progression seconde 2

 

Progression année 2010.pdf

Grâce à ce contraste le portrait apparaît comme l’apparition d’une jeune fille.

[modifier]Le registre fantastique

[modifier]L’incertitude

Le texte oscille entre le rêve et la réalité. En effet, le narrateur affirme qu’il a fermé les yeux, sort d’un demi-sommeil, il est à demi étendu, à demi assis ; mais par ailleurs il semble vouloir faire un effort de lucidité, ainsi il affirme essayer de se calmer et préparer son esprit à une contemplation plus froide. Ou alors il se dit rappeler à la vie réelle, il utilise de nombreux verbes de perception du champ lexical de la vue. Rêve ou réalité le narrateur ne le sait pas lui-même, il utilise des modalisateurs comme le « peut-être », qui montrent qu’il a perdu les repères temporels.

[modifier]L’ébranlement

L’incertitude fait naître de la peur dont on relève d’ailleurs le champ lexical : « tressaillir » avec la graduation hyperbolique « épouvanter » et « terreur profonde ».


 

deswa.gif (1548 octets)

    EXTRAIT DE LA PLAIDOIRIE D'ALEXIS DESWAEF ETUDIE EN CLASSE


Du combat pour le respect des Droits de l'Homme à un message de citoyenneté.

Raymond...

C'est pour Raymond que je plaide devant vous aujourd'hui et, à travers lui, pour les sans-abri de Bruxelles, Bruges ou Gand, de Cannes, Perpignan ou Carcassone, de Moscou ou Atlanta. Pour tous ces sans-abri qui sont pourchassés pour délit de mendicité par les forces de l'ordre, sur la base de l'un ou l'autre arrêté municipal. Je veux plaider pour leurs droits, leur droit au respect, leur droit à un autre regard que celui que jette le nanti attablé à la terrasse d'un café sur le clochard qui vient lui demander une pièce. Bref, je veux plaider pour leur droit à une égale dignité.
Égale dignité.... terme d'expert. En fait, Raymond disait simplement que toute personne a le droit de vivre comme tout le monde, que la vie d'un sans-abri a la même valeur que la vie de tout autre citoyen.

Bruges, on la surnomme la Venise du Nord, étape obligée pour tous les touristes traversant notre petit pays. J'ai grandi dans cette ville-musée moyenâgeuse. Bruges, la morte. Jamais je n'y ai vu le moindre sans-abri. Jamais le directeur du cinéma. le gérant de la banque ou le restaurateur du coin n'ont dû écrire une lettre au Bourgmestre. Jamais je n'ai été interpelé par un sans-abri crasseux me réclamant une pièce alors que je dégustais une bière d'abbaye à I'ombre du Beffroi. Miracle économique ? Pas du tout ! Ce n'est qu'en arrivant à Bruxelles que j'ai compris, grâce aux explications d'un sans-abri rencontré à la Gare Centrale. A Bruges, les mendiants sont systématiquement mis dans les trains, direction Bruxelles. La Ville de Bruges leur offre le voyage.

À Gand, c'est pareil. Les mendiants y sont hors-la-loi. Décidément. entre les tours de Bruges et Gand, tant chantées par Jacques Brel, il ne fait pas bon être mendiant.

Dans le midi de la France, avec son temps agréable et ses touristes qui attirent nombre de SDF, la mendicité a été bannie pour des raisons " d'atteinte inacceptable à l'ordre public ".

La chasse aux mendiants est une pratique courante avant les événements d'envergure mondiale. Aux Jeux Olympiques d'Atlanta, la police avait organisé des rafles de mendiants pour les déporter à des kilomètres de là, afin de cacher la misère aux yeux du monde, de ne pas troubler la demande des spectateurs qui ne veulent que du pain et des jeux.

À Moscou, à l'approche du 850e anniversaire de la ville, une fête gigantesque se prépare pendant que le Maire nettoie le centre ville de tous les sans-abri, en les déportant pour les enfermer dans des " centres de réhabilitation ". Ils retrouveront la liberté après la fête.

