sens, je ne parvenais plus à diriger ma main…
Au cours Bréhant on montre à mon égard beaucoup de patience, de la sollicitude. Quand on parvient à déchiffrer mon gribouillis, on s’aperçoit que je fais moins de fautes d’orthographe que les autres, j’ai sans doute beaucoup lu pour mon âge. Mais il faut que je recommence à apprendre à écrire. Comme autrefois, quand j’allais à l’école de la rue des Feuillantines, je recouvre à l’encre noire des bâtonnets d’un bleu-gris très pâle, tous alignés sous un même angle. Je rapporte à la maison des cahiers pleins de bâtonnets et aussi de lettres que je dois retracer de la même façon… petit à petit, à force d’application, mon écriture s’assagit, se calme…
C’est apaisant, c’est rassurant d’être là toute seule enfermée dans ma chambre… personne ne viendra me déranger, je fais « mes devoirs », j’accomplis un devoir que tout le monde respecte… Lili crie, Véra se fâche je ne sais contre quoi ni qui, des gens vont et viennent derrière ma porte, rien de tout cela ne me concerne… J’essuie ma plume sur un petit carré de feutre, je la trempe dans le flacon d’encre noire, je recouvre en faisant très attention… il faut qu’il n’y ait aucune bavure… les pâles fantômes de bâtonnets, de lettres, je les rends le plus visibles, le plus nets possible… je contrains ma main et elle m’obéit de mieux en mieux…
Nathalie Sarraute Enfance,
Mes parents m’avaient donc fait entrer à l’Ecole alsacienne. J’avais huit ans. Je n’étais pas entré dans la dixième classe, celle des plus petits bambins, à qui M. Grisier inculquait les rudiments ; mais aussitôt dans la suivante, celle de M. Vedel, un brave Méridional tout rond, avec une mèche de cheveux noirs qui se cabrait en avant du front et dont le subit romantisme jurait étrangement avec l’anodine placidité du reste de la personne Quelques semaines ou quelques jours avant ce que je vais raconter mon père m’avait accompagné pour me présenter au directeur. Comme les classes avaient déjà repris et que j’étais retardataire, les élèves, dans la cour, rangés pour nous laisser passer, chuchotaient : « Oh ! un nouveau ! un nouveau ! » et, très ému, je me pressais contre mon père. Puis j’avais pris place auprès des autres, de ces autres que je devais bientôt perdre de vue pour les raisons que j’aurai à dire ensuite. – Or ce jour-là, M. Vedel enseignait aux élèves qu’il y avait parfois dans les langues plusieurs mots qui, indifféremment, peuvent désigner un même objet, et qu’on les nomme alors des synonymes. C’est ainsi, donnait-il un exemple, que le mot « coudrier » et le mot « noisetier » désignent à la fois le même arbuste. Et faisant alterner suivant l’usage, et pour animer la leçon, l’interrogation et l’enseignement, M. Vedel pria l’élève Gide de répéter ce qu’il venait de dire…
Je ne répondis pas. Je ne savais pas répondre. Mais M. Vedel était bon : il répéta sa définition avec la patience des vrais maîtres, proposa de nouveau le même exemple ; mais quand il me demanda de nouveau de redire après lui le mot synonyme de « coudrier », de nouveau je demeurai coi. Alors il se fâcha quelque peu, pour la forme, et me pria d’aller dans la cour répéter vingt fois de suite que « coudrier » est synonyme de « noisetier », puis de revenir lui dire.
Ma stupidité avait mis en joie toute la classe. Si j’avais voulu me tailler un succès, il m’eût été facile, au retour de ma pénitence, lorsque M. Vedel, m’ayant rappelé, me demanda pour la troisième fois le synonyme de « coudrier », de répondre « chou-fleur » ou « citrouille ». Mais non, je ne cherchais pas le succès et il me déplaisait de prêter à rire ; simplement j’étais stupide. Peut-être bien aussi que je m’étais mis dans la tête de ne pas céder, - Non, pas même cela : en vérité, je crois que je ne comprenais pas ce que l’on voulait de moi, ce que l’on attendait de moi !
André Gide, Si le grain ne meurt,
En 51-52, je suis en septième –cours moyen deuxième année de l’école primaire publique – chez Mlle L., dont la réputation de terreur est connue bien avant de l’avoir comme maîtresse. En huitième à travers la cloison, n Aucun commentaire Vous devez être connecté pour poster un message.Dernière mise à jour de cette page le 03/09/2010