Progression année 2010.pdfProgression année 2010/2011 seconde partie 1
Quelle vision de l’altérité, la littérature dégage-t-elle au travers de ses divers épiphénomènes ?
· -« Le portrait ovale » Poe
L’autre en peinture ; l’homme la femme ; Le clair-obscur en peinture ; le fantastique
· « La peau de chagrin » Balzac
« je » est un autre, découverte de soi, découverte du monde
· Etude d’une œuvre intégrale ; « Dom Juan », Molière
Rapports entre un Seigneur du XVII eme siècle et les hommes de son temps :
Maîtres et valets
Père et fils L’idéal d’Honnête Homme
Homme et femme
Le Classicisme, le Baroque,
· Groupement d e textes :
· Etude d’une œuvre intégrale « L’Ingénu », Voltaire
· Groupement de textes :
· Texte 1 : "Un honnête homme, c'est un homme mêlé" ( Montaigne, Essais, III, ix, "De la vanité", 1588)
Texte 2 : "Je hais tous les hommes" (Molière, Le Misanthrope, Acte I, scène 1, vers 113-178, 1666)
Texte 3 : "Qui es-tu donc, pour faire des esclaves ?" (Diderot, Supplément au voyage de Bougainville, chapitre II, 1772)
Texte 4 : "(...) on est vraiment et toujours et partout seul au monde" (Maupassant, Les Soeurs Rondoli, 1884)
Texte 5 : "Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi..." (Aimé Césaire, Cahier d'un retour au pays natal, 1947)
L’autre dans une étude diachronique de la poésie
· Etude d’une œuvre intégrale « Cahier d’un retour au pays Natal », Césaire
· Groupement de textes
Ø Admiration, Pierre Albert Binot
Ø L’enfant de lune, Marc Alyn
Ø Le dromadaire, G.Apollinaire
Ø Saltimbanque, G Apollinaire
Ø Un jour un jour, Aragon
Ø Lectures transatlantiques, Butor
Ø L’Etranger, Baudelaire
Le Portrait ovale
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Nouvelles Histoires extraordinaires
A. Quantin, 1857 (1884) (pp. 295-299).
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Le Portrait ovale |
Le château dans lequel mon domestique s’était avisé de pénétrer de force, plutôt que de me permettre, déplorablement blessé comme je l’étais, de passer une nuit en plein air, était un de ces bâtiments, mélange de grandeur et de mélancolie, qui ont si longtemps dressé leurs fronts sourcilleux au milieu des Apennins, aussi bien dans la réalité que dans l’imagination de mistress Radcliffe. Selon toute apparence, il avait été temporairement et tout récemment abandonné. Nous nous installâmes dans une des chambres les plus petites et les moins somptueusement meublées. Elle était située dans une tour écartée du bâtiment. Sa décoration était riche, mais antique et délabrée. Les murs étaient tendus de tapisseries et décorés de nombreux trophées héraldiques de toute forme, ainsi que d’une quantité vraiment prodigieuse de peintures modernes, pleines de style, dans de riches cadres d’or d’un goût arabesque. Je pris un profond intérêt, ce fut peut-être mon délire qui commençait qui en fut cause, je pris un profond intérêt à ces peintures qui étaient suspendues non seulement sur les faces principales des murs, mais aussi dans une foule de recoins que la bizarre architecture du château rendait inévitables ; si bien que j’ordonnai à Pedro de fermer les lourds volets de la chambre, puisqu’il faisait déjà nuit, d’allumer un grand candélabre à plusieurs branches placé près de son chevet, et d’ouvrir tout grands les rideaux de velours noir garnis de crépines qui entouraient le lit. Je désirais que cela fût ainsi, pour que je pusse au moins, si je ne pouvais pas dormir, me consoler alternativement par la contemplation de ces peintures et par la lecture d’un petit volume que j’avais trouvé sur l’oreiller et qui en contenait l’appréciation et l’analyse.
Je lus longtemps, longtemps ; je contemplai religieusement, dévotement ; les heures s’envolèrent rapides et glorieuses, et le profond minuit arriva. La position du candélabre me déplaisait, et, étendant la main avec difficulté pour ne pas déranger mon valet assoupi, je plaçai l’objet de manière à jeter les rayons en plein sur le livre.