Finalement. dites-moi ce qui a changé depuis le Moyen Age ? Raymond aurait pu vivre la même chose au XIV' siècle. En écoutant aujourd'hui son témoignage, je ne peux m'empêcher de penser aux pratiques moyenâgeuses où, à la tombée du jour, les vagabonds et les mendiants étaient chassés à l'extérieur de l'enceinte des villes. Les portes étaient fermées, surveillées et les murs infranchissables, ceci dans le meilleur des cas. Dans le pire des cas, c'était l'arrestation et la détention arbitraire.

Ma comparaison vous semble exagérée ?
L'arrêté communal du 26 juin 1995 ne reproduit-il pas l'esprit de l'ordonnance de Jean le Bon du 27 février 1350 contre " les gens oiseux, les truands, les joueurs de dés et les enchanteurs publics ",  prescrivant des peines telles que la prison, le pilori, la marque au fer, la mutilation des oreilles et même le bannissement ? (A. Luyckx, Procédures à l'égard des mendiants, Les Novelles, t. III, n° 40.)

Plus de six siècles de répression n'ont pourtant jamais constitué une alternative sérieuse à la mendicité. La Ville de Bruxelles. qui refait de la mendicité une infraction, s'attaque ainsi aux effets de la grande pauvreté plutôt qu'à ses causes.
Alors, Mesdames et Messieurs, faut-il considérer Raymond comme un délinquant à punir ou plutôt comme un défavorisé qui nous indique les récifs sur lesquels notre démocratie pourrait s'échouer ?

Vous devez appliquer l'article 14 de la Convention européenne des Droits de l'homme qui assure la jouissance des droits fondamentaux sans distinction fondée notamment sur l'origine sociale, la fortune, la naissance ou toute autre situation.
Le délit de mendicité n'est-il pas avant tout susceptible d'être commis par des personnes vivant une situation d'extrême misère ? Raymond n'est-il pas victime d'une discrimination fondée sur l'origine sociale et la fortune ?

Vous devez appliquer l'article 3 de la Convention européenne des Droits de l'homme qui interdit tout traitement inhumain ou dégradant. Raymond ne subit-il pas un traitement inhumain lors des marches forcées, de nuit, en plein hiver, sans être équipé et tout simplement sans raison ? Raymond ne subit-il pas un traitement dégradant lors des fouilles corporelles approfondies, des longues détentions administratives et des humiliations multiples ?

Vous devez appliquer l'article 23 de la Constitution belge qui garantit à chacun le droit de mener une vie conforme à la dignité humaine. L'arrestation et l'incarcération de Raymond parce qu'il mendie, est en soi un traitement contraire à la dignité humaine.


Avec l'aimable autorisation du
Concours International de Paidoiries 1998
organisé par 
Le Mémorial de Caen


 

La question de l'altérité 
du XVI° au XX° siècles
.

 

par Juliette PLUVINAGE
Lycée Paul-Duez à Cambrai

La question de l'altérité, au coeur de toute vie sociale, pose les problèmes fondamentaux, certes de rapport à l'autre, qu'il soit étranger au sens strict (comme chez Montaigne, Diderot, Maupassant ou Césaire) ou plus généralement différent (c'est le problème également posé par Montaigne, puis par Molière), mais aussi de rapport à soi-même. La relation à l'autre, en effet, posant les problèmes fondamentaux de la différence et donc de la tolérance, effraie d'emblée ou dérange : dans la Grèce antique, l'étranger est qualifié de "barbare", associé d'emblée aux notions de sauvagerie, d'état primitif... A l'inverse, la différence peut également être conçue comme source d'enrichissement mutuel.

Cette séquence s'attachera donc à analyser ce rapport à l'autre toujours problématique, sous ses aspects et modalités les plus divers, du XVI° au XX° siècles, de façon à faire ressortir à la fois l'ancienneté et l'actualité de la question qui s'exprime (ou se trahit) dans les genres les plus variés, de la bande dessinée au poème. Ce faisant, elle permettra de poser certaines notions essentielles dans l'argumentation (convaincre et persuader, l'éloge et le blâme, l'énonciation, les registres propres au discours argumentatif, etc).

Les supports et les exercices proposés, de nature et de difficultés variées, permettent d’opérer des choix en fonction du profil et du niveau de la classe.

 

I- ABORDER LA QUESTION DE L'ALTERITE : UNE ETUDE D'IMAGE

II- GROUPEMENT DE TEXTES : LA QUESTION DE L'ALTERITE DU XVI° AU XX° SIECLES

Texte 1 : "Un honnête homme, c'est un homme mêlé" ( Montaigne, Essais, III, ix, "De la vanité", 1588)
Texte 2 : "Je hais tous les hommes" (Molière, Le Misanthrope, Acte I, scène 1, vers 113-178, 1666)
Texte 3 : "Qui es-tu donc, pour faire des esclaves ?" (Diderot, Supplément au voyage de Bougainville, chapitre II, 1772)
Texte 4 : "(...) on est vraiment et toujours et partout seul au monde" (Maupassant, Les Soeurs Rondoli, 1884)
Texte 5 : "Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi..." (Aimé Césaire, Cahier d'un retour au pays natal, 1947)

III- ACTIVITES D'ECRITURE

1) Activité d'écriture argumentative
La pièce de théâtre de Jean-Paul Sartre, Huis-Clos (1944), présente trois personnages, Garcin, Inès et Estelle, qui arrivent en enfer. Garcin dresse le constat suivant au cours de la scène 5 :"Alors, c'est ça l'enfer. Je n'aurais jamais cru...Vous vous rappelez : le souffre, le bûcher, le gril...Ah ! quelle plaisanterie. Pas besoin de gril : l'enfer, c'est les Autres."
Partagez-vous le point de vue de Garcin ? Vous répondrez en un développement comprenant une introduction, au moins trois paragraphes argumentatifs étayés par des exemples précis et uns conclusion motivée.

 2) Activité d'écriture créative
Imaginez une situation similaire à celle que raconte Maupassant dans le texte 4 : vous vous trouvez seul, un soir, dans une ville étrangère. Quels sentiments éprouvez-vous et comment réagissez-vous ? 
Votre récit, de deux pages environ, obéira aux critères suivants :
- une situation initiale (dans quelle ville, à quelle occasion), le sentiment global éprouvé face à l'étranger, des péripéties qui vous mettent en contact avec des étrangers, un bilan de vos réactions face à l'autre en général 
- vous aurez soin d'avoir recours à des éléments concrets (pittoresque et anecdotes) qui justifieront votre réaction vis-à-vis de l'étranger en général, et prépareront ainsi votre bilan
- votre récit, à la première personne, reposera sur les indices de subjectivité vus au cours de la séquence
- vous réutiliserez au moins deux figures de style employées par Maupassant

IV- ACTIVITES D'ORAL

1) De quel auteur du groupement de textes partagez-vous le point de vue quant à votre propre relation aux autres ? Vous répondrez sous la forme d'une intervention orale dans laquelle vous aurez soin de vous appuyer sur des arguments et des exemples précis.

2) Même consigne pour le sujet suivant : lequel des cinq auteurs vous paraît le plus convaincant ? Pourquoi ? (Votre argumentation s'appuiera aussi bien sur la validité des arguments développés par les auteurs que sur la force de persuasion de leur écriture)

 V- EVALUATION FINALE DE LA SEQUENCE

"(...) un honnête homme, c'est un homme mêlé", affirme Montaigne.
Qu'apporte, d'après vous, le contact avec les autres, qu'ils soient étrangers ou simplement différents ? Que risque-t-on à refuser systématiquement l'autre ? 
Votre argumentation comprendra une introduction dans laquelle vous poserez clairement votre thèse, puis au moins quatre paragraphes argumentatifs disposés suivant un ordre logique (pensez aux connecteurs) et étayés par des exemples précis; vous vous attacherez à convaincre votre destinataire en ayant recours à tous les types de procédés d'écriture (rhétoriques, lexicaux et syntaxiques) rencontrés au cours de la séquence.