Mais l’action produisit un effet absolument inattendu. Les rayons des nombreuses bougies (car il y en avait beaucoup) tombèrent alors sur une niche de la chambre que l’une des colonnes du lit avait jusque-là couverte d’une ombre profonde. J’aperçus dans une vive lumière une peinture qui m’avait d’abord échappé. C’était le portrait d’une jeune fille déjà mûrissante et presque femme. Je jetai sur la peinture un coup d’oeil rapide, et je fermai les yeux. Pourquoi, je ne le compris pas bien moi-même tout d’abord. Mais pendant que mes paupières restaient closes, j’analysai rapidement la raison qui me les faisait fermer ainsi. C’était un mouvement involontaire pour gagner du temps et pour penser, pour m’assurer que ma vue ne m’avait pas trompé, pour calmer et préparer mon esprit à une contemplation plus froide et plus sûre. Au bout de quelques instants, je regardai de nouveau la peinture fixement.
Je ne pouvais pas douter, quand même je l’aurais voulu, que je n’y visse alors très nettement ; car le premier éclair du flambeau sur cette toile avait dissipé la stupeur rêveuse dont mes sens étaient possédés, et m’avait rappelé tout d’un coup à la vie réelle.
Le portrait, je l’ai déjà dit, était celui d’une jeune fille. C’était une simple tête, avec des épaules, le tout dans ce style qu’on appelle en langage technique, style de vignette ; beaucoup de la manière de Sully dans ses têtes de prédilection. Les bras, le sein, et même les bouts des cheveux rayonnants, se fondaient insaisissablement dans l’ombre vague mais profonde qui servait de fond à l’ensemble. Le cadre était ovale, magnifiquement doré et guilloché dans le goût moresque. Comme œuvre d’art, on ne pouvait rien trouver de plus admirable que la peinture elle-même. Mais il se peut bien que ce ne fût ni l’exécution de l’œuvre, ni l’immortelle beauté de la physionomie, qui m’impressionna si soudainement et si fortement. Encore moins devais-je croire que mon imagination, sortant d’un demi-sommeil, eût pris la tête pour celle d’une personne vivante. Je vis tout d’abord que les détails du dessin, le style de vignette, et l’aspect du cadre auraient immédiatement dissipé un pareil charme, et m’auraient préservé de toute illusion même momentanée. Tout en faisant ces réflexions, et très vivement, je restai, à demi étendu, à demi assis, une heure entière peut-être, les yeux rivés à ce portrait. A la longue, ayant découvert le vrai secret de son effet, je me laissai retomber sur le lit. J’avais deviné que le charme de la peinture était une expression vitale absolument adéquate à la vie elle- même, qui d’abord m’avait fait tressaillir, et finalement m’avait confondu, subjugué, épouvanté. Avec une terreur profonde et respectueuse, je replaçai le candélabre dans sa position première. Ayant ainsi dérobé à ma vue la cause de ma profonde agitation, je cherchai vivement le volume qui contenait l’analyse des tableaux et leur histoire. Allant droit au numéro qui désignait le portrait ovale, j’y lus le vague et singulier récit qui suit :
« C’était une jeune fille d’une très rare beauté, et qui n’était pas moins aimable que pleine de gaieté. Et maudite fut l’heure où elle vit, et aima, et épousa le peintre. Lui, passionné, studieux, austère, et ayant déjà trouvé une épouse dans son Art ; elle, une jeune fille d’une très rare beauté, et non moins aimable que pleine de gaieté : rien que lumière et sourires, et la folâtrerie d’un jeune faon ; aimant et chérissant toutes choses ; ne haïssant que l’Art qui était son rival ; ne redoutant que la palette et les brosses, et les autres instruments fâcheux qui la privaient de la figure de son adoré. Ce fut une terrible chose pour cette dame que d’entendre le peintre parler du désir de peindre même sa jeune épouse. Mais elle était humble et obéissante, et elle s’assit avec douceur pendant de longues semaines dans la sombre et haute chambre de la tour, où la lumière filtrait sur la pâle toile seulement par le plafond. Mais lui, le peintre, mettait sa gloire dans son œuvre, qui avançait d’heure en heure et de jour en jour. Et c’était un homme passionné, et étrange, et pensif, qui se perdait en rêveries ; si bien qu’il ne voulait pas voir que la lumière qui tombait si lugubrement dans cette tour isolée desséchait la santé et les esprits de sa femme, qui