 

Texte 1 : "Un honnête homme, c'est un homme mêlé" ( Montaigne, Essais, III, ix, "De la vanité", 1588)

Montaigne se rattache encore, par de nombreux aspects, au courant humaniste du début du XVI° siècle : cherchant à faire progresser l'homme, il attache une importance toute particulière à la découverte de l'autre, de l'étranger, comme source d'enrichissement personnel : tout préjugé nationaliste devient alors pure vanité...

La diversité des façons d'une nation à autre ne me touche que par le plaisir de la variété. Chaque usage a sa raison. Soient des assiettes d'étain, de bois, de terre ; bouilli ou rôti ; beurre ou huile de noix ou d'olive ; chaud ou froid, tout m'est un (...). Quand j'ai été ailleurs qu'en France, et que, pour me faire courtoisie, on m'a demandé si je voulais être servi à la française, je m'en suis moqué et me suis toujours jeté aux tables les plus épaisses d'étrangers. J'ai honte de voir nos hommes enivrés de cette sotte humeur de s'effaroucher des formes contraires aux leurs : il leur semble être hors de leur élément quand ils sont hors de leur village. Où qu'ils aillent, ils se tiennent à leurs façons et abominent les étrangères. Retrouvent-ils un compatriote en Hongrie, ils festoient cette aventure : les voilà à se rallier et à se recoudre (1) ensemble, à condamner tant de moeurs barbares qu'ils voient. Pourquoi non barbares, puisqu'elles ne sont françaises ? Encore, sont-ce les plus habiles qui les ont reconnues, pour en médire. La plupart ne prennent l'aller que pour le venir. Ils voyagent couverts et resserrés d'une prudence taciturne et incommunicable, se défendant de la contagion d'un air inconnu.

Ce que je dis de ceux-là me ramentoit (2), en chose semblable, ce que j'ai parfois aperçu en aucuns de nos jeunes courtisans. Ils ne tiennent qu'aux hommes de leur sorte, nous regardant comme gens de l'autre monde, avec dédain ou pitié. Ôtez-leur leurs entretiens des mystères de la cour, ils sont hors de leur gibier, aussi neufs pour nous et malhabiles comme nous sommes à eux. On dit bien vrai qu'un honnête homme, c'est un homme mêlé.

(1) par métaphore : se rassembler avec le plus de proximité possible
(2) me rappelait

 

 a) Questions de repérage

1) A quel endroit précis du texte se trouve exprimée la thèse de Montaigne ? Sous quelle forme ? Reformulez le point de vue de l'auteur. Par quel argument principal est-il étayé ?

2) Montaigne envisage successivement deux modes d'altérité : lesquels ? A quels moments de son argumentation correspondent-ils respectivement ? Justifiez en vous appuyant sur des procédés d'écriture précis.

3) Etudiez entre autres l'énonciation et les termes évaluatifs : Montaigne est-il objectif ?

b) Questions de synthèse

1) Montaigne cherche-t-il à convaincre ou à persuader ? Par quels moyens précis ?

2) A l'aide de quels procédés blâme-t-il l'attitude de ses semblables face à l'autre d'une manière générale ?

Texte 2 : "Je hais tous les hommes" (Molière, Le Misanthrope, Acte I, scène 1, vers 113-178, 1666)Cette comédie, en cinq actes et en vers, met en scène le misanthrope Alceste qui, dès la scène d'exposition, s'en prend, devant son ami l'indulgent Philinte, aux mensonges mondains qui lui font détester les hommes. Lui-même est cependant amoureux de la coquette Célimène...

PHILINTE

Vous voulez un grand mal à la nature humaine !

ALCESTE

Oui, j'ai conçu pour elle une effroyable haine.

PHILINTE

Tous les pauvres mortels, sans nulle exception, 
Seront enveloppés dans cette aversion ? 
Encore en est-il bien, dans le siècle où nous sommes....

ALCESTE

Non : elle est générale, et je hais tous les hommes :
Les uns, parce qu'ils sont méchants et malfaisants,
Et les autres, pour être (1) aux méchants complaisants
Et n'avoir pas pour eux ces haines vigoureuses
Que doit donner le vice aux âmes vertueuses.
De cette complaisance on voit l'injuste excès
Pour le franc scélérat avec qui j'ai procès (2) :
Au travers de son masque on voit à plein (3) le traître ;
Partout il est connu pour tout ce qu'il peut être ;
Et ses roulements d'yeux et son ton radouci
N'imposent qu'à des gens qui ne sont point d'ici,
On sait que ce pied plat, digne qu'on le confonde (4),
Par de sales emplois s'est poussé dans le monde, 
Et que par eux son sort de splendeur revêtu
Fait gronder le mérite et rougir le vertu.
Quelques titres honteux qu'en tous lieux on lui donne,
Son misérable honneur ne voit pour lui personne ;
Nommez-le fourbe, infâme et scélérat maudit,
Tout le monde en convient et nul n'y contredit.
Cependant sa grimace est partout bienvenue :
On l'accueille, on lui rit, partout il s'insinue ;
Et s'il est, par la brigue, un rang à disputer, 
Sur le plus honnête homme on le voit l'emporter.
Têtebleu ! ce me sont de mortelles blessures,
De voir qu'avec le vice on garde des mesures ;
Et parfois il me prend des mouvements soudains
De fuir dans un désert l'approche des humains.

PHILINTE

Mon Dieu, des moeurs du temps mettons-nous moins en peine,
Et faisons un peu grâce à la nature humaine ;
Ne l'examinons point dans la grande rigueur,
Et voyons ses défauts avec quelque douceur.
Il faut, parmi le monde, une vertu traitable (5) ;
A force de sagesse, on peut être blâmable;
La parfaite raison fuit toute extrémité,
Et veut que l'on soit sage avec sobriété.
Cette grande roideur des vertus des vieux âges
Heurte trop notre siècle et les communs usages ;
Elle veut aux (6) mortels trop de perfection :
Il faut fléchir au temps sans obstination ;
Et c'est une folie à nulle autre seconde
De vouloir se mêler de corriger le monde.
J'observe, comme vous, cent choses tous les jours,
Qui pourroient mieux aller, prenant un autre cours ;
Mais quoi qu'à chaque pas je puisse voir paroître,
En courroux, comme vous, on ne me voit point être ;
Je prends tout doucement les hommes comme ils sont,
J'accoutume mon âme à souffrir ce qu'ils font ;
Et je crois qu'à la cour, de même qu'à la ville, 
Mon flegme est philosophe autant que votre bile.

(1) parce qu'ils sont
(2) Alceste est engagé dans un important procès
(3) pleinement, complètement
(4) pied plat : insulte (désigne, à l'origine, le paysan qui porte des souliers sans talon)
(5) modérée, mesurée
(6) chez les

a) Questions de repérage

1) Analysez l'emploi du pronom on dans la tirade d'Alceste : qui désigne-t-il ? Quelle est sa valeur (appuyez-vous en particulier sur les verbes auxquels il est associé) ?

2) Sur quelle figure de style repose le vers 136 ? Quelle attitude Alceste dénonce-t-il ainsi ?

3) Relevez un emploi du même procédé dans le discours de Philinte : quelle attitude critique-t-il quant à lui ?

b) Questions d'analyse

1) Quelles thèses s'affrontent ici à propos du rapport aux autres et de la vie en société ? A l'aide de quels arguments et quels procédés stylistiques chacun défend-il son point de vue ?

2) A quel registre appartient le discours d'Alceste ? 
Quel est, au contraire, l'objectif de Philinte vis-à-vis de son ami (appuyez-vous notamment sur l'énonciation) ?

3) Cherchent-ils l'un et l'autre à convaincre ou à persuader ?