languissait visiblement pour tout le monde, excepté pour lui. Cependant elle souriait toujours, et toujours, sans se plaindre, parce qu’elle voyait que le peintre (qui avait un grand renom) prenait un plaisir vif et brûlant dans sa tâche, et travaillait nuit et jour pour peindre celle qui l’aimait si fort, mais qui devenait de jour en jour plus languissante et plus faible. Et en vérité, ceux qui contemplaient le portrait parlaient à voix basse de sa ressemblance, comme d’une puissante merveille et comme d’une preuve non moins grande de la puissance du peintre que de son profond amour pour celle qu’il peignait si miraculeusement bien. Mais à la longue, comme la besogne approchait de sa fin, personne ne fut plus admis dans la tour ; car le peintre était devenu fou par l’ardeur de son travail, et il détournait rarement ses yeux de la toile, même pourre garder la figure de sa femme. Et il ne voulait pas voir que les couleurs qu’il étalait sur la toile étaient tirées des joues de celle qui était assise près de lui. Et quand bien des semaines furent passées, et qu’il ne restait plus que peu de chose à faire, rien qu’une touche sur la bouche et un glacis sur l’œil, l’esprit de la dame palpita encore comme la flamme dans le bec d’une lampe. Et alors la touche fut donnée, et alors le glacis fut placé ; et pendant un moment le peintre se tint en extase devant le travail qu’il avait travaillé ; mais une minute après, comme il contemplait encore, il trembla, et il devint très pâle, et il fut frappé d’effroi ; et criant d’une voix éclatante : en vérité c’est la Vie elle-même ! Il se retourna brusquement pour regarder sa bien-aimée ; elle était morte ! »
1 La mise en place d’un cadre réaliste
1.1 Au niveau des personnages
1.2 Au niveau des lieux
1.3 Le glissement progressif vers l’irréel
1.3.1 La création d'un univers mystérieux
1.3.2 Le château
1.3.3 La mise en valeur du portrait
2 Le registre fantastique
2.1 L’incertitude
2.2 L’ébranlement
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Narrateur interne au récit.
Emploi du pronom « je » : identification possible du lecteur avec le narrateur, authenticité du témoignage.
Des détails comme la blessure qui justifie son arrêt en pleine nuit dans la montagne, de plus le narrateur est un amateur d’art qui s’intéresse à la peinture et peut en parler avec des termes techniques.
Par ailleurs le narrateur est accompagné de son domestique dont il va donner l’identité ; il s’appelle Pedro.
L’action se passe dans un château, au milieu des Apennins. Nous avons une description précise de l’intérieur : la décoration et une chambre en particulier, celle qui sera la chambre du narrateur.
Le moment choisi par le narrateur est précis : le profond minuit arriva. Il s’agit d’un moment connoté de peur et de mystère.
Il comporte de nombreux éléments inquiétants. Tout d’abord, il est isolé, perdu au milieu des montagnes. Ensuite, il est abandonné : la tour où va se réfugié le narrateur est à l'écart du bâtiment. Troisièmement, il ressemble à une sorte de prison, de labyrinthe inquiétant avec sa foule de recoins et son architecture bizarre. Enfin, il est personnifié avec l’expression « leur front sourcilleux » ; d’ailleurs le narrateur fait lui même référence à Mistress Radcliffe, auteur de roman gothique.
Le portrait est mis en valeur avec une opposition entre l’ombre et la lumière. Cette mise en valeur rappelle le procédé du clair-obscur en peinture. On relève donc dans le texte deux champs lexicaux opposés : celui de l’ombre et celui de la lumière.
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L'ombre |
La lumière |
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La nuit |
Candélabre |
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Fermer les volets |
Les rayons de nombreuses bougies |
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Le profond minuit |
Le flambeau |
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Ombre profonde |
...
Grâce à ce contraste le portrait apparaît comme l’apparition d’une jeune fille.
Le texte oscille entre le rêve et la réalité. En effet, le narrateur affirme qu’il a fermé les yeux, sort d’un demi-sommeil, il est à demi éte Aucun commentaire Vous devez être connecté pour poster un message.Dernière mise à jour de cette page le 21/06/2010