Texte 3 : "Qui es-tu donc, pour faire des esclaves ?" (Diderot, Supplément au voyage de Bougainville, chapitre II, 1772)

En 1771, le navigateur Bougainville publie le récit de son voyage autour du monde. L'année suivante, Diderot fait paraître le Supplément au voyage de Bougainville, dans lequel il pose les problèmes soulevés par toute tentative de colonisation.

Puis, s'adressant à Bougainville, il (1) ajouta :"Et toi, chef des brigands qui t'obéissent, écarte promptement ton vaisseau de notre rive : nous sommes innocents, nous sommes heureux ; et tu ne peux que nuire à notre bonheur. Nous suivons le pur instinct de la nature ; et tu as tenté d'effacer de nos âmes son caractère. Ici tout est à tous ; et tu nous as prêché je ne sais quelle distinction dutien et du mien. Nos filles et nos femmes nous sont communes ; tu as partagé ce privilège avec nous ; et tu es venu allumer en elles des fureurs inconnues. Elles sont devenues folles dans tes bras ; tu es devenu féroce entre les leurs. Elles ont commencé à se haïr ; vous vous êtes égorgés pour elles ; et elles nous sont revenues teintes de votre sang. Nous sommes libres ; et voilà que tu as enfoui dans notre terre le titre de notre futur esclavage. Tu n'es ni un dieu, ni un démon : qui es-tu donc, pour faire des esclaves ? Orou ! toi qui entends la langue de ces hommes-là, dis-nous à tous, comme tu me l'as dit à moi-même, ce qu'ils ont écrit sur cette lame de métal : Ce pays est à nous. Ce pays est à toi ! et pourquoi ? parce que tu y as mis le pied ? Si un Tahitien débarquait un jour sur vos côtes, et qu'il gravât sur une de vos pierres ou sur l'écorce d'un de vos arbres : Ce pays est aux habitants de Tahiti, qu'en penserais-tu ? Tu es le plus fort ! et qu'est-ce que cela fait ? Lorsqu'on t'a enlevé une des misérables bagatelles dont ton bâtiment est rempli, tu t'es récrié, tu t'es vengé ; et dans le même instant tu as projeté au fond de ton coeur le vol de toute une contrée ! Tu n'es pas esclave : tu souffrirais plutôt la mort que de l'être, et tu veux nous asservir ! Tu crois donc que le Tahitien ne sait pas défendre sa liberté et mourir ? Celui dont tu veux t'emparer comme de la brute, le Tahitien est ton frère. Vous êtes deux enfants de la nature ; quel droit as-tu sur lui qu'il n'ait pas sur toi ? tu es venu ; nous sommes-nous jetés sur ta personne ? avons-nous pillé ton vaisseau ? t'avons-nous saisi et exposé aux flèches de nos ennemis ? T'avons-nous associé dans nos champs au travail de nos animaux ? Nous avons respecté notre image en toi. Laisse-nous nos moeurs ; elles sont plus sages et plus honnêtes que les tiennes ; nous ne voulons point troquer ce que tu appelles notre ignorance, contre tes inutiles lumières."

(1) il s'agit d'un vieux Tahitien

 

a) Questions de repérage

1) Etudiez le jeu sur les différents pronoms personnels : quel effet produit-il ?

2) Etudiez le champ lexical compris dans les lignes 5 à 8 : qu'en déduisez-vous ?

3) Quels procédés du blâme retrouvez-vous ici ?

b) Questions de synthèse

1) A quel registre appartient ce texte ? Justifiez en vous appuyant notamment sur le lexique et la syntaxe.

2) Comment les Français, colonisateurs, sont-ils présentés ici ? A l'inverse, quelles qualités possèdent les Tahitiens ? Par quels procédés sont-ils opposés ?

3) Quelle attitude Diderot défend-il vis-à-vis de l'étranger, et de l'autre en général ? Dans quel passage précis du texte et à l'aide de quels procédés ?


 

 

Texte 4 : "(...) on est vraiment et toujours et partout seul au monde" (Maupassant, Les Soeurs Rondoli, 1884)

Connaissez-vous rien de plus lamentable que la nuit qui tombe sur une ville étrangère ? On va devant soi au milieu d'un mouvement, d'une agitation qui semblent surprenants comme ceux de songes. On regarde ces figures qu'on n'a jamais vues, qu'on ne reverra jamais, on écoute ces voix parler de choses qui vous sont indifférentes, en une langue qu'on ne comprend même point. On éprouve la sensation atroce de l'être perdu. On a le coeur serré, les jambes molles, l'âme affaissée. On marche comme si on fuyait, on marche pour ne pas rentrer dans l'hôtel où on se trouverait plus perdu encore parce qu'on y est chez soi, dans le chez soi payé de tout le monde, et on finit par tomber sur la chaise d'un café illuminé, dont les dorures et les lumières vous accablent mille fois plus que les ombres de la rue. Alors, devant le bock baveux apporté par un garçon qui court, on se sent si abominablement seul qu'une sorte de folie vous saisit, un besoin de partir, d'aller autre part, n'importe où, pour ne pas rester là, devant cette table de marbre et sous ce lustre éclatant. Et on s'aperçoit soudain qu'on est vraiment et toujours et partout seul au monde, mais que dans les lieux connus, les coudoiements familiers vous donnent seulement l'illusion de la fraternité humaine. C'est en ces heures d'abandon, de noir isolement dans les cités lointaines qu'on pense largement, clairement et profondément. C'est alors qu'on voit bien toute la vie d'un seul coup d'oeil en dehors de l'optique d'espérance éternelle, en dehors de la tromperie des habitudes prises et de l'attente du bonheur toujours rêvé.

C'est en allant loin qu'on comprend bien comme tout est proche et court et vide ; c'est en cherchant l'inconnu qu'on s'aperçoit bien comme tout est médiocre et vite fini ; c'est en parcourant la terre qu'on voit bien comme elle est petite et sans cesse à peu près pareille.

 

a) Questions de repérage

1) Etudiez la récurrence du pronom on dans ce texte : quelle est sa valeur et quels effets produit-il ?

2) Quelles étapes pouvez-vous dégager dans ce passage ? Quel rôle jouent-elles l'une par rapport à l'autre ?

3) Analysez la structure de la dernière phrase du passage : quelle idée et quel sentiment vis-à-vis de l'étranger met-elle en valeur ?

4) Quel type de lexique est présent tout au long du texte pour évoquer l'autre et l'étranger en général : quels sont ses rôles ?

 

b) Questions de synthèse

1) Définissez précisément la thèse et les arguments de Maupassant puis comparez son attitude à celle de Montaigne (texte 1) dans une situation similaire.

2) Appuyez-vous entre autres sur la rhétorique et les références à des situations concrètes : Maupassant cherche-t-il à convaincre ou à persuader ?

3) En quoi la conception du rapport à l'étranger et à l'autre en général, développée ici par Maupassant, est-elle foncièrement pessimiste, voire désespérée ?


 

Texte 5 : "Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi..." (Aimé Césaire, Cahier d'un retour au pays natal, 1947)

Césaire est un militant de l'autonomie antillaise. Après avoir dénoncé l'extrême misère à laquelle la colonisation a réduit la Martinique mais aussi la tendance de son peuple à accepter une prétendue infériorité, le poème s'achève sur une revendication de dignité.

    Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi, les cheveux dans le vent, ma main petite maintenant dans son poing énorme et la force n'est pas en nous , mais au-dessus de nous, dans une voix qui vrille la nuit et l'audience comme la pénétrance d'une guêpe apocalyptique. Et la voix prononce que l'Europe nous a pendant des siècles gavés de mensonges et gonflés de pestilences,
    car il n'est point vrai que l'oeuvre de l'homme est finie
    que nous n'avons rien à faire au monde
    que nous parasitons le monde
    qu'il suffit que nous nous mettions au pas du monde
mais l'oeuvre de l'homme vient seulement de commencer
    et il reste à l'homme à conquérir toute interdiction immobilisée aux coins de sa ferveur
    et aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l'intelligence, de la force
    et il est place pou

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Dernière mise à jour de cette page le 21/06/